‹ L'expdition de Bonaparte en gypteChapitre 7 sur 42 · BATAILLE NAVALE D^ABOUKIR · texte numérisé non relu

BATAILLE NAVALE D^ABOUKIR

manque en Égypte, dans la fabrication de la bière; déterminer les lieux propres à la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour procurer de l’eau à la citadelle du Caire ; creuser des puits dans les différents endroits du désert ; chercher les moyens de clarifier et 5 de rafraîchir l’eau du Nil ; imaginer une manière d’utiliser les décombres dont la ville du Caire était embarrassée, ainsi que de toutes les anciennes villes d’Égypte; chercher les matières nécessaires pour la fabrication de la poudre en Ég}-^pte. On peut juger 10 par ces questions de la tournure d’esprit du général. Sur-le-champ les ingénieurs, les dessinateurs, les savants, se répandirent dans toutes les provinces pour commencer la description et la carte du pays. Tels étaient les soins de cette colonie naissante et la manière 15 dont le fondateur en dirigeait les travaux.

La conquête des provinces de la basse et moyenne Égypte s’était faite sans peine, et n’avait coûté que quelques escarmouches avec les Arabes. Il avait suffi d’une marche forcée sur Belbeys pour rejeter Ibrahim- 20 Bey en Syrie. Desaix attendait l’automne pour enlever la haute Égypte à Mourad-Bey, qui s’y était retiré avec les débris de son armée.

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Le août 1798

Mais, pendant ce temps, la fortune venait d’infliger à Bonaparte le plus redoutable de tous les revers. En 25 quittant Alexandrie, il avait fortement recommandé à l’amiral Brueys de mettre son escadre à l’abri des^

l’expédition en Égypte

Anglais, soit^ en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la dirigeant sur Corfou ; mais surtout de ne pas rester dans la rade d’Aboukir, car il valait mieux rencontrer Tennemi à la voile, que de le recevoir à l’ancre, 5 Une vive discussion s’était élevée sur la question de savoir si l’on pouvait faire entrer dans le port d’Alexandrie les vaisseaux de 8o et de 120 canons. Il n’y avait pas de doute pour les autres ; mais pour les deux de 80 et celui de 120, il leur fallait un allégement^ qui 10 leur fît gagner trois pieds d’eau.^ Pour cela il était nécessaire de les désarmer^ et de construire des demichameaux.^ L’amiral Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port à cette condition. Il pensait qu’obligé à de pareilles précautions pour ses trois vais- 15 seaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port en présence de l’ennemi, et qu’il pourrait ainsi être bloqué par une escadre très inférieure en force ; il se décida à partir pour Corfou. Mais, étant fort attaché au général Bonaparte, il ne voulait pas mettre à la 20 voile sans avoir des nouvelles de son entrée au Caire et de son établissement en Égypte. Le temps qu’il employa, soit à faire sonder les passes d’Alexandrie, soit à attendre des nouvelles du Caire, le perdit, et amena un des plus funestes événements de la révolution et 25 l’un de ceux qui, à cette époque, ont le plus influé sur les destinées du monde.

L’amiral Brueys s’était embossé® dans la rade d’Aboukir. Cette rade est un demi-cercle très régulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne demi-circu- 30 laire parallèle au rivage. L’amiral, pour assurer sa ligne d’embossage, l’avait appuyée^ d’un côté vers une petite île, nommée l’îlot d’Aboukir. Il ne supposait

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pas qu’un vaisseau pût passer entre cet îlot et sa ligne pour la prendre par derrière, et, dans cette croyance, il s’était contenté d’y placer une batterie de douze,^ seulement pour empêcher l’ennemi d’y débarquer. Il se croyait tellement inattaquable de ce côté, qu’il y 5 avait placé ses plus mauvais vaisseaux. Il craignait davantage pour l’autre extrémité de son demi-cercle.

