INSTRUCTIONS DU BARON GROS I^Q
toutes les fois qu'ils croiront ou que nous-mêmes nous croirons leur présence dans la capitale utile au soin des affaires. Lorsqu'ils en seraient éloignés, il importerait qu'ils eussent la faculté de communiquer directement avec les Ministres à Pe-King et de leur faire parvenir leur correspondance par des courriers de leur choix. Nous sommes pareillement depuis longtemps d'accord avec le cabinet de Londres touchant la nécessité de renouveler les conventions conclues avec le Céleste Empire, et qui ne sont plus en harmonie avec les besoins qu'elles ont fait naître. Nous en voulons donc la revision en vue d'ouvrir au commerce, dans une plus large mesure, l'accès du Céleste Empire. Il faut que. nos négociants puissent désormais remonter ses grandes rivières, s'établir dans ses grands centres de consommation et fréquenter librement tous ses ports. La lecture, que je vous invite à faire, des instructions que j'adressais, le a 5 déc. dernier, à M. de Bour boulon, vous édifiera, au surplus, plus complètement sur les concessions que nous désirons obtenir dans des vues d'avenir. Si le Gouvernement chinois vous accordait sans difficulté les satisfactions que nous autorisent à exiger de lui les faits que je rappelais tout à l'heure, vous aborderiez avec le Plénipotentiaire de la Cour de Pe-King la négociation des concessions nouvelles qu'il y a lieu de substituer aux négociations antérieures. Mais si ce gouvernement, ou refusait absolument d'entrer dans aucune négociation, ou ne consentait point à nous accorder les réparations dont je viens de parler, vous seriez dès ce moment en droit de recourir à l'emploi des mesures coercitives. Une fois cette détermination extrême adoptée et sa mise à exécution commencée, vous ne devriez plus conclure d'arrangement définitif qui n'embrasserait pas tout l'ensemble des propositions dont vous êtes porteur et auxquelles vous seriez autorisé à ajouter, dans ce cas, une demande d'indemnités pour les frais de la guerre. Le gouvernement de Sa Majesté Britannique est d'avis, toutefois, qu'il conviendrait de ne point insister absolument sur ce dernier point si, d'autre part, l'ouverture des ports du Céleste Empire et les conditions nouvelles faites au commerce étranger étaient réglées d'une manière satisfaisante. Le gouvernement de l'Empereur partage tout à fait celte opinion. J'ajouterai même que, selon lui, il serait infiniment regrettable de sacrifier au ressentiment trop vif de griefs passés et au désir d'en obtenir de trop rigoureuses réparations, les concessions si importantes pour l'avenir, auxquelles il serait possible, en témoignant sur le premier objet de moindres exigences, d'amener la Cour de Pc-King h
l5o l.T. BARON GROR NOMMÉ
consentir. Il y a dans la conduite à tenir à cet égard une appréciation trtâ délicate à faire de la mesure dans laquelle on peut céder un peu sur la première question en vue d'obtenir davantage sur la seconde, mais je m'en fie à votre tact et à votre jugement pour triompher de cette difficulté .
Les opérations que le Gouvernement de Sa Majesté Britannique pense pouvoir être cfTectuées au cas ou l'emploi des mesures de coercition deviendrait indispensable sont les suivantes :
1° Un blocus de l'embouchure du Pei-ho;
a" Une occupation de l'entrée du Grand Canal dans le Yangtseu -Kiang ;
3" Une occupation de Chousan ;
4° Un blocus de Chapoo [Tch'a-p'ouj ou de tous autres ports du Céleste Empire ;
5° Une interruption du passage du Grand Canal au point où il coupe le Houang-ho ;
6° Un débarquement au-dessus de Canton ; une occupation des hauteurs qui dominent la ville; une interruption de ses arri-
7" L'établissement de forces militaires dans la partie supérieure de la ville-de Canton.
Cette dernière mesure pouvant amener degraves désordres dans la ville, nous pensons, avec le gouvernement anglais, qu'il conviendra de n'y point recourir, autant que faire se pourra, et je n'ai pas besoin de dire qu'en tous cas le désir des deux Gouvernements est d'éviter toute effusion de sang ou tous dommages matériels qui seraient inutiles. On devra en outre s'attacher a ne point troubler le commerce dans les ports où il n'a pas jusqu'ici souffert d'interruption et se maintenir sur ces points dans les rapjtortsles plus amicaux avec la population locale.
Si, lorsque vous arriverez en Chine, il nous était, contre toute priWision, déjà donné, ainsi qu'à la Grande Bretagne, pleine et en^ère satisfaction pour les griefs rappelés plus haut, vous n'en devriez pas moins vous rendre toujours à l'embouchure du Peiho à l'effet de chercher à entrer en communication avec la Cour de Pe-King ; vous n'auriez plus seulement à vous préoccuper que de la négociation des propositions qui touchent à la revision des conventions conclues avec la Chine.
Dans le cas où le Gouvernement chinois aurait, avant votre arrivée, donné raison aux procédés du Vice-Roi et des autorités de Canton, et où les hostilités auraient déjà pris, par suite, un caractère international, vous vous dirigeriez encore vers le Pei-ho
, COMMISSION DE LORD EL6IN l5l
pour tâcher d'entrer en rapport avec la Cour de Pe-king, mais il serait opportun que les approches et la rade de Chousan fussent alors occupées et que des forces fussent môme envoyées dans le Yang-tseu-Kiang pour interrompre la communication par le Grand Canal tandis que vous vous rendriez au Pei-ho. Les Amiraux auraient à décider si les forces mises à leur disposition leur permettraient de prendre ces mesures en laissant ce qui serait nécessaire à Canton.
Telles sont, Monsieur le Baron, les instructions que je crois devoir vous adresser en ce moment pour me conformer aux ordres de l'Empereur. Elles me paraissent suffisantes pour vous indiquer les objets principaux et l'importance de la mission qui vous est confiée. L'étude que vous ferez de la question sur les lieux mêmes, les renseignements que vous fournira M. de Bourboulon et l'entente que Sa Majesté Impériale désire que vous établissiez de la manière la plus intime avec Lord Elgin vous éclaireront, d'ailleurs, plus complètement que je ne puis le faire, à la distance où nous sommes des événements dont la Chine est le théâtre, sur l'attitude que vous aurez à prendre pour atteindre, sans précipiter l'emploi toujours regrettable de la force, les résultats que la France et la Grande Bretagne poursuivent en Chine autant dans un but général de progrès et de civilisation que dans leur intérêt propre.