‹ L'expédition de Bonaparte en Égypte (volume 2)Chapitre 12 sur 43 · EXPEDITION DE SYRIE · texte numérisé non relu

EXPEDITION DE SYRIE

suivant son usage, déconcerter l'ennemi, en le prévenant par une attaque soudaine. Il résolut d'aller immédiatement détruire les rassemblements qui se formaient à Acre, à Damas, et dans les villes principales. Le célèbre pacha d'Acre, Djezzar, était nommé Seras- 5 kier^ de l'armée réunie en Syrie. Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'était avancé jusqu'au fort d'El-Arish, qui couvre l'Egypte du côté de la Syrie. Bonaparte avait des intelligences- parmi les peuplades^ du Liban.* Les Druses, tribus chré- 10 tiennes, les Mutealis, mahométans schismatiques, lui offraient leurs secours et l'appelaient de tous leurs vœux.^ En brusquant l'assaut® de Jaffa, d'Acre et de quelques places mal fortifiées il pouvait en peu de temps s'emparer de la Syrie, ajouter cette belle con- 15 quête à celle de l'Egypte, devenir maître de l'Euphrate comme il l'était du Nil, et avoir alors toutes les communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui prêtaient^ en Europe. Il 20 n'était pas impossible qu'en soulevant les peuplades du Liban, il réunît soixante ou quatre-vingt mille auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyés de vingt-cinq mille soldats, les plus braves de l'univers, il marchât sur Constantinople pour s'en emparer. Que 25 ce projet fût exécutable ou non, il est certain qu'il occupait son imagination.

Bonaparte se mit en marche dans les premiers jours de février, à la tête des divisions Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murât, fortes de treize mille hommes 30 environ. La division Murât était composée de la cavalerie. Bonaparte avait créé un régiment d'une

arme tonte nouvelle : c'était celni des dromadaires. Deux hommes, assis dos à dos, étaient portés sur un dromadaire, et pouvaient, grâce à la force et à la célérité de ces animaux, faire vingt-cinq à trente lieues 5 sans s'arrêter. Bonaparte avait formé ce régiment pour donner la chasse aux Arabes, qui infestaient les environs de l'Egypte. Ce régiment suivait l'armée d'expédition. Bonaparte ordonna en outre au contreamiral Perrée de sortir d'Alexandrie avec trois fré-

10 gâtes, et de venir sur la côte de Syrie pour y transporter l'artillerie de siège et des munitions. Il arriva devant le fort d'El-Arish le 29 pluviôse (17 février). Après un peu de résistance, la garnison se rendit prisonnière au nombre de treize cents hommes. On

15 trouva dans le fort des magasins^ considérables. Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite, son camp resta au pouvoir des Français, et leur procura un butin immense. Les soldats eurent beaucoup à souffrir en traversant le désert, mais ils voyaient leur

20 général marcher à leurs côtés, supportant, avec une santé débile, les mêmes privations, les mêmes fatigues, et ils n'osaient se plaindre. Bientôt on arriva à Gasah ; on prit cette place, à la vue de Djezzar- Pacha, et l'on y trouva, comme dans le fort d'El-Arish, beaucoup de

25 matérieP et d'approvisionnements. De Gasah l'armée se dirigea sur Jaffa, l'ancienne Joppé. Elle y arriva le 13 ventôse (3 mars). Cette place était entourée d'une grosse muraille flanquée de tours. Elle renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la

30 fit battre en brèche,^ et puis somma le commandant,* qui pour toute réponse coupa la tête au parlementaire.^ L'assaut fut donné, la place emportée avec une audace

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