De ce côté il croyait possible que l’ennemi passât entre sa ligne d’embossage et le rivage ; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts et les mieux commandés. 10 De plus il était rassuré par une circonstance importante, c’est que cette ligne étant au midi, et le vent venant du nord, l’ennemi qui voudrait attaquer par ce côté aurait le vent contraire, et ne s’exposerait pas sans doute à combattre avec un pareil désavantage. 15

Dans cette situation, protégé de sa gauche par un îlot qu’il croyait suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs vaisseaux et par le vent, il attendait avec sécurité les nouvelles qui devaient décider son départ. 20

Nelson après avoir parcouru l’Archipel, après être retourné dans l’Adriatique, à Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude du débarquement des Français à Alexandrie. Il prit aussitôt cette direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il en- 25 voya une frégate pour la chercher et reconnaître sa position. Cette frégate, l’ayant trouvée dans la rade d’Aboukir, put observer tout à l’aise notre ligne d’embossage. Si l’amiral, qui avait dans le port d’Alexandrie une multitude de frégates et de vaisseaux légers, 30 avait eu la précaution d’en garder quelques-uns à la voile, il aurait pu tenir les Anglais toujours éloignés,

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les empêcher d’observer sa ligne, et être averti de leur approche. Malheureusement il n’en fit rien. La frégate anglaise, après avoir achevé sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui étant informé de tous les dé- 5 tails de notre position, manœuvra aussitôt vers Aboukir. Il arriva le 14 thermidor (leraoût) vers les six heures du soir. L’amiral Brueys était à dîner; il fit aussitôt donner le signal du combat. Mais on s’attendait si peu à recevoir l’ennemi, que le branlebas^ n’était 10 fait sur aucun vaisseau, et qu’une partie des équipages était à terre. L’amiral envoya des officiers pour faire rembarquer les matelots et pour réunir une partie de ceux qui étaient sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osât l’attaquer le soir même, et il croyait avoir le 15 temps de recevoir les renforts qu’il venait de demander.

Nelson résolut d’attaquer sur-le-champ, et de tenter une manœuvre audacieuse, de laquelle il espérait le succès de la bataille. Il voulait aborder notre ligne par la gauche, c’est-à-dire par l’îlot d’Aboukir, passer 20 entre cet îlot et notre escadre, malgré les dangers des bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne d’embossage. Cette manœuvre était périlleuse, mais l’intrépide Anglais n’hésita pas. Le nombre des vaisseaux était égal des deux côtés, c’est-à-dire de 25 treize vaisseaux de haut-bord.^ Nelson attaqua vers huit heures du soir. Sa manœuvre ne fut pas d’abord heureuse. Le Cttlloden, en voulant passer entre l’îlot d’Aboukir et notre ligne, échoua^ sur un bas-fond. Le Goliath qui le suivait fut plus heureux, et passa ; mais 30 poussé par le vent, il dépassa notre premier vaisseau et ne put s’arrêter qu’à la hauteur^ du troisième. Les vaisseaux anglais, le Zélé, V Audacieux, le Thésée,

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VOrion, suivirent le mouvement et réussirent à se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancèrent jusqu'au Tonnant, qui était le huitième, et engagèrent ainsi notre gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancèrent par le dehors^ de la ligne, et la 5 mirent entre deux feux. Comme on ne s'attendait pas dans l'escadre française à être attaqué dans ce sens, les batteries du côté du rivage n'étaient pas encore dégagées,^ et nos deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d’un côté; aussi l’un fut-il désemparé, 10 et l'autre démâté. Mais au centre, où était YOrient, vaisseau amiral, le feu fut terrible. Le Bellérophon, l'un des principaux vaisseaux de Nelson, fut dégréé,^ démâté et obligé d'amener.^ D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraités,^ furent obligés de 15 s'éloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait reçu qu'une partie de ses matelots; cependant il se soutint avec avantage; il espérait même, malgré le succès de la manœuvre de Nelson, remporter la victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment à sa 20 droite étaient exécutés. Les Anglais n'avaient engagé le combat qu'avec la gauche et le centre; notre droite composée de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre â la voile, et de se rabattre extérieure- 25 ment sur® la ligne de bataille ; cette manœuvre réussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient par le dehors auraient été pris entre deux feux ; mais les signaux ne furent pas aperçus. Dans un pareil cas un lieutenant ne doit pas hésiter â courir au secours de son 30 chef. Le contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrésolu, demeura immobile, attendant toujours des ordres.

