RACES DL HAUT TON KIN ,.V
plusieurs siècles, (ju'une cohésion très instable el nu vernis tout à l'ait superficiel.
A l'exception des imminrants chinois, tous les habitants des hautes régions sont qualitlés par les Annamites de « Muongs » ; appellation plutôt méprisante que n'emploient jamais, en parlant d'eux-mêmes, les gens du pavs ^ .
La race autochtone paraît être dans ces parages la race « tho ». Tout porte à croire cpie les Thôs, connue les Laotiens, les Mans ou Méos, etc., représentent les vestiges des migrations primitives venues de l'intérieur pour occuper la presqu'île indo-chinoise. En tous cas, les Annamites, rameau détaché de la race chinoise, n'y sont venus, par mer, que beaucoup plus tard. Les Thôs forment la majorité et la partie la plus importante de la population. On trouve à côté d'eux, répartis en proportions très dilTérentes, des \ungs, des Mans ou Méos, des Tliô-ti, des Annamites et des Chinois.
Les Thôs en qualité de premiers occupants sont possesseurs de la plus grande partie du sol réellement productif. Ils étaient même primitivement les seuls à posséder les terres arrosables produisant le riz.
Casaniers et tranc[uilles, les Thôs sont habitués depuis des siècles à vivre sous la domination des races voisines (Chinois et Annamites). >t'avant aucune notion de nationalité et à proprement parler, aucune religion, une seule chose les touche, leur intérêt. Ils obéissent
I. « Muongs )) dans son sens le plus répandu chez les gens du Delta pourrait se traduire : Sauvaires de la montagne. Ce terme est emplové quelquefois d'une façon un peu plus déterminée en parlant de certaines peuplades de la Rivière Noire. Je donne ici son sens courant le plus hahilucl chez les Aimamites.
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sans arriiTC-pcnséc à celui qui est le plus fort et préfèrent le maître qui les vole le moins, sans souci de son costume.
Faciles à conduire mais détestant les corvées, ignorant le commerce, ils aiment l'argent comme une chose rare, mais leur incurable paresse les empêche de produire au delà de leurs besoins. Ils ne refusent pas le travail qu'on leur impose, mais ne l'acceptent volontairement à aucun prix.
On trouve chez les Thôs de la région de LanG:son une aristocratie de village composée de petits propriétaires dont l'influence ne dépasse guère la commune ou le canton. Ecartés jusqu'ici des fonctions publiques importantes, ils n'ont pas d'instruction et peu d'expérience administrative. Dans certains villages, où existent depuis longtemps des familles aisées, on rencontre cependant un certain nombre d'hommes instruits (bien que non lettrés au sens annamite du mot) et capables de faire des fonctionnaires excellents * .
I. Par exemple, le Tri-Chau (chef d arrondissement, Tri- Uyen en pa\s annamite) de Dong-Dang, Huu-viet-Than, actuellement An-Satt (2'' mandarin provincial, chargé de la justice) de Langson. Propriétaire aisé du village de Ha-Lung, près de Dong-Dang, il était en 1898 un des rares fonctionnaires nés dans le pays.
Intelligent, énergique, connaissant à fond le pays, il a constamment fait preuve de capacité et d un véritable attachement pour nous. Je lui dois personnellement beaucoup de reconnaissance pour les services qu il ma rendus et en particulier pour les renseignements qu il ma fournis sur les races, les mœurs, le caractère et la valeur de nos administrés communs. Tous ceux qui ont vécu au Tonkin savent combien les indigènes répugnent en général à ce genre d'information et combien il est dinicilc de se renseigner et de s'orienter.
L'avancement inespéré de ce petit propriétaire rural, non lettré, aux premières charges de la province, est d un excellent
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loi)
Très amak'urs do distinctions, les Tliôs reclicrcliont les grades du mandarinat, les titres, les décorations, lis aiment les armes et font de bons soldats.
La race est en général vigoureuse et saine. Les mœurs sont supérieures à celles des Annamites. La famille est, chez les Thôs, la base de la société, et le culte des ancêtres remplace à peu près pour eux toute autre praticpie
religieuse.
Très attachés au sol, ils t'ont des agriculteurs sullisants à l'exclusion de toute autre profession ; aussi, sont-ils pour leurs besoins de chaque jour, tributaires des autres races, surtout des Chinois (par exemple pour le travail du bois et du fer, les briques, les constructions, les ustensiles les plus simples).
