‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 13 sur 42 · LES HAUTES RÉGIONS · texte numérisé non relu

LES HAUTES RÉGIONS

de vent ne vient pas tout remettre en question, une pacification complète et durable du Tonkin. Les résultats obtenus en 1894-1895 ont été assez rapides et brillants pour rendre l'expérience concluante. Ces principes, du reste, et les procédés de gouvernement qu'ils comportent ne sont pas nouveaux. Ils se sont dégagés peu à peu des leçons de l'expérience. Depuis bien des années, les officiers qui occupaient les régions frontières avaient réclamé une à une et essayé, dans la limite de leur indépendance et de leurs ressources, la plupart des réformes dont nous allons voir l'application. Mais c'est au colonel Gallieni que revient l'iionneur de les avoir fait accepter après en avoir arrêté les lignes définitives et d'en avoir assuré le succès avec une netteté pratique dans les vues, une largeur dans les idées et une énergie dans l'exécution devant lesquelles il faut s'incliner.

M. de Lanessan, d'abord hésitant, ne s'était décidé à entrer dans cette voie que devant les troubles de plus en plus graves qui dévastaient les hautes régions. Mais il serait injuste de ne pas reconnaître que, du jour où il fut convaincu de la nécessité d'aller juscju'au bout, il ne ménagea au colonel Gallieni ni la confiance, ni les moyens d'action dont il avait besoin ; sortant résolument parfois des ornières tracées pour aller droit au but, au prix même des dissentiments les plus graves avec ses conseillers naturels, les chefs des services du protectorat .

Sur plusieurs points, cependant, l'entente n'était pas complète au début et il fallut user de diplomatie. M. de Lanessan était un partisan convaincu des mandarins annamites. Dès son arrivée, apportant à ce sujet des idées très arrêtées, il leur avait rendu officiellement une situation stable, un rang honorable et la part d'autorité

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que coni[)orlai('iit Icnirs fondions. On ne peut nier qu'une grande détente et une pacilication extérieure presque complète dans les basses régions furent le résultat de cette ligne de conduite régulièrement observée pendant plus de trois ans. De là à déclarer que le rapprochement est définitif et que nos bons procédés nous ont fait des amis sincères de tous les mandarins, il n'y avait qu'un pas. On le fit un peu prématurément, car la sourde hostilité du vieux parti national nous ménage encore pour l'avenir bien des mécomptes. En tous cas, à ce moment, il eût été peu politique de présenter comme but principal des réformes considérables qu'on réclamait, une assurance à prendre contre un danger qu'il était à l'ordre du jour d'ignorer. On parla donc surtout de l'extinction de la piraterie chinoise et de la nécessité de donner aux frontières une très solide organisation militaire. C'était, en effet, le plus pressé. Le rappel des mandarins annamites qui administraient les provinces habitées par les Muongs, démandé plus tard, ne fut accordé qu'à regret et un peu pour faire honneur à l'engagement pris de laisser carte blanche à l'autorité militaire*. C'était cependant le point capital et la première application officielle d'un principe de gouvernement colonial qui a fait ses preuves depuis.

I. Cette mesure figurait, il est vrai, depuis deux ans déjà, dans le programme du gouverneur général. (Circulaire du 3 scptcml)rc 1891).

Mais, à cause des difficultés d'exécution et surtout de Ihostilité déclarée des hauts mandarins annamites qu on ne voulait pas mécontenter, elle était demeurée, jusque-là, lettre morte.

A ce moment encore (fin 1898), sa réalisation immédiate et totale était jugée peu opportune, sinon par le gouverneur général lui-même, au moins par 1 administration supérieure franc^aise.

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