I. Courrier d'IIa'iphong, i/j, i6, i8, 21, 28 et 28 janvier
SITUATION EN FIN i8.)5 17.3
« Dans CCS villages, écrit-il encore, dont la populace tion avait fui en Chine pour éviter le pillage, les « habitants sont revenus très vite dès qu'ils se sont « sentis protégés. On ne voit cjue cultures nouvelles, c( que fermes à peine rebâties depuis quelques mois. « Beaucoup de buffles paissent en liberté.
« Mais ces gens qu'une politique sage a ramenés au « Tonkin et cj[ui se sont complètement ralliés à nous, il « importe aujourd'hui au protectorat de ne pas se les (( aliéner.
« Qu'il y prenne garde, un retour à l'ancien ordre (c de choses serait funeste, et les détournerait de nous à « jamais.
« Ce qui les a séduits dans le régime nouveau c'est « l'honnêteté administrative. L'autorité du Tong-Doc « de Lan" son, le vieux A i-van-Li, est toute de forme « extérieure. Le territoire lui rend beaucoup d'iion- « neurs, mais lui a enlevé toute autorité. Au-dessous « de lui, point de mandarins annamites pillards qui « pressurent la population, point d'An-Satt qui rende « la justice aux plus offrants.
« Ce sera l'éternel honneur du colonel Gallieni, « contre ses détracteurs, l'éternel honneur de ses coUa- (c borateurs dévoués d'avoir su inspirer confiance, en si « peu de temps, à ces indigènes si méfiants par nature « et qui l'étaient encore rendus davantage par la len- (( teur du protectorat à les protéger. »
Cette appréciation de l'œuvre accomplie dans la haute région est intéressante à enregistrer ; elle résume bien l'opinion à peu près générale des colons européens du Tonkin.
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Ce sont là du resto des constalalions de faits qu'il serait facile de multiplier. De tout ceci, retenons seulement qu'en prenant une ligne de conduite et des procédés de gouvernement adaptés au pays et aux circonstances, sans souci des errements précédents, nous avons obtenu des résultats qu'on ne saurait méconnaître.
Malheureusement, c'est encore du provisoire '.
La grande autorité du colonel Gallieni, la confiance cju'il avait su concjuérir et surtout le besoin qu'on avait de ses services pour achever la pacification, donnaient, il est vrai, force de loi à notre réglementation de fortune. Mais voici la pacification passée au second plan et il s'agit d'administrer. Dans cet ordre d'idées, bien qu'en France, dit-on, le provisoire seul soit durable, il faut de l'officiel, du définitif, pour faire équilibre à l'instabilité du personnel.
11 est donc nécessaire de régulariser, d'asseoir l'administration des hautes régions. Deux orientations se j:)résentent :
I. Nous avons va, par exemple, le commandant du secteur donner des ordres au Tri-Cliau et remployer directement à tous les détails de ladministration. En théorie et d après le régime du protectorat, c est seulement par lintermédiaire du Tong-Doc de Langson que ce fonctionnaire aurait dû recevoir les instructions de l'autorité française. Cela crée une situation difficile, car les ordres du commandant du secteur n'étaient pas toujours d accord avec les instructions du Tong-Doc et nos fonctionnaires indigènes s'en trouvaient parfois fort embarrassés. Jusqu'ici les petits mandarins Thùs. pleins de bonne volonté, n'hésitaient pas à suivre le commandant du secteur et le Tong-Doc lui-même, malgré quelques signes de mauvaise humeur, en présence de la situation un peu subalterne qui lui était faite, ne s'est pas hasardé à un conflit réel. Il y a là cependant un véritable danger qu il est indispensable de faire disparaître.
— Dcsinlércsscr les officiers peu à peu des afTaires indigènes pour les renfermer dans leur domaine militaire et s'acheminer ainsi vers le régime civil.
— Ou au contraire les y faire entrer plus avant, leur en donner la direction d'une façon plus complète et sanctionner officiellement l'existence d'une véritable administration militaire française.