Moins obséquieux que les Annamites, les Thùs ont pris cependant leurs interminables fornuiles de politesse et leurs marcpies ofilcielles de respect. Leur carac-
exemple. Le meilleur procédé de gouvernement par tout pavs est encore de récompenser très largement les services rendus. Après lui avoir fait accorder un titre de mandarinat pkis élevé que ne le comportait d habitude sa fonction, une médaille d or et la décoration du dragon de l'Annam, je lavais en plusieurs circonstances slirnalé au colonel Gallieni qui déjà, à la fin de 1894, lui avait lait proposer 1 emploi d An-Satt. emploi qu'il remplit actuellement en attendant peut-être celui de Thuan-Fu (gouverneur de 2^ classe). Il avait fait preuve en la circonstance d un désintéressement qui donne un trait de moeurs curieux de la vie sociale des villages Thôs. Tout en se montrant très reconnaissant de cette ouverture, Huu-viet-Than m avait expliqué qiae dans son village de Ha-Lung, vivait encore le précédent Tri-Chau de Dong-Dang et que ce personnage lui étant supérieur par la naissance, làge et les services, c'est à lui que revenait la dignité offerte; ajoutant que lui-même accepterait la place quand son prédécesseur l'aurait remplie. Les olFres laites à l'autre vieux notable furent acceptées et IIiui-viet-Tlian resta deux ans encore Tri-Chau de
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lère est siinj)lo vl assez droit, ils sont ca[)aljles cl'al lâchement et de confiance et montrent volontiers dans leurs rapports une certaine bonhomie communicative qu'on trouve rarement chez les Annamites.
i.a langue courante du pays se parle fort loin en Chine et avec quelques modifications, paraît-il, jusqu'au Mc-Kong. Elle se rapproche beaucoup du Laotien, dont elle n'est qu'un dialecte ou même un patois, car elle ne s'écrit pas.
L'annamite est la langue oITiciclle. fous les nolaljles et les gens un peu instruits la parlent cl souvent la lisent.
Les Thùs pavent sans trop de difficulté l'impôt quand ils ont de l'argent, mais leur imprévovance est telle que le plus souvent les échéances, même prévues depuis longtemps, les mettent dans l'embarras. L'économie et le souci de thésauriser leur sont inconnus. Alors même que la récolte est largement suffisante pour assurer ses besoins de l'année, il est rare que le pavsan ïhô ne soit pas obligé de s'endetter pour vivre en attendant la récolte suivante. Leur caractéristique est en somme la paresse et l'imprévovance ; ils sont faits pour être exploités et l'ont toujours été. Ce sont du reste, en général, de braves gens et si on voit beaucoup de pauvres chez eux, on n'y trouve pas de mendiants.
Les XuNGS sont d'origine chinoise et proviennent de migrations anciennes venues pour cultiver le sol que les Thôs, décimés par des troubles périodiques, ne suffisaient plus à peupler. Ces migrations se sont produites peu à peu et sans aucun caractère de violence. Les nouveaux arrivants se contentaient d'occuper les terres disponibles, généralement les mamelons et les
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bols ; les terres arrosables restant aux premiers occupants, les Thôs.
Ce mode d'installation amiable, par petites fractions, sur les reliefs du sol laissés libres, explique renclicvêtrement des Nungs et des Tliôs mêlés dans les mêmes cantons où ils vivent en assez bonne intelligence mais dans des villages séparés. Souvent même ils forment des communes à part et parfois la commune Nung s'est simplement superposée à la commune ïhô. On ne pourrait dans ce cas représenter sur une carte le territoire de la commune Nung que par une série d'enclaves correspondant aux parties élevées du terrain et figurant vaguement des courbes de niveau. C'est une véritable difficulté pour l'administrateur nouveau qui cherche naturellement et sans pouvoir y parvenir à délimiter les cantons et à y juxtaposer les communes.
Les Xungs sont, du reste, très différents entre eux et forment moins une race unique que le résidu d'immiiiTations successives de même origine. On pourrait actuellement les répartir en deux groupes principaux :
Ceux d'entre eux qui. arrivés les premiers, ont pu trouver des terres à riz encore disponibles. Les derniers venus, obligés de se contenter des versants de mamelons et des bois.
Les premiers se sont peu à peu modelés sur les Thôs; vivant de la même vie, ils ont adopté leurs mœurs et leurs usages. On les en distingue dilïlcilement : même costume, mêmes qualités, mêmes défauts.
Les autres, plus nombreux, ont dû pour vivre, se créer des ressources en se livrant à certaines industries primitives. Les femmes tissent de grossières étolTes et les teignent pendant (|ue les hommes travaillent le bois
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dans la forêt. Ils cultivent le maïs, le riz de montagne, le coton, l'indigo.
Leurs mœurs sont nécessairement restées plus rudes et leurs traditions plus vivantes. Moins tranquilles et moins sîirs que les Thôs, ils ont, à l'occasion, sur la frontière, piraté un peu pour leur compte.