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Notre gauche et notre centre restèrent donc placés entre deux feux. Cependant l’amiral et ses capitaines faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement l’honneur du pavillon. Nous avions perdu S deux vaisseaux, les Anglais aussi en avaient perdu deux, dont l’un était échoué et l’autre démâté; notre feu était supérieur. L’infortuné Brueys fut blessé; il ne voulut pas quitter le pont de son vaisseau : « Un amiral, dit-il, doit mourir en donnant des ordres.» Un 10 boulet le tua sur son banc de quart.^ Vers une heure le feu prit au magnifique vaisseau VOrient. Il sauta en l’air.^ Cette épouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette lutte acharnée.^ Sans se laisser abattre nos cinq vaisseaux engagés, le Franklin, le 15 Tonnant, le Peuple Souverain, le Spartiate, V Aquilon, soutinrent le feu toute la nuit. Il était temps encore pour notre droite de lever l’ancre, et de venir à leur secours. Nelson tremblait que cette manoeuvre ne fût^ exécutée ; il était si maltraité qu’il n’aurait pu soutenir 20 Tattaque. Cependant Villeneuve mit enfin à la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu’il ne croyait pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Deux de ses vaisseaux se jetèrent à la côte ; il se sauva avec les deux autres et deux frégates, et fit yoile 25 vers iMalte. Le combat avait duré plus de quinze heures. Tous les équipages attaqués avaient fait des prodiges de valeur. Le brave capitaine Du Petit- Thouars avait deux membres emportés; il se fit apporter du tabac,^ resta sur son banc de quart, et comme 30 Brueys, attendit d’être emporté par un boulet de canon. Toute notre escadre, excepté les vaisseaux et les deux frégates emmenés par Villeneuve fut détruite. Nelson

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était si maltraité qu’il ne put pas poursuivre les vaisseaux en fuite.

Telle fut la célèbre bataille navale d’Aboukir, la plus désastreuse que la marine française eût encore soutenue, et celle dont les conséquences militaires devaient 5 être les plus funestes. La flotte qui avait porté les Français en Égypte, qui pouvait les recruter, qui devait seconder leurs mouvements sur les côtes de Syrie, s’ils en avaient à exécuter, qui devait imposer la Porte, la forcer à se payer de mauvaises raisons,^ et l’obliger 10 à souffrir l’invasion de l’Égypte, qui devait enfin, en cas de revers, ramener les Français dans leur patrie, cette flotte était détruite. Les vaisseaux des Français étaient brûlés, mais ils ne les avaient pas brûlés euxmêmes, ce qui était bien différent pour l’effet moral. 15 La nouvelle de ce désastre circula rapidement en Égypte, et causa un instant de désespoir à l’armée. Bonaparte reçut cette nouvelle avec un calme impassible. « Eh bien ! dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens.» Il écrivit à Kléber: « Ceci 20 nous obligera à faire de plus grandes choses que nous n’en voulions faire. Il faut nous tenir prêts.» « Oui, répondit Kléber, il faut faire de grandes choses ; je prépare mes facultés.))^ Le courage de ces grands hommes soutint l’armée, et en rétablit le moral.^ Bo- 25 naparte chercha à distraire^ ses soldats par différentes expéditions, et leur fit bientôt oublier ce désastre. A la fête de la fondation de la république, célébrée le vendémiaire,® il voulut encore exalter leur imagination, et fit graver sur la colonne de Pompée^ le 30 nom des quarante premiers soldats morts en Égypte. C’étaient les quarante qui avaient succombé en atta-

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quant Alexandrie. Ces quarante noms sortis des villages de France, étaient ainsi associés à l’immortalité de Pompée et d’Alexandre. Il adressa à son armée cette singulière et grande allocution, où était retracée 5 sa merveilleuse histoire:

(( Soldats !

« Nous célébrons aujourd’hui le premier jour de l’an VII de la république.

« Il y a cinq ans, l’indépendance du peuple français lo était menacée; mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de vos ennemis.

« Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dégo.^

« L’année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.

15 « Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et

vous remportiez la célèbre victoire de Saint-Georges.^

(( L’an passé, vous étiez aux sources de la Drave'^ et de risonzo,^ de retour^ de l’Allemagne.

<{ Qui eût dit alors que vous seriez aujourd’hui sur 20 les bords du Nil, au centre de l’ancien continent?

(( Depuis l’Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, jusqu’au hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde.

(( Soldats, votre destinée est belle, parce que vous 25 êtes dignes de ce que vous avez fait, et de l’opinion qu’on a de vous. Vous mourrez avec honneur comme les braves dont les noms sont inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers et de l’admiration de tous les peuples.

30 (( Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de

l’Europe, nous avons été l’objet continuel des sdllici-

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