Il serait délicat d'aborder dans son ensemble la comparaison et l'étude des deux modes de gouvernement. C'est une matière de discussion toujours complexe et souvent irritante. Bornons-nous à la seule question cpii rentre dans notre cadre :
Dans le territoire de Lan<^-Son et 2;énéralement dans les régions frontières, est-il prudent d'appliquer le régime civil tel qu'il est compris au Tonkin? Cette modification doit-elle être hâtée ou y a-t-il lieu au contraire d'y laisser subsister un régime exceptionnel sous l'autorité militaire ?
Le bon sens et l'expérience s'accordent à démontrer cjue la sécurité est la base nécessaire de toute colonisation. Il faut donc l'obtenir d'abord, puis la faire durer. Personne ne conteste que c'est à l'action militaire que revient la première partie du programme. Elle est remplie dans les provinces qui bordent le Quang-Si.
Il reste à se demander si le régime civil est outillé pour y assurer d'une façon permanente la sécurité des populations et des Européens et pour permettre à ces provinces de remplir efficacement leur rôle de tampon entre la Chine et les terres basses. L'expérience a été faite et n'a pas été heureuse. Langson et Cao-Bang ont joui autrefois de l'administration civile qui s'y est montrée impuissante. Cette impuissance est-elle définitive et le régime militaire est-il en état de mieux réussir ')
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Mémo ainsi ri'dnilo, la qiicslion est difficile cl mérite qu'on s'y arrête. Voici mon opinion : le régime civil est encore impossible pour de longues années dans les provinces de la fronlicre. Il n'y a pas lieu, du reste, de chercher à hâter ce retour au droit commun, car cette hâte est dangereuse et sans profit. L'administration militaire a ses inconvénients ; il semble démontré, cependant, qu'elle peut faire progresser le pays et le conduire au développement économique et commercial qu'il comporte, à condition de recevoir une constitution officielle assise sur des bases raisonnables. Essayons de le prouver.
Le régime civil, avons-nous dit, est encore impossible pour de longues années dans les provinces de la frontière. C'est comme toujours dans une erreur de fond cjue nous chercherons le secret de cette incapacité et le point faible de notre gouvernement indigène, sans avoir recours aux arguments faciles et habituellement exagérés, qu'on tire trop souvent des abus de détail et de la valeur du personnel emplové.
En théorie, le pavs protégé, l'Annam, reste charge de son administration intérieure et conserve les attributions administratives du gouvernement (police, justice, administration proprement dite...); un petit nombre de fonctionnaires français contrôlent le fonctionnement des services Indigènes, administrent les Européens et les Asiatiques étrangers et assurent directement la marche des services généraux du gouvernement (gestion des finances, travaux publics, sécurité générale, affaires extérieures, emploi de la force armée).
Nous avons observé, en étudiant le corps social annajnite au Tonkin, combien l'organisation d'une semblable
lutelle était chose difricilc. Pour être avantageux aux deux contractants, le protectorat doit se limiter à sa fonction normale : direction d'ensemble et contrôle. Il présente alors sur l'annexion une véritable supériorité : économie de fonctionnaires, acceptation plus facile par les habitants, transition amiable, sans à-coup et sans l'anarchie momentanée cjui accompagne nécessairement un changement brusque de nationalité. Mais cela n'est possible qu'à trois conditions :
1° Que le pays protégé possède d'avance des rouages administratifs complets et en état de fonctionner régulièrement ;
•2° Que la tranquillité générale et la sécurité v soient suffisantes pour ne pas exiger d'une façon habituelle la force comme moyen de gouvernement ;
3° Que le protégé accepte le protectorat sans trop de répugnance et ne conserve pas l'idée fixe de profiter de la première occasion pour jeter son protecteur à la porte.
La première de ces conditions était remplie au Toiikin à l'exclusion des deux autres. Cela explique pourquoi il a fallu de tous temps sortir du protectorat normal par des expédients.
