‹ L'expédition de Bonaparte en Égypte (volume 2)Chapitre 20 sur 43 · CONVENTION D EL-ARISH · texte numérisé non relu

CONVENTION D EL-ARISH

l'amiral lord Keith, qui était à Minorque, l'ordre de n'accorder à cette armée aucune capitulation, à moins qu'elle ne se rendît prisonnière de guerre. Cet ordre, . transmis par l'amiral, parvint à sir Sidney Smith le 20 février. Celui-ci en fut désolé, et cela, pour deux 5 raisons : d'abord le cabinet faisait une grande faute en imposant à Kléber des conditions outrageantes que ce vaillant homme de guerre n'accepterait certainement pas, et ensuite sort honneur, à lui,^ était gravement compromis. Toutefois, comme il était par-dessus tout 10 un honnête homme, et qu'il avait agi de bonne foi, il se hâta d'écrire à Kléber pour lui exprimer sa douleur et l'avertir loyalement de ce qui se passait.

Malheureusement les Français avaient déjà livré aux Turcs, en exécution de la convention, beaucoup 15 de places importantes, entre autres tous les forts sur la rive droite du Nil, Damiette et le fort Lesbeh à l'embouchure du Nil au-dessous de Damiette.

Bientôt arriva un officier parti de Minorque, porteur d'une lettre de lord Keith à Kléber. Entre autres 20 expressions cette lettre contenait les suivantes : « J'ai reçu des ordres positifs de Sa Majesté Britannique de ne consentir à aucune capitulation avec l'armée que vous commandez, excepté dans le cas où elle mettrait bas les armes, se rendrait prisonnière de guerre, et 25 abandonnerait tous les vaisseaux contenus dans le port d'Alexandrie.»

Kléber, indigné, mit à l'ordre de l'armée la lettre de lord Keith,^ en y ajoutant ces simples paroles:

« Soldats ! On ne répond à de telles insolences que 30 par des victoires ; préparez-vous à combattre.»

76 l'expédition en Egypte

BATAILLE D HELIOPOLIS Le 20 mars iSœ

Ce noble langage retentit dans tous les cœurs. L'armée française allait combattre dans la plaine qui borde la rive droite du Nil au nord du Caire, ayant le fleuve à gauche, le désert à droite, et en face, mais au

5 loin, les ruines de l'antique Héliopolis. Elle avait en tête le visir avec 80 mille hommes, et sur ses derrières, les 300 mille habitants du Caire prêts à se soulever : et elle était sans crainte ! Glorieuse réparation d'une grande faute!

o Le 20 mars 1800 (29 ventôse an VIII), elle sortit du Caire et se forma en quatre carrés. On pouvait évaluer à un peu moins de 10 mille les troupes que Kléber venait de réunir dans cette plaine d'Héliopolis.

5 Kléber, monté sur un cheval de haute taille, vint montrer aux soldats cette noble figure qu'ils aimaient tant à voir, et dont la fière beauté les remplissait de confiance. — Mes amis, leur dit-il, en parcourant les rangs, vous ne possédez plus en Egypte que le terrain

:o que vous avez sous vos pieds. Si vous reculez d'un seul pas, vous êtes perdus ! — Le plus grand enthousiasme accueillit sa présence et ses paroles.

Comme à la bataille des Pyramides et comme à celle du Mont Thabor, les carrés français restèrent

;5 inébranlables devant les charges furieuses et répétées de l'innombrable cavalerie des Turcs. Ils couvrirent la plaine de cadavres d'hommes et de chevaux et dispersèrent le reste de l'armée du visir.

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