‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 30 sur 42 · MESURES A PRENDRE · texte numérisé non relu

MESURES A PRENDRE

pas pour conserver les libertés acquises el empêcher la roue si péniblement tirée de rornièrc, d'y retomber. C'est une lutte de tous les instants, que lui permettra seule de soutenir l'autorité personnelle c^uc donne le succès.

Du jour où cet homme disparaît, il est remplacé par un autre du même grade ou de la même classe, inscrit dans la même colonne sur les papiers administratifs. Quelles que soient sa capacité et son énergie, le nouveau venu ne pourra pas dès l'abord prendre la môme assurance et la même autorité morale. Si les travaux de son prédécesseur n'ont point encore reçu la consécration d'un texte officiel, ne sont pas devenus des lois, il sera le plus souvent écrasé par l'effort des services et des bureaux ligués pour reconquérir leurs prérogatives et retrouver le jeu tranquille de leur habituelle hiérarchie. Car nos administrations joignent à leurs autres qualités une susceptibilité rare et une extrême jalousie de leur autonomie.

Le dilTicile en France n'est donc pas de donner un <f coup de collier », de faire vite et bien, mais de rendre les résultats durables, de profiter du travail déjà fait.

C'est ce qui explique dans toutes nos entreprises nouvelles la lenteur des progrès et la médiocrité du rendement final. Beaucoup de travail fourni et de résultats partiels obtenus, rien de solide et de définitif. Les réformes laborieusement conquises, les méthodes soigneusement expérimentées restent le plus souvent à l'état d'efforts personnels. Elles entrent rarement et difficilement dans le domaine des règlements écrits, des lois administratives. Ceux que le jeu naturel du régime existant a portés aux échelons supérieurs de leur mandarinat spécial, trouvent ce régime excellent. Ils sont

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devenus par état, hostiles à tout esprit d'initiative et par habitude, opposés à toute innovation.

C'est donc le passage du provisoire au déiinilif, de l'essai au règlement qu'il est indispensable et si difllcile de hâter. M. de Lanessan avait accepté de tenter loyalement l'expérience; il aurait, je crois, poussé juscpi'au bout. M. Rousseau, devant les résultas acquis, s'était décidé à poursuivre dans cette voie et avait entrepris de faire des règlements avec les méthodes appliquées au 11*^ territoire^. Il était en train de leur donner la sanction des textes ofliciels et de les étendre, dans la mesure des ressources disponibles, à toutes les provinces de la frontière. C'est un résultat consolant et malheureusement exceptionnel d'avoir pu en deux ans imposer le principe cl prouver la possibilité de cette transformation. Espérons que l'œuvre sera poursuivie.

Il resterait à préciser les bases sur lesquelles il convient d'asseoir cette constitution réclamée pour les territoires militaires.

I. Malgré la réserve que je me suis imposée, il m'est impossible de ne pas citer ici le nom du commandant Lvautey (aujourd'hui lieutenant-colonel commandant un territoire militaire à Madagascar). Collaborateur et ami du colonel Gallieni, il s'était fait le propagateur ardent et autorisé de ses idées dans les fonctions successives de chef d état-major du général commandant les troupes et de chef du cabinet militaire de M. Rousseau.

G est à son infatigable action, à la légitime inlluence qu il avait acquise et que savait apprécier M. Rousseau, (pjcst due la réglementation, l'acceptation oiriciclle des méthodes coloniales étudiées dans ce livre. Le Tonkin lui doit beaucoup.

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Mais ce serait nous répéter car il s'agit seulement de rendre définitif ce qui existe déjà.

Il suffira de le résumer en terminant. Ce sera la conclusion de ce chapitre.

Notre but est double :

lo Former des « marches militaires » solidement occupées et opposant un obstacle sérieux au mouvement des bandes pirates entre la Chine et les provinces riches du Delta ;

2" Constituer en même temps à notre occupation un point d'appui solide où nous puissions compter sur l'entier concours des habitants, môme en cas de soulèvement ou de troubles dans les provinces annamites.

Le régime militaire peut seul assurer à notre occupation et aux habitants armés un encadrement et une cohésion suffisamment solides pour créer ce barrage. — C'est chose faite, il suffit de n'y rien changer.

Le second point est plus délicat. Pour mener à bien ce travail politique, deux choses sont nécessaires : soustraire complètement les habitants à l'influence des Annamites et leur créer une situation privilégiée. La suppression des mandarins annamites chez les Muongs a été le premier pas. Ils doivent être remplacés par un gouvernement très rapproché des habitants, ne comportant que les intermédiaires indispensables, pris dans le pays, nommés par leurs pairs et subordonnés à l'autorité française, à tous les degrés de la hiérarchie.

Les Annamites voient naturellement d'un mauvais œil ces provinces leur échapper définitivement et ne renonceront pas, sans une lutte opiniâtre, aux bénéfices qu'ils en tiraient ^ Notre intérêt est de couper court à

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