‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 99 sur 285 · INSTRUCTIONS POUR M. LE BARON GROS · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS POUR M. LE BARON GROS

9 mai 1857.

Monsieur le Baron,

L'Empereur ayant décidé que vous vous rendriez en Chine comme Commissaire Extraordinaire et Plénipotentiaire afin d'y

I. Dans une nouvelle dépêche du i3 mai le Ministre des Affaires étran^ gères ajoute : « Je dois vous recommander de tenir plus particulièrement à sa libre disposition [de Gros] M. le C^ Kleczkowski ».

CoKDiER. — Expéd. de Chine i857-58. 10

INSTUUCTIONS DU BARON GROS l45

dont Lord Elgin a bien voulu se charger pour vous, la détermination que l'Empereur avait prise de confier à M. le Baron Gros une mission analogue à celle du Haut Commissaire Britannique. C'est en qualité de Commissaire extraordinaire et plénipotentiaire de S. M. et avec des lettres de créance d'Ambassadeur que -j M. le Baron Gros se rend en Chine. L'Empereur a jugé indis- >j pensable de remettre complètement entre ses mains la conduite i des affaires en Chine afin qu'étant muni des mêmes pouvoirs que Lord Elgin, il pût se concerter sur tous les points avec lui et imprimer simultanément à la marche des négociations ou aux opérations à entreprendre le caractère que les circonstances comporteraient. Je vous invite donc, Monsieur, en exécution des ordres de S. M., à laisser à M. le Baron Gros dès qu'il sera arrivé ''] en Chine la direction absolue des affaires et à ne j^lus agir que conformément aux instructions qu'il est autorisé à vous donner. *] Vous voudrez bien également et selon le besoin qu'il en pourrait avoir, mettre à sa disposition les membres de votre Légation*. Vous comprendrez, d'ailleurs, que l'intention du gouvernement de l'Empereur n'est point de se priver de l'expérience que vous avez déjà acquise des hommes et des choses de la Chine : il compte, au contraire, sur le soin que vous apporterez à communiquer à M- le Baron Gros les informations de toute nature que <^ vous êtes en mesure de lui donner. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'utilité du concours que vous pouvez prêter sous ce rapport à l'ambassadeur de S. M. J'ai la confiance que vous n'y manquerez pas et que dans toutes les circonstances où M. le B°" Gros vous appellera à le seconder, vous vous inspirerez de vol re dévouement au service de l'Empereur.

Le nouvel Ambassadeur recevait les instructions suivantes :

(^6 LE BAROiN GllOS ISOMMÉ AMBASSADEUR

régler, en vous concertant avec Lord Elgin, chargé d'une mission semblable par le Gouvernement de Sa Majesté Britannique, les questions actuellement pendantes et d'y établir sur un pied plus satisfaisant nos relations avec le Céleste Empire, j*ai Thonneur de vous adresser les Instructions dont vous devrez vous inspirer pour répondre aux intentions de Sa Majesté Impériale. Le navire de guerre que M. le Ministre de la Marine va, conformément aux ordres de TEmpereur, affecter à votre transport en Chine devant, d'ailleurs, être prêt vers le milieu de ce mois, je dois vous inviter à faire immédiatement vos préparatifs de départ.

Sa Majesté, convaincue de votre zèle pour son service et plaçant une pleine confiance dans votre jugement et dans votre expérience, remet complètement entre vos mains la conduite des affaires en Chine. Son Ministre actuellement accrédité à Canton, M. de Bourboulon, devra, en conséquence, vous en laisser la direction absolue dès que vous serez arrivé en Chine et, conformant son attitude aux instructions que vous êtes autorisé à lui donner, vous prêter tout le concours que vous réclamerez de lui ou des membres de la légation. Je lui adresse des instructions à cet effet. C'est, par suite, également à vous seul qu'il appartiendra de décider des opérations navales et militaires qu'il y aura nécessité d'entreprendre. Vous vous mettrez donc en rapport, aussitôt que possible, avec le Commandant en Chef de nos forces navales dans ces parages et il importera que, dans les communications qui s'échangent entre vous au sujet des opérations que vous jugerez opportunes, les éclaircissement^ fournis de part et d'autre établissent la plus parfaite entente sur ce qu'il y aura lieu de faire. C'est uniquement d'après vos appréciations que vous déterminerez le lieu où les négociations devront s'entamer, la durée qu'elles pourront avoir et, si elles n'amenaient point de résultat, le moment où il conviendra de les rompre. Dans ce dernier cas, et lorsqu'il vous sera démontré qu'il est indispensable de recourