‹ L'expédition de Bonaparte en Égypte (volume 2)Chapitre 13 sur 43 · SIEGE DE SAINT- JEAN-D ACRE · texte numérisé non relu

SIEGE DE SAINT- JEAN-D ACRE

extraordinaire, et livrée à trente heures de pillage et de massacres. On y trouva encore une quantité innombrable d'artillerie et de vivres de toute espèce. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on ne pouvait pas envoyer en Egypte, parce qu'on n'avait pas les moyens 5 de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer à l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporté dans un pays barbare il en avait involontairement adopté les mœurs : il fit passer 10 au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient.^ L'armée consomma avec obéissance, mais avec une espèce d'effroi, l'exécution qui lui était commandée. Nos soldats prirent en s'arrêtant à Jaf fa les germes de la peste.

Bonaparte s'avança ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, 15 l'ancienne Ptolémaïs, situé au pied du mont Carmel. C'était la seule place qui pût encore l'arrêter. La Syrie était à lui^ s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar s'y était enfermé avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il comptait sur l'appui de Sidney-Smith,^ 20 qui croisait dans ces parages, et qui lui fournit des ingénieurs, des canonniers et des munitions. Il devait d'ailleurs être bientôt secouru par l'armée turque réunie en Syrie, qui s'avançait de Damas pour franchir le Jourdain. 25

SIÈGE DE SAINT-JEAN-d'aCRE

Bonaparte se hâta d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant qu'elle fût renforcée de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent le temps d'en perfectionner la défense. On ouvrit aussitôt

la tranchée. Malheureusement l'artillerie de siège, qui devait venir par mer d'Alexandrie, avait été enlevée par Sidney-Smith. On avait pour toute artillerie de

, siège et de campagne,^ une caronade de trente-deux,- 5 quatre pièces de douze,^ huit obusiers, et une trentaine de pièces de quatre. On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer. On faisait paraître sur la plage quelques cavaliers ; à cette vue Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses bat-

lo teries, et les soldats auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser au milieu de la canonnade et des rires universels.

La tranchée avait été ouverte le 30 ventôse (20 mars). Le général du génie* Sanson, croyant être

15 arrivé, dans une reconnaissance de nuit, au pied du rempart, déclara qu'il n'y avait ni contrescarpe^ ni fossé. On crut à n'avoir à pratiquer qu'une simple brèche^ et à monter ensuite à l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit brèche, on se présenta à l'assaut,

20 et l'on fut arrêté par une contrescarpe et un fossé. Alors on se mit sur-le-champ à miner. L'opération se faisait sous le feu de tous les remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevée. Il avait donné à Djezzar d'excellents pointeurs anglais,

25 et un ancien émigré^ Phélippeaux, officier du génie d'un grand mérite. La mine sauta le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe. Vingt-cinq grenadiers, à la suite du jeune Mailly, montèrent à l'assaut. En voyant ce brave officier poser

30 une échelle,^ les Turcs furent épouvantés, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors découragés ; les Turcs revinrent; deux bataillons qui suivirent

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