CONQUÊTE DE LA HAUTE ÉGYPTE
En octobre 1798, au moment où Tinondation finissait, Desaix avait commencé son expédition. L’ennemi s’était retiré devant lui, et ne l’avait attendu qu’à 10 Sédiman. Là, Desaix avait livré, le 16 vendémiaire (7 octobre) une bataille acharnée contre les restes^ désespérés de Mourad-Bey. Aucun des combats des Français en Égypte ne fut aussi sanglant. Deux mille Français eurent à lutter contre quatre mille Mameluks, 15 et huit mille fellahs retranchés dans le village de Sédiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes celles qui furent livrées en Égypte. Les fellahs étaient derrière les murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s’était formé en deux 20 carrés, et avait placé sur ses ailes deux autres petits carrés, pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la première fois notre infanterie fut rompue, et l’un des petits carrés enfoncé.^ Mais, par un instinct subit et admirable, nos soldats se couchèrent aussitôt 25 par terre,^ afin que les grands carrés pussent faire feu sans les atteindre.^ Les Mameluks passant sur leurs corps, chargèrent les grands carrés avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent expirer avec déses-
l'expédition en Égypte
poir sur les baïonnettes. Suivant Tusage, les carrés s'ébranlèrent ensuite pour attaquer les retranchements et les emportèrent. Pendant ce mouvement, les Mameluks décrivant un arc de cercle, vinrent égorger les 5 blessés sur les derrièreè, mais on les chassa bientôt de ce champ de carnage, et les soldats furieux en massacrèrent un nombre considérable. Jamais plus de morts n’avaient jonché le champ de bataille. Les Français avaient perdu trois cents hommes. Desaix con- 10 tinua sa marche pendant tout l’hiver, et après une suite de combats, devenu maître de la haute Égypte jusqu’aux cataractes, il fit autant redouter sa bravoure que chérir sa clémence. Au Caire, on avait appelé Bonaparte le sultan Kébir, sultan de feu; dans la haute 15 Égypte Desaix fut nommé sultan le juste.
expédition de SYRIE
Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu’à Belbeys, pour rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les débris de la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes. Revenu au 20 Caire, il continua à y établir une administration toute française.^ Il apprit dans le mois de janvier la déclaration de guerre de la Porte, et les préparatifs qu’elle faisait contre lui avec l’aide des Anglais. Elle formait deux armées, l’une à Rhodes, l’autre en Syrie. 25 Ces deux armées devaient agir simultanément au printemps, l’une en venant débarquer à Aboukir, l’autre en traversant le désert qui sépare la Syrie de l’Égypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa position, et voulut,