‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 1 sur 285 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TRAITÉ DE NAN-KING, 29 AOUT l842

Le 29 août 1842, c'est-à-dire le vingt-quatrième jour de la septième lune de la vingt-deuxième année du règne de Tao-Kouang, un traité de paix perpétuelle et d'amitié était signé à Nan-King, à bord du vaisseau de guerre anglais, le Cornwallîs, au nom de Sa Majesté la Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, par le major général Sir Henry Pottinger, et de Sa Majesté l'empereur de Chine, par les Hauts Commissaires Ki-Ying, membre de la famille impériale, précepteur du prince impérial, général commandant la garnison de Canton, et I-li-pou, allié à la famille impériale, fonctionnaire de première classe, décoré de la plume de paon, ancien ministre et gouverneur général, alors lieutenant général commandant à Tch'a-P'ou.

Ce traité mettait fin à la guerre que la situation intolérable faite aux Anglais à Canton par les autorités indigènes et la destruction, en juin 1889, de 20 2^3 caisses d'opium par le Commissaire impérial Lin, ainsi que l'obstination des Chinois avaient rendue inévitable.

Par le traité de Nan-King, l'Angleterre ouvrait véritablement la Chine au commerce européen et américain, il n'est

CoRDiER. — Expéd. de Chine, 1 857-58. i

que juste de le reconnaître, aujourd'hui qu'entourée de concurrents, elle se voit disputer une proie dont elle pouvait légitimement revendiquer la meilleure part. Ce traité le plus considérable conclu par la Chine avec une puissance européenne depuis le traité de Nertchinsk signé le 27 août 1689 avec la Russie, comprend treize articles dont nous ne rappellerons ici que les principaux : ouverture au commerce des cinq ports : Canton, Amoy, Fou-tcheou, Ning-Po et Chang- Haï, avec le droit d'y établir des consuls (art. 2) ; cession de l'île de Hong-Kong (art. 3) ; indemnité de six miUions de dollars pour la valeur de l'opium saisi à Canton en mars iSSg et pour les mauvais traitements infligés aux sujets britanniques (art. 4) ; abolition des marchands hanistes et paiement de trois millions de dollars pour les dettes de ces derniers à l'égard des sujets britanniques (art. 5) ; une indemnité de guerre de douze millions de dollars (art. 6), etc. Ce traité fut approuvé par l'empereur le vingt-quatrième jour de la neuvième lune de la vingt-deuxième année de son règne (27 octobre 1842), et les ratifications furent échangées à Hong-Kong, le 26 juin 1843.

Il est impossible d'exagérer la valeur de ce traité; beaucoup d'Anglais, à l'époque, l'ont trouvé insuflisant, car il ne répondait qu'aux aspirations de i84o, avant qu'une grande guerre eût été entreprise ; il n'en marque pas moins une première étape de l'histoire diplomatique de l'Europe avec la Chine, dont les traités de Tien-tsin de i858 et les conventions de Pe-king de 1860 seront la seconde, résultats obtenus d'ailleurs non par des négociations pacifiques, mais à coups de canon ^

Un traité supplémentaire fut signé à Boca Tigris (Houmen), le 8 octobre i843, par Sir Henry Pottinger et Ki-Ying ; ce traité comprend en dix-sept articles le détail des arrange-

I . Henri Gordier, dans le vol. X de V Histoire générale de Lavisse et Rambaud.

Page 1