L'emploi de la force dans un pavs mal pacifié et peu sur était, au début surtout, de tous les jours. On ne pouvait songer à en confier le maniement, même pour la police, aux autorités annamites qui n'auraient pas manqué d'en user contre nous. Leur mauvaise volonté forçait en outre, un peu partout, les fonctionnaires français à transformer le contrôle dont ils étaient chargés en une intervention directe et journalière dans les affaires locales. C'est ainsi que le pavs se trouva bientôt soumis à deux gouvernements parallèles, à deux
hiérarchies juxtaposées dont les rapports et la subordination mutuelle sont le plus souvent mal définis.
11 faudrait, pour rendre possible le fonctionnement réi^ulier d'un pareil système, que l'entente fût toujours complète entre les autorités supérieures françaises et annamites. Mais cette entente (nous avons essayé de dire pourquoi) ne peut avoir lieu qu'exceptionnellement et, pour ainsi dire, à la surface. Aussi chaque résident est-il obligé, dans sa province, de se créer un inodus Vivendi avec les mandarins de son ressort. Quand il est très habile et quand les mandarins sont bien disposés, les affaires peuvent aller sans trop de froissements. Cela est rare et le résident se trouve souvent obligé d'agir en sens inverse des instructions que les mandarins provinciaux reçoivent de leurs supérieurs naturels. De là suivent des frottements, des résistances, des difficultés qu'il ne peut surmonter qu'en brusquant les choses et en imposant directement sa volonté, sans se préoccuper de la direction occulte donnée par le gouvernement annamite. Mais cette altitude n'est possible que s'il est armé et soutenu. Ce n'est pas toujours le cas.
A côté des mandarins qui prétendent n'obéir qu'à leur vice-roi, voici les services français (armée régulière, douanes, trésor...) dont chacun se réclame de ses directeurs propres et n'accepte d'observations d'aucun autre. L'ensemble constitue un régime aussi compliqué, aussi spécialisé, aussi peu maniable qu'en France. Ln pays sûr, calme, depuis longtemps dressé et assoupli pourrait à la rigueur s'en contenter. Le ïonkin n'en est pas là. La preuve en est dans les tâtonnements et les expédients, peu heureux quelquefois, destinés à éluder les termes d'une conslilulion de protectorat reconnue insuflisanle.
On a paré au plus presse en niellant dans la main des résidenls, par la création des milices, le premier outil de gouvernement, la force. Cela leur permet de passer outre aux résistances locales, de résoudre les conllits de détail et de faire la police chez eux comme ils l'entendent. Mais quoi qu'on ait tenté, notre régime civil dans les provinces manque d'assiette, d'autorité et d'unité dans la direction; par conséquent il manque de puissance.
M. de Lanessan, dès son arrivée, frappé de l'arbitraire que cette situation entretenait dans notre administration et des abus qui en découlaient, avait essavé de résoudre la cjuestion autrement. Il espérait trouver le remède à cette plaie dans un retour aussi complet que possible aux principes du protectorat normal. Sa première préoccupation fut de rendre aux Annamites leurs attributions administratives et de leur remettre dans la main une partie de leurs movens d'action. Bien que ne partageant point du tout sa confiance dans la bonne foi des mandarins, j'ai eu l'occasion déjà de constater qu'il y avait là une ligne de conduite raisonnable et une tentative loyale de retour à une situation nette. Les premiers résultats semblaient encourageants. Tout vaut mieux que l'anarchie.
Il dut cependant s'arrêter en route et reconnaître praticjuement la nécessité de laisser encore à l'autorité françaises, dans les provinces, une action de gouvernement plus directe et plus étendue que ne le comporte notre traité de protectorat. La dualité d'attributions, la coexistence de deux hiérarchies administratives dont les rapports sont mal définis, reste donc entière. Le mal est aggravé par la spécialisation et l'indépendance relative des différents services publics qui entravent à chaque pas l'action personnelle et l'initiative du résident.