Ces Nungs de montagne n'ont pas toujours adopté la coiffure annamite (tous les cheveux relevés en chignon et cachés en partie par un turban). Ils portent encore souvent la queue de leurs ancêtres chinois. Cette mode leur a même parfois attiré des désagréments. Il y a c|uelques années, plusieurs officiers, insuffisamment documentés sur cette question, ayant reçu l'ordre, au fort de la piraterie, d'interdire sous peine de mort la circulation des Chinois, avaient prescrit de couper, sans autre procès, toutes les têtes ornées de ce malencontreux appendice. Les ?Sungs trouvèrent la mesure un peu radicale.
\oici, pour compléter la physionomie sociale des Nungs, un fait caractéristique. Il prouve que leurs mœurs sont en clTet restées rudes et que leur moralité est intransigeante.
Aux environs du mois de juin 1895, on trouva dans l'arrovo de Don 2:-Dano; trois femmes ?Sun2:d'un villasre voisin, attachées ensemble et novées. J'entrepris une enquête sur les causes de ce singulier accident et constatai non sans étonnement qu'aucune réclamation ne se produisait. Il ne s'agissait donc pas d'une vengeance, comme ie l'avais cru d'abord. Je crai'mis alors d'v trouver une sorte de meurtre rituel, reste des mœurs chinoises. Une sécheresse désastreuse pour le pays avait en effet provoqué des démonstrations religieuses tout à fait exceptionnelles et je savais d'ailleurs par de vieux
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indigènes qu'à Langson même, les Chinois, en pareil cas, noyaient encore, il y a peu d'années, ([uelques femmes dans le Song-Ky-Kong. Le pagodon qui servait à ces cérémonies, rares il est vrai et le plus souvent clandestines, existe encore sur le chemin de Ky-Lua. Trois femmes pour un pauvre village de la montagne me semblaient cependant une bien forte offrande... Dès le premier jour, le vieux Tri-Chau m'avait fait entendre que mon enquête n'aboutirait pas. Tous les intéressés, parents ou notables du village, déclaraient avec un ensemble remarquable C{u'on se trouvait en présence d'un triple suicide : « Lui triste, lui content faire mort .. . » Impossible d'en tirer autre chose et je dus me contenter de cette explication douteuse, après avoir, pour la forme, infligé une amende aux notables qui n'avaient pas rendu compte de la chose.
Il s'agissait simplement, je le sus plus tard, de trois maris soupçonnant leurs femmes de s'être trop amusées au marché voisin...
Actuellement, les Xungs forment une fraction très importante de la population, dans les cantons de la frontière (la moitié environ). Ils sont, d'une façon générale, nombreux dans les cantons pauvres, couverts de rochers et de bois ; plus rares dans les vallées riches et cultivées.
Un peu surveillés et bien traités, ils ne formeront point un obstacle à la pacification délinitive. Ce sont de hardis chasseurs, aimant les armes et capables de faire de très bons partisans.
Les Maxs ou Méos sont rares dans le Cliau de Dong Dang. Ils vivent en véritables nomades sur les massifs montagneux que les Xungs eux-mêmes n'abordent pas,
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déboisant les somincls pour y semer le maïs et le riz de moiilamie, puis transportant ailleurs leurs cabanes de brancliages quand la terre ne produit plus assez. C'est une race belle et vigoureuse mais diriicile à iixer et à apprivoiser.
J^es Mans ne vivent pas toujours en très bonne intelligence avec leurs voisins qui les craignent. Leurs déplacements s'opèrent cependant à l'amiable et après entente avec les autorités de la commune sur le territoire de laquelle ils veulent s'établir. Le droit de séjour leur est accordé moyennant une redevance annuelle par famille. Mais cette obligation d'avoir recours aux notables Tliôs ou \ungs et de leur paver cette sorte de tribut occasionne sovivent des dilïicultés.
J'avais tenté, pour rendre stable une assez forte colonie de Mans (/jo ou ôo familles) venant des montagnes du Mau-8on, de leur reconnaître un territoire et d'en former une commune à part, soumise au droit commun et administrée par le clief de la tribu (Truong- Man). Les clioses allaient bien au début; nos ^lans semblaient goûter cette autonomie, étaient reconnaissants des i5 ou i8 fusils qu'on leur avait conliés, se soumettaient volontiers au\ inspections et vivaient en ])aiv avec leurs voisins. Mais on ne fivc pas facilement des nomades liabitués h cultiver le sol en le déboisant,sans souci du lendemain et jaloux avant tout de leur iii(lé|)('iidance. Il est à craindre qu'ils ne reprennent tôt ou tard leur exode ^ .
Les mœurs des Mans se ressentent de leur babituel
I. Dans certaines parties du Tonkin, surtout dans la province de C^ao-Bang, les Mans forment des noyau\ beaucoup pîus iniporlants et plus fixes.