‹ L'expédition au Pole NordChapitre 16 sur 18 · IH · texte numérisé non relu

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voie, on peut dire qu’à partir du nord de la Noi-vége, on ne sait plus guère au juste ce que devient le Gulf-Stream ; et 3a proiongation serait en absolue contradiction, il faut le dire, avec l'essai de théorie indiqué plus haut ; de plus, une banquise épaisse, dont vous voyez l’état sur la carte, et qui peut avoir 200 lieues peut-être de large, s’appuie sur le Spitzberg et la Nom'elle-Zemble.

Le Gulf-Stream, à coup sûr, ne détruit pas cette barrière, et l’on ne peut même pas affirmer que ce courant ait une connexion intime avec cette mystérieuse Polynia, mer libre parfaitement constatée, qui sert de base d'opération à notre expédition française.

Hedenstroïu, en 18Î0, Wrangel et Anjou, de 1823 à •1825, ont inutilement essayé de gagner le Nord en traîi>eau en partant des côtes de la Sibérie. Anjou a pu gagner les îles dites de la Nouvelle-Sibérie, mais non pas aller audelà; sur plusieurs points, la rive de la Polynia a pu être nettement délimitée, tilace mince, glace ouverte, vieille glace flottante, telles sont les marques principales relevées par Wrangel vers l’extrémité Est de la Polynia. La glace, depuis le cap Nord de Gook jusqu’au delà du cap Jakan, est constamment entrecoupée par des ruisselets d’eau, par des flaques libres, par de petites Polynia-, la marcl» en traîneau était impossible ; et là où 1’o?î ne passe pas en traîneau, on passe en navire!

Chaïque courant priucipal est ordinairement accompagné d’un contre-courant marchant en sens inverse ; ce contrecourailt subordonné ou annexe est parfaitement reconnu, dans l’Océan môme, pour le Gulf-Stream, quoique sans précision.

Le Gnlt-Stream réussit-il à pénétrer jusqu’à la mer po^ laire? Est-ce lui qui, après un long circuit, revient nord et sihI entre le Spitzberg et le Groenland ?

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(’.c second courant froid est constaté par tous les navigateurs, et plus spécialement par la célèbre expérience de Parry en 1827. C’est ce courant qui entraînait au sud toute la banquise sur laquelle l’illustre marin et ses compagnons cherchaient à gagner le pôle en traîneau, banquise brisée d’ailleurs, formée de fragments disjoints entre lesquels Parry affinnc que l’on eût pu conduire un navire.

Or, un courant ne sort pas d’une terre 1 II faut de l’eau, plus au loin en remontant le courant, pour que ce courant puisse exister. Celte raison sérieuse, mais dont il faut comprendre le sens, — car le courant peut tourner, — ajoute encore son poids à notre affirmation : Mer ouverte nu pôle Nord.

Dans les réglons polaires australes, les courants semblent contourner les banquises, mais non pas provenir directement du Sud. Là encore, quoique avec moins de poids, nous corroborons la certitude d’existence d’une vaste terre nu pôle Sud.

Du côté du détroit de Behring, un courant très-vif, du Sud au Nord, suit le contour des côtes asiatiques du Kamtschatka, franchit le détroit, et là, on parait le perdre de vue. Mais il semble que ce courtint ait un caractère semestriel, c’est-à-dire que pendant l’arrière-saison, le courant au contraire semble entraîner les eaux de la mer arctique dans la mer de Behring. Quand un navire jette l’ancre dans ces parages, les débris de banqui.ses circulent le long du bord alors immobile; et le spectacle est identique avec celui que présente l’aspect de nos rivières quand elles charrient des glaces au cœur de l’hiver. On peut alors constater la direction et l’intensité du courant avec une extrême précision ; c’est ce que j’ai pu faire denx fois seulement et par hasard ; tandis qu’un navire

ayant un mandat spécial peut le réitérer aussi fréquemment que cela peut être utile.

Une étude générale des courants, en ce qui concerne notre hémisphère, ne peut avoir aucune suite, aucune assiette, si l’on ne parvient pas à déterminer la route de ces fleuves océaniens à travers cette mer libre du pôle, dont l'existence n’est môme plus en question depuis les explorations et les témoignages oculaires de Kane et de Hayes.

Notre expédition, sous ce rapport, sera donc très-fructueuse.

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