AUTRES TRAITES AVEC LA CHINE
Les autres puissances suivirent l'exemple de la Grande- Bretagne : au nom des États-Unis, M. Caleb Cushing signa, avec la Chine, un traité à Wang-hia, près de Macao, le 3 juillet i844 ; les ratifications en furent échangées à Canton, le 3i décembre i845, par le commodore Biddle. Le 2.4 octobre 1844 (i3® jour de la 9® lune de la ik^ année Tao-Kouang), M. Théodose de Lagrené signait avec Ki-Ying, plénipotentiaire chinois, un traité, à Whampoa, à Tembouchure de la rivière de Canton, à bord ^e la corvette à vapeur française VArchimède, qui fut ratifié à Macao, le 26 août i845. De ce traité, en trente-six articles, inspiré par les conventions anglaise et américaine, nous signalerons Tarticle XXII qui a une importance spéciale pour les missions catholiques :
Tout Français qui, conformément aux stipulations de Tarlicle II, arrivera dans l'un des cinq ports, pourra* quelle que soit la durée de son séjour, y louer des maisons et des magasins pour déposer ses marchandises ou bien affermer des terrains et y bâtir lui-même des maisons et des magasins. Les Français pourront, de la même manière, établir des églises, des hôpitaux, des hospices, des écoles et des cimetières. Dans ce but, l'autorité locale, après s'être concertée avec le consul, désignera les quartiers les plus convenables pour la résidence des Français et les endroits dans lesquels pourront avoir lieu les constructions précitées. Le prix des loyers et des fermages sera librement débattu entre les parties intéressées et réglé, autant que faire se pourra, conformément à la moyenne des prix locaux. Les autorités chinoises empêcheront leurs nationaux de surfaire ou d'exiger des prix exorbitants, et le consul, de son côté, veillera à ce que les Français n'usent pas de violence ou de contrainte pour forcer le consentement des propriétaires. Il est bien entendu, d'ailleurs, que le nombre des maisons et l'étendue des terrains à affecter aux Français dans les cinq ports ne seront point limités et qu'ils
seront déterminés d'après les besoins et les convenances des ayants droit. Si des Chinois violaient ou détruisaient des églises ou des cimetières français, les coupables seraient poursuivis suivant toute la rigueur des lois du pays.
La Belgique, par l'intermédiaire de son consul général Lannoy, signa à Canton, le 26 juillet i845, un arrangement qui l'autorisait à faire le commerce avec la Chine ; enfin la Suède et la Norvège, par l'intermédiaire de leur commissaire Charles-Frédéric Liljevach, signèrent à Canton, le 20 mars 1847, ^^ traité régulier de paix, d'amitié et de commerce, qui fut accepté et confirmé par la Suède, le 28 octobre suivant.
Je ne crois pas utile de revenir sur l'ouverture des cinq ports au commerce étranger : Canton, Amoy, Fou-tcheou, Ning-Po et Chang-Haï * . J'ai consacré un volume à ces deux dernières villes^ et Chang-Haï a été l'objet d'un chapitre spécial dans mon Histoire des Relations de la Chine ^, J'aurai l'occasion de parler de Canton dans ce volume.
PREMIÈRES OUVERTURES, l854
L'expérience ne tarda pas à démontrer la nécessité d'une revision des traités, d'obtenir la résidence des agents étrangers dans la capitale, l'ouverture, dans une mesure plus large, de la Chine au commerce et à la navigation, peut-être l'envoi de représentants du Céleste-Empire dans les pays d'occident. Il fallut les campagnes de i858 et de 1860, les traités de Tien-tsin de i858, et les conventions de Pe-King de 1860 pour obtenir les deux premières concessions; la dernière ne fut accordée que par la Convention de Tche-fou de 1876.
I. J'ai traité le sujet dans V Histoire générale, X, p. 988-986. a. Les Origines de deux Etablissements français dans l'Extrême-Orient. — Chang-hai, Ninc-po. Paris, 1896, in-8. 3. Vol. I, chap. xxxiir.
M. DE GOURCT
Quoique le droit de revision ne fût acquis pour le traité anglais que le 29 août i854, et pour le traité américain que le 3 juillet i856, dès 1854, des instructions furent adressées simultanément par les gouvernements français, anglais et américain à leurs Plénipotentiaires en Chine pour préparer cette question, mais le défaut d'entente entre deux de ces agents diplomatiques, M. de Bourboulon et M. Robert Mac Lane * et les commandants des forces navales de leurs pays d'une part, d'une autre la guerre avec la Russie, empêchèrent l'accomplissement de ces instructions ; il était d'ailleurs à peu près impossible de poursuivre sérieusement des négociations en vue de la revision des traités avec la Chine, alors que toutes les forces militaires de la France et de l'Angleterre étaient engagées dans leur lutte gigantesque contre celles de la Russie.
Ce n'était qu'un retard.
Un an nous séparant encore de la date de la revision du traité conclu par nous avec la Chine, en i844, la santé de sa femme étant compromise, désireux d'autre part de revoir son vieux père, aveugle, malade, âgé de quatre-vingts ans, M. de Bourboulon demanda le 5 juillet un congé ; le ministère avait d'ailleurs devancé sa demande et un congé lui avait été accordé par une lettre en date du 11 juin, qui arriva à Macao, le 27 juillet.