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La loiilalivc de M. de Lancssan est-elle desliiiée dans l'avenir à préparer nne solution délinitive ? Sera-t-il possible de rendre à l'administration annamite toute son autonomie et toute sa vitalité, afin de limiter notre action à la direction i^énérale du gouvernement et au contrôle? Peut-être; mais il faut attendre (pie la race annamite ait produit une classe dirigeante moins réfractaire à notre civilisation. C'est un travail social qui demande des générations. Que faire en attendant?
Xotre organisation des hautes régions peut à ce sujet donner quelques indications. On v verra peut-être la possibilité de gouverner à l'aide de cadres indigènes directement commandés par des fonctionnaires français. Pourquoi le résident ne recevrait-il pas les droits qu'il est obligé de prendre et ne deviendrait-il pas le chef immédiat du gouvernement indigène. Les échelons supérieurs de la hiérarchie annamite se trouveraient peu à peu réduits à un rôle de figuration honorifique et de chancellerie. Personne, je crois, ne s'en plaindrait. La chose en tout cas vaut la peine d'être étudiée mais elle sortirait de notre cadre.
Dans la haute région, c'est grâce à une surveillance de tous les instants, à une occupation militaire très solide et surtout à cette unité d'action si énergiquement réclamée en toutes circonstances par le colonel Gallieni, que nous avons imposé au pays cette tranquillité complète, mais encore précaire, qui lui a permis de renaître et de se reconstituer en dix-huit mois. jNos postes militaires retomberaient dans l'impuissance, les populations armées bientôt désorientées, deviendraient inutiles et peut-être dangereuses, du jour où cette vmité d'action si laborieusement obtenue viendrait à se relâcher. 11
n'est pas nécessaire d'insister sur l'impossiljililé d'obtenir en territoire civil une pareille discipline et une aussi complète coordination de tous les pouvoirs. Les considérations qui précèdent et l'expérience si souvent renouvelée en sont une preuve suffisante.
Cette expérience en effet n'est plus à faire. Toutes les provinces non encore pacifiées sont confiées d'abord à l'autorité militaire et soumises à son régime d'exception avant leur passage au droit commun. Le processus est régulier et tout irait bien sans la hâte habituelle en pareil cas. Dès qu'une contrée a repris un peu de calme extérieur, les bandes pirates dispersées, les tribus rebelles rentrées dans le devoir, on veut sans autre délai la confier au régime civil. C'est trop tôt.
Il faudrait, après la répression violente, laisser au pavs le temps de se discipliner, de se calmer, de se plier à la domination française sous une autorité plus forte et plus libre que celle de notre gouvernement civil. Les résultats acquis n'ont encore aucune stabilité ; bientôt tout se désorganise, les pirates rentrent, les villages échappent aux autorités françaises et après avoir essayé de vivre d'expédients pour ne pas avouer une erreur, on est obligé en fin de compte de reprendre l'œuvre par le pied et de rendre aux militaires une contrée plus dévastée, plus déserte et plus difficile à pacifier que lors de la première tentative. Après une nouvelle et incomplète pacification, nouveau retour au droit commun... Certaines provinces intermédiaires entre le Delta et la montagne ont ainsi changé trois ou quatre fois de gouvernement.
Ces oscillations suffisent à expliquer comment on trouve encore si dévastées et si peu sûres des provinces qui devraient être depuis longtemps repeuplées et Iran- Grand.maison. 11
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(juilli's. ].o N iMi-'J'Iic ' 011 est peiil-èlre le plus remarquable exemple. 11 serait intéressant d'en écrire l'iiistoire comme document de colonisation. En octobre 1895 une grosse colonne de 1,800 à 2,000 fusils reprenait possession de cette contrée si souvent pacifiée sur le papier et y servait de prélude à une nouvelle période militaire devenue nécessaire après deux ou trois essais malbeurcux de gouvernement civil.
