‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 14 sur 42 · POLITIQUE DES RACES · texte numérisé non relu

POLITIQUE DES RACES

Tout pays, s'il est riche, peuplé et d'une certaine étendue, mais de civilisation encore incomplète (comme rindo-Chine ou Madagascar) manque de cohésion politique. On y trouve toujours une race conquérante, plus intelligente, plus forte ou simplement plus prolifique, en train d'exploiter les peuplades aborigènes et de se substituer à elles, en les refoulant progressivement dans les parties les moins riches et les moins accessibles du pays.

Au ïonkin, les Annamites venus par mer, avant le nombre et une organisation sociale beaucoup plus avancée, exploitaient depuis des siècles les races primitives après les avoir expropriées des plaines riches.

Ln nouveau conquérant de civilisation supérieure, se présentant dans ces conditions, a nécessairement comme adversaires irréconciliables ceux qui exploitaient le pays à leur profit, avant son arrivée. Son intérêt est évidemment de soustraire toutes les races de sang différent à cette autorité exercée de force et acceptée à contre-cœur, lien tire un double avantage: diminuer d'autant les ressources et l'influence de son seul adversaire sérieux et se faire bien venir des peuplades exploitées, en leur donnant spontanément le bien qu'elles prisent le plus, la liberté pour chacun d'être administré jDar des hommes de sa race.

On est en droit de s'étonner qu'une conception si claire en théorie et si féconde dans la pratique soit encore discutée tous les jours à propos de Madagascar. La qualité de ses adversaires habituels permet, il est vrai, de leur prêter d'autres préoccupations que celle de la vérité. Mais leur argumentation est parfois spécieuse et la question mérite qu'on y insiste.

En prenant possession d'un pays tel que nous l'avons

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caractérisé, composé de populations diverses mais possédant une race dirigeante et un outillage gouvernemental, ayant une vie politique, il semble que le plus simple, après avoir vaincu cette race, soit de s'entendre avec elle et de prendre la suite de ses affaires en la conservant comme intermédiaire. Il y a, dans cette façon de procéder, économie de temps, d'hommes et de travail.

Partant do ce principe, nous avons voulu au ïonkin superposer notre autorité à l'ordre existant sans v rien changer, dans l'intention de laisser au gouvernement annamite la charge de l'administration dont nous entendions seulement réclamer les bénéilces. Les résultats ont été naturellement médiocres.

Après avoir occupé par la force les domaines d'un, propriétaire, sous prétexte qu'ils sont mal administrés et que ses fermiers s'en plaignent, il serait hasardeux déjà de le conserver comme régisseur et il ne viendrait à personne l'idée d'en faire son homme de confiance. C'est cependant ce que nous avons tenté au Tonkin. Si les mandarins annamites ont accepté ce rôle ce n'est pas sans arrière-pensée. Ils y trouvent la possibilité de nous faire du tort tout en soignant leur fortune personnelle. C'est tout profit. N'ayant plus aucun intérêt à ménager le travailleur, ils ne reculent devant aucun moyen pour l'exploiter, quitte à rejeter ensuite l'odieux de leurs exactions sur l'autorité française. Dans les provinces surtout, où les Annamites administraient en notre nom des populations de race différente, ces exactions ne connaissaient plus de mesure.

La seule ligne politique raisonnable en pareil cas est non pas de se superposer, mais de se substituer à la race dominante, aux exploiteurs précédents, pour toutes les

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