‹ L'expédition de Bonaparte en Égypte (volume 2)Chapitre 23 sur 43 · BONAPARTE PREMIER CONSUL · texte numérisé non relu

BONAPARTE PREMIER CONSUL

ministrateur consommé. En quelques jours il avait imprimé à tout une vie nouvelle.

Au milieu des soucis du gouvernement et des préoccupations que lui donnaient les affaires d'Europe, il n'oublia pas un instant ses compagnons d'Egypte. 5 Tous les cinq ou six jours il faisait partir quelque vaisseau, petit ou grand, qui leur portait quelques secours. Parmi ces vaisseaux les uns furent pris par les croisières anglaises, les autres arrivèrent à Alexandrie. 10

En même temps une belle escadre se prépS.rait à Brest sous l'amiral Ganteaume, pour leur envoyer quatre mille hommes de bonnes troupes. Ganteaume, bloqué dans Brest par une croisière anglaise, n'attendait que le moment favorable pour sortir. 15

Enfin le 23 janvier 1801, par une tempête horrible qui dispersa les croiseurs ennemis, il mit à la voile, et, malgré les plus grands dangers, il sortit heureusement de Brest, s'acheminant vers le détroit de Gibraltar. Arrivé dans la Méditerranée il aperçut l'escadre an- 20 glaise; mais, comme plusieurs de ses meilleurs vaisseaux avaient éprouvé des avaries considérables, il manqua de hardiesse, et, au lieu d'attaquer l'ennemi, il entra dans le port de Toulon pour se radouber. Deux fois il mit à la voile en route pour Alexandrie, 25 mais chaque fois de nouveaux accidents le ramenèrent à Toulon. L'armée d'Egypte n'avait plus rien à attendre de la France.

Cependant les Anglais et les Turcs se disposaient de concert à lui livrer de nouveaux assauts. L'amiral 30 Keith embarquait sur son escadre, à Macri,^ dans l'Asie Mineure, dix-huit mille soldats européens, con-

8o l'expédition en Egypte

duits par des officiers anglais, et commandés par un bon général, sir Ralph Abefcromby. Les Turcs, de leur côté, arrivaient de Syrie avec 40 mille hommes.

BATAILLE DE CANOPE^ Le 21 mars 1801

Le général Menou, averti longtemps d'avance des

5 dangers qui le menaçaient, resta immobile au Caire, et ne sut prendre aucune mesure pour empêcher les Anglais de débarquer à Aboukir. Ce qu'ils firent le 8 mars 1801. Le général Friant, qui commandait à Alexandrie, ne put leur opposer que 1500 hommes. Il

10 livra un combat sans résultat. Trois jours après le général Lanusse amena sa division de trois mille hommes. Le 13 on livra inutilement un second combat contre des forces trop supérieures. Enfin Menou arriva le 20 avec cinq mille hommes. Il trouva les

15 Anglais fortement établis sur la presqu'île d'Aboukir. Il comprit alors la faute qu'il avait faite, et, pour la réparer, s'il était possible, il livra, le 21, la bataille de Canope. Cette bataille acharnée de l'armée française contre un adversaire beaucoup plus digne de sa bra-

20 voure que les Mameluks et les Turcs, resta indécise comme opération militaire, mais elle était perdue pour les Français, du moment qu'ils n'avaient pu ramener les Anglais vers leurs vaisseaux.

Les pertes étaient grandes des deux côtés. Les

25 Anglais avaient eu deux mille hommes hors de combat, entre autres le brave général Abercromby, transporté mourant à bord de la flotte. La perte des Français

CAPITULATION 8l

était à peu près égale. Le nombre d'officiers frappés en combattant était plus qu'ordinaire. Les généraux Lanusse et Roize étaient morts. Les généraux Silly^ Baudot et Destaing étaient blessés gravement.

L'effet moral était encore plus fâcheux que la perte 5 matérielle. Il ne restait aucun espoir d'obliger l'ennemi à se rembarquer. On allait avoir^ sur les bras, outre les Anglais dont on venait d'éprouver la valeur, les Turcs venant de Syrie, le Capitan-Pacha arrivant avec l'escadre turque, et s'apprêtant à débarquer 6 10 mille Albanais du côté d'Aboukir, enfin 6 mille Cipayes amenés de l'Inde par la Mer Rouge, et prêts à toucher à Cosséir,^ sur les côtes de la Haute-Egypte. Que faire au milieu de tant d'ennemis avec une armée dont la vigeur, sans doute, était toujours la même 15 au feu, mais qui se croyait sacrifiée à une pure chimère ?

Le général Menou s'enferma dans Alexandrie et se prépara à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité.

Quatre mille hommes sous le général Lagrange 20 tenaient encore la campagne et occupaient la position de Ramanieh sur la route d'Alexandrie au Caire. Bientôt les Anglais et les Turcs couvrirent le fleuve de leurs chaloupes canonnières. Le 8 mai ils étaient devant Ramanieh avec une armée de 12 mille hommes. 25 Le général Lagrange évacua cette position le 10 et se retira sur le Caire.

Page 1