Je ne voudrais pas me donner ici le ridicule d'en conclure que le régime militaire est d'une façon générale supérieur au régime civil, cela prouve seulement que chacun d'eux doit venir en son temps et que pour rendre possible le fonctionnement délicat de notre adminislration civile aux colonies, il faut un pays tranquille, discipliné déjà, déshabitué des rébellions intérieures et à l'abri des agents de trouble extérieurs.
Cette obstination à « civiliser » ou mieux à « fonctionnariser » nos conquêtes avant maturité tient souvent à des préventions, très répandues dans certains milieux, contre le régime militaire. AuTonkin, elle est due surtout à l'habitude prise de considérer ce passage au régime civil comme la constatation officielle d'une pacification définitive. On comprend combien les gouverneurs généraux sont désireux de faire le plus tôt possible cette constatation et d'en tirer une preuve irrécusable des progrès accomplis.
On pourrait y joindre, dans certains cas, un molif
I. Cet insuccès en ce qui concerne le liaut Yen-thé, dcvaslé, dépeuplé et inculte est d'autant plus déplorable qu'il n'est peut-être pas au Tonkin de ré^rion plus fertile, plus propre aux cultures riches et mieux placée pour la création d'exploitations agricoles importantes.
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qui a sa valeur : lo souci de placer el d'iililiser quel(|uesiins des rontlioiiiiaires qui altendeiit un poste.
De tout ceci, concluons seulement que tenter actuellement le retour au droit commun des provinces de la frontière serait une imprudence grave. ?sous v sommes donc condamnés pour longtemps peut-être au régime militaire. Il faut s'en contenter et en tirer ce qu'il peut donner.
Après avoir su pacifier, saurons-nous administrer et le pavs ne souilrira-t-il pas de cette prolongation de bail ■'
Ses adversaires affirment que le « régime du sabre » est dur aux habitants et peu soucieux de la légalité. Le personnel est inexpérimenté et change à chaque instant; les officiers n'ont aucun goût pour des fonctions sans profit. La guerre seule leur rapporte et les succès pacifiques ne sont pas leur fait. Les colons en outre et les commerçants européens ne se hasardent qu'avec défiance en territoire militaire. Cette répugnance constitue un obstacle au développement du pays. — H y a là un peu de vrai et beaucoup d'exagération.
Le régime du sabre sait, quand il le faut, s'attirer la sympathie des populations. Nos rapports avec les indigènes dans la région de Langson en sont la preuve. La cordialité de ces rapports et la confiance des habitants constituait la note caractéristique, le point spécial qui frappait le visiteur de nos fiefs militaires. Je ne sais si l'entente aurait été aussi rapide et complète en pavs annamite. Mais nous avions affaire à des gens simples, ayant plus besoin de justice que de légalité, qui s'accommodaient fort bien de nos procédés sommaires. Si du reste, nous pouvons accepter le reproche de n'avoir
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pas nionlré en toutes circonstances un respect absolu de la loi annamite représentée par le mandarin, c'est tonjours au proiit de la justice et dans l'intérêt de l'habitant que nous lui avons manqué. Nos administrés ne s'en plaignaient pas.
La répugnance des colons et des commerçants français à se fixer en territoire militaire est explicable. Par définition, les territoires militaires sont ceux qui ne sont pas paciliés ; ils craignent d'v trouver l'arbitraire et le manque de sécurité. Ceux qui ont habité ou visité le 11*^ territoire en 1894- 1890 n'ont plus, je crois, ces préventions..
Les critiques visant le manque de stabilité et d'expérience administrative des officiers sont plus sérieuses et doivent être prises en considération, au moment où la chasse aux pirates, passée au second plan, doit céder le pasàl'étudedes cjuestions politiques et économiques qui intéressent l'avenir du pavs.
