‹ L'expdition de Bonaparte en gypteChapitre 4 sur 42 · D ALEXANDRIE AUX PYRAMIDES · texte numérisé non relu

D ALEXANDRIE AUX PYRAMIDES

mobiles, dont les pièces n'étant pas sur affût de campagne^ ne pouvaient être déplacées. Tel était le camp retranché de Mourad-Bey. Il y avait placé ses vingtquatre mille fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniâtreté accoutumée des Turcs derrière les murailles. Ce village, retranché et appuyé^ au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille cavaliers, s'étendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides. Quelques mille cavaliers arabes, qui n'étaient des auxiliaires que pour piller et massacrer en cas d'une victoire, remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collègue de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se tenait de l'autre côté du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses femmes, ses esclaves et ses richesses, prêt à sortir du Caire et à se réfugier en Syrie si les Français étaient victorieux. Un nombre considérable de djermes couvf aient le Nil, et portaient toutes les richesses des Mameluks. Tel était l'ordre dans lequel les deux beys attendaient Bonaparte.

Le 3 thermidor (21 juillet) l'armée française se mit en marche avant le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer l'ennemi. A la pointe du jour elle découvrit enfin à sa gauche, au delà du fleuve, les hauts minarets^ de cette grande capitale, et à sa droite, dans le désert, les gigantesques pyramides dorées par le soleil. A la vue de ces monuments elle s'arrêta comme saisie de^ curiosité et d'admiration. Le visage de Bonaparte était rayonnant d'enthousiasme ; il se mit à galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les pyramides : a Songea, s'écria-t-il, songez que du haut de ces pyramides quarante siècles

l’expédition en Égypte

vous contemplent.)) On s’avança d’un pas rapide. On voyait, en s’approchant s’élever les minarets du Caire, on voyait grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait Embabeh, on voyait étinceler 5 les armes de ces dix mille cavaliers, brillants d’or et d’acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit aussitôt ses dispositions. L’armée, comme à Chébreiss, était partagée en cinq divisions. Les divisions Desaix et Régnier formaient la droite, vers le désert; 10 la division Dugua formait le centre; les divisions Menou et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte qui depuis Chéb reiss avait jugé^ le terrain et l’ennemi, fit ses dispositions en conséquence. Chaque division formait un carré, chaque carré était 15 sur six rangs.^ Derrière étaient les compagnies de grenadiers en pelotons, prêtes à renforcer les points d’attaque. L’artillerie était aux angles, les bagages et les généraux au centre. Ces carrés étaient mouvants.^ Quand ils étaient en marche, deux côtés marchaient 20 sur le flanc. Quand ils étaient chargés,^ ils devaient s’arrêter pour faire front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever^ une position, les premiers rangs devaient se détacher, pour former des colonnes d’attaque, et les autres devaient rester en arrière, for- 25 mant toujours le carré, mais sur trois hommes de profondeur seulement,® et prêts à recueillir’^ les colonnes d’attaque. Telles étaient les dispositions ordonnées par Bonaparte. Il craignait que ses impétueux soldats d’Italie, habitués à marcher au pas de charge,® 30 n’eussent de la peine à se résigner à cette froide et impassible immobilité des murailles. Il avait eu soin de les y préparer. Ordre était donné surtout de ne pas

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