‹ L'expédition de Bonaparte en Égypte (volume 2)Chapitre 17 sur 43 · DEPART FURTIF DE BONAPARTE · texte numérisé non relu

DEPART FURTIF DE BONAPARTE

Le 5 fructidor {22 août), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murât, Andreossy, Marmont, Berthollet et Monge, il se rendit, escorté de quelques-uns de ses guides,^ sur une plage écartée.^ Quelques canots

10 étaient préparés; ils s'embarquèrent et montèrent sur les deux frégates le Muiron et la Carrère. Elles étaient suivies des chebecks* la Revanche et la Fortune. A l'instant même on mit à la voile, pour n'être plus au jour en vue des croiseurs anglais. Un calme

15 survint, on trembla d'être surpris, on voulait rentrer à Alexandrie ; Bonaparte ne le voulut pas. « Soyez tranquilles, dit-il, nous passerons.» Comme César il comptait sur la fortune."

On eut ensuite des vents contraires qui prolongèrent

20 la traversée. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et l'on avait craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant à son étoile,^ apprenait à y croire, et à ne pas s'agiter'^ pour des périls inévitables.

25 II lisait la Bible et le Koran, œuvres des peuples qu'il venait de quitter. Craignant, d'après les derniers événements, que le midi de la France ne fût envahi, il avait fait gouverner,^ non vers les côtes de Pro-

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vence/ mais vers celles du Languedoc." Un coup de vent'"^ l'avait ramené vers la Corse.* L'île entière était accourue au devant du célèbre compatriote. On avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout à coup, au coucher du soleil, on vit sur 5 le flanc gauche du vaisseau, trente voiles ennemies : on les voyait au milieu des rayons du soleil couchant. On proposait de mettre un canot à la mer pour aborder furtivement à terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, 10 en effet, disparut, et le 17 vendémiaire an VII (8 octobre 1799), à la pointe du jour, les frégates le Miiiron et la Carrcre, les cliebecks la Revanche et la Fortune, vinrent mouiller dans le golfe de Fréjus.^ 15

Les habitants de la Provence avaient craint, pendant trois années de suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait délivrés de cette crainte en 1796; mais elle leur était revenue plus grande que jamais depuis la bataille de Novi.^ En apprenant que Bonaparte 20 était mouillé sur la côté, ils crurent leur sauveur arrivé. Tous les habitants de Fréjus accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. La multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosité, envahit les vaisseaux, et, violant toutes les lois sanitaires,'^ 25 communiqua avec les nouveaux arrivés. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'était plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la santé dut dispenser le général de la quarantaine, car il aurait fallu condamner à la même 30 précaution toute la population, qui avait communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit sur-le-champ

à terre, et le jour même voulut monter en voiture pour se rendre à Paris.

Le télégraphe/ aussi prompt que les vents, avait déjà répandu sur la route de Fréjus à Paris la grande 5 nouvelle du débarquement de Bonaparte. Sur-lechamp la joie la plus confuse avait éclaté. La nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y avait produit des élans extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplacé partout les représentations théâtrales.

lo Le député Baudin (des Ardennes), l'un des auteurs de la constitution de l'an III, républicain sage et sincère, attaché à la république jusqu'à la passion, et la croyant perdue si un bras puissant ne venait la soutenir, Baudin expira de joie en apprenant cet événe-

15 ment.

Bonaparte était parti le jour même du 17 vendémiaire (8 octobre) pour Paris. Il avait passé par Aix, y\vignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces villes l'enthousiasme fut immodéré. Les cloches retentissaient

20 dans les villages, et pendant la nuit des feux étaient allumés sur les routes. A Lyon surtout, les élans furent plus vifs que partout ailleurs. En partant de cette dernière ville, Bonaparte, qui voulait arriver incognito, prit une autre route que celle qu'il avait

25 indiquée à ses courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa direction, couraient à sa rencontre, tandis qu'il arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16 octobre), il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine, sans que personne se doutât de son ar-

30 rivée.

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