Pour ne pas enraver les progrès chaque jour plus sensibles d'une région qui ne demande qu'à prospérer, il faut entrer hardiment dans la voie des réformes administratives, régulariser les rapports des fonctionnaires indigènes avec l'autorité française, reviser l'impôt, revoir l'application des lois annamites relatives à la pro priété, encourager certaines cultures, réorganiser Tins truction dans les villages, pousser les travaux publics régler l'entretien et poursuivre l'amélioration des voies de communication... Tout cela, l'autorité militaire peut le faire avec son personnel qui, à défaut d'expé rience, ne lui marchandera pas le concours de son dévouement et de son désintéressement. Les incontestables progrès réalisés en (juelques mois sont garants du snc ces final. Mais il faut reconnaître que les changements
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trop fréquents et le manque de pratique des officiers chargés de fonctions administratives constituent, dans cette nouvelle phase, une difficulté grave.
Le colonel Gallieni avait amélioré déjà la situation en s'appliquant à ne distraire que le moins possible de leurs fonctions, les commandants de secteur. Il le fallait néanmoins trop souvent.
La cause principale de ces déplacements obligatoires est assez caractéristique. Les militaires n'allant point aux colonies pour faire fortune n'y peuvent chercher !que des avantages de carrière. Or, d'après nos règlements, il n'est établi de propositions spéciales pour l'avancement ou autres récompenses, qu'à la suite des grosses colonnes, des opérations militaires proprement dites. 11 en résulte que pour récompenser un commandant de poste ou de secteur dont la circonscription est tranquille, on doit d'abord l'envoyer ailleurs. Il n'y a point à comparer cependant la somme d'énergie, d'activité et d'action personnelle que doit dépenser un officier dans son petit gouvernement isolé, avec celle qui lui revient, en sous-ordre, dans une colonne nombreuse. Mais les militaires sont faits pour tirer des coups de fusil, s'ils sont employés à autre chose, cela ne peut entrer en ligne de compte dans leurs états de services.
C'est un tort. Quel que soit leur bon vouloir, les chefs militaires ne peuvent, en effet, sortir de cette alternative. Décourager les officiers administrateurs en leur imposant contre leur gré des fonctions sans profit. Ou leur rendre difficile tout travail sérieux, toute entreprise de longue haleine en les appelant à concourir comme les autres aux opérations actives en dehors de chez eux.
Cette seconde solution entrave tout progrès politique
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(liiial)l('. La piciiiirrc osl plus iiiamaisc encore parce qu'elle esl injuste.
Il V a là un très réel danger pour toute tentatixc d'adininistration militaire. Peut-être sera-l-11 néccssairi' ])r)ur V remédier de spécialiser les commandants de secteur ou au moins de les soustraire aux déplacements trop fréquents nécessités par le commandement direct de leur troupe, sans qu'ils aient à craindre de compromettre leurs intérêts de carrière en s'attacliant à leurs i'onctions administratives.
Sans insister davantage, reconnaissons-le, l'administration militaire a ses inconvénients. Elle peut réussir cependant à condition de recevoir une constitution ofliclelle assise sur des bases raisonnables.
Cette constitution oniclelle est indispensable mais difliclle à obtenir. Sous l'impulsion du colonel Galllcni, une œuvre remarquable a été produite en deuv ans. Le pavs a été pacilié, repeuplé, réorganisé, transformé. C'est en faisant table rase de nos méthodes précédentes et de notre habituelle routine que nous avons réussi. Ce fait dépasse en portée les limites du territoire où nous venons de l'étudier. Il montre ce quepeu\ent faire des ofliclers et des fonctionnaires français un peu délivrés des entraves accoutumées et quel essor ce retour à l'acliou individuelle et à la responsabilité personnelle peut donner à une entreprise de colonisation. Cette constatation malheureusement a été souvent faite et infructueusement. Que dans une situation difUclle, se présente un homme suffisamment trempé pour réclamer et obtenir ses coudées franches et assez doué |)(^iir user nrileineiil do sa liberté d'action, il réussira toujours. Mais, en outre de sa tâche normale, il lui faudra dépenser une somme d'énergie qu'on ne soupçonne