‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 10 sur 42 · LV RELIGION · texte numérisé non relu

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rites françaises, souvent même pour les faire naître par de faux rapports ou des bruits liabilemenl répandus, C'est une tactique qui leur a souvent réussi.

En fait, répétons-le, il nous faut pour le moment, en pavs annamite, utiliser l'administralion indigène telle qu'elle est en lui faisant loyalement la part d'autorité et de responsabilité qui lui revient ; mais avec la conviction que c'est un instrument dangereux, exigeant une surveillance très active.

Ce n'est là évidemment qu'une solution provisoire, un « modus vivendi » que nous devons tendre à perfectionner graduellement. Toute action directe avant pour but de modifier la classe dirigeante déjà formée pour la rapproclier de nous est vouée à l'impuissance. On n'améliore pas une récolte sur pied, on amende le sol et la récolte suivante est meilleure. C'est sur le milieu social qu'il faut agir pour l'amener progressivement à produire une aristocratie intellectuelle moins réfractaire à notre civilisation que celle des lettrés. Le peuple annamite est très malléable, très plastique, il faut le travailler, l'instruire, le civiliser. C'est ce travail social trop négligé jusqu'ici, qui aurait dû cependant absorber la plus grande part de nos travaux et de nos efforts au Tonkin.

Deux cboses surtout, dit M^'' Puginler, sont le meilleur instrument de transformation d'un peuple : la religion et la langue. Aucun liomme de bon sens et de

bonne foi ne peut contredire à ce programme. .

Les missions françaises assurent au peuple annamite ces deux bienfaits. C'est l'outil de colonisation par excellence et nous l'avions dans la main. Xon seule-

ment nous n'avons pas su en tirer parti, mais en étadianl l'histoire de nos débuts, on est un peu surpris de Aoir comment la France officielle en a usé avec ses missions du Tonkin. Nos missions catholiques ne de- 1 mandent cependant pas les subsides et la protection agressive que l'Angleterre accorde si généreusement à ses pasteurs ; elle n'en ont du reste pas besoin et ne réclament que la liberté et un peu de bienveillance. (À'tte liberté, cette bienveillance et quelquefois la plus simple justice leur ont été mesurées avec une parcimonie incroyable. On peut affirmer que, dans la pratique et sous prétexte de neutralité, les chrétientés indigènes ont été souvent moins bien traitées que les villages païens.

Une conduite si peu conforme à nos traditions et à nos intérêts a été dictée quelquefois par des méfiances d'exportation. Certains administrateurs, épaves des luttes électorales, apportant avec eux les idées étroites de la politique intérieure, ne voyaient dans les. missions que des écoles cléricales. Ce parti pris est rare ; le plus souvent, les arrivants n'ont aucune notion du but et de la portée sociale des missions, ils y voient seulement un élément de discorde et une cause de mécontentement pour les mandarins qu'ils tiennent à ne pas indisposer. Le souci, légitime en théorie, mais peu rélléchi dans l'espèce, de laisser son autonomie complète à l'administration indigène, leur fait considérer les différends entre les missions et les petits mandarins locaux aussi bien que les disputes entre pavens et chrétiens, comme des affaires sans importance relevant seulement des autorités annamites. Ce désintéressement est injuste. La classe annamite instruite n'a pas de haine plus profonde que celle des chréliens et des missions (pTelle

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