ARMEMENT DES INDIGÈNES
à fait au dcbut, par un domestique cliinois servant de puis longtemps chez le détenteur du fusil qui croyait pouvoir compter sur lui. Le voleur gagna la Chine. Le second fut emporté par un « Nung » de passage qui avait reçu l'hospitalité dans le village de Quang-Bv. Après deux mois de recherches, les habitants responsables réussirent à faire arrêter le coupable et ses complices sur un marché des environs.
On aurait pu craindre, et c'était l'objection la plus sérieuse, de donner, en les armant, aux communes importantes, des velléités d'indépendance et de favoriser les rixes entre villages. Il n'en fut rien. Je n'ai pas constaté, en deux ans, une .seule dispute à main armée. Le fait, en outre, d'avoir reçu des fusils, d'en être responsables, de les présenter à des inspections périodiques et d'être appelés quelquefois à marcher avec les troupes régulières, créa entre l'autorité française et les villages armés une sorte de lien militaire de subordination qui les rendait plus dociles et plus maniables.
])e\ant un effort aussi considérable de notre part pour assurer la tranquillité des populations, il était juste de les faire participer d'une façon plus directe aux charges de l'occupation. De tout temps, le pays a fourni une sorte de milice locale chargée, sous la main des mandarins, d'un service de police et de garde. Ce sont les Linh-Cô. Cette milice, échappant à tout dressage sérieux, ne rendait aucun service. Elle se trouvait du reste très réduite et on avait, en échange, recruté dans les hautes régions un certain nombre d'hommes destinés aux tirailleurs tonkinois.
Dans les premiers mois de 189/j, le colonel Gallieni Gra.ndm.'^ison. 8
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ohl ('liait rauloiisalioii de lever une assez forte compagnie de Linli-Cù. dette augmentation élail compensée par la libération des tirailleurs encore sous les drapeaux. Mais, au lieu de les rendre aux mandarins qui n'en avaient que faire, il en forma une véritable troupe indigène entre les mains des commandants de secteur. Recrutés sur place, instruits et commandés par des gradés clioisls dans la compagnie de légion, ces détacliements devinrent excellenls et fournirent un appoint sérieux à l'occupation militaire. En cas de besoin, ils constituaient, avec les soldats européens, une troupe mixte remarquablement appropriée au service et aux opérations militaires dans le Haut-Tonkin. Les Linh-Gô de Donff-Dani? s'entendaient à merveille avec les légionnaires, au feu comme ailleurs.
Cette forme donnée au service militaire dans les provinces frontières est avantageuse. Les Tbôs montraient une répugnance extrême à servir loin de cliez eux dans les régiments de tirailleurs tonkinois. Le service local auquel ils sont faits depuis longtemps et la certitude de voir leurs liommes directement emplovés à la protection de leurs fovers, rendent certainement moins impopulaire l'impôt du sang. Les Annamites besogneux achetés au rabais par les villages tliôs pour payer en qualité de remplaçants, leur dette militaire, deviennent rares. La surveillance est plus facile et les communes, obligées de fournir un autre homme et de paver une amende en cas de désertion, ont intérêt à envover des gens sûrs.
Mais il importe de mesurer cette charge. Car si les Linh-Cô entretenus à frais communs par leur commune d'origine et le protectorat, forment une milice peu dispendieuse pour le trésor public, il n'en est pas de même
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pour les populations. Chacun d'eux devait, dans le principe, recevoir de son village le riz en nature. Il en naissait de continuelles réclamations et celte contribution fut, dans la suite, remplacée par une taxe mensuelle de deux piastres par homme au service. De ce chef, le Cliau de Van-L yen (secteur de Dong Dang) doit verser annuellement une somme de 2,3oo piastres environ, sensiblement supérieure au total de l'impôt personnel et foncier.
Cette participation directe aux charges de la pacification est juste, nous l'avons dit. Mais il eût été imprudent d'exiger davantage à ce moment, dans une contrée si cruellement éprouvée par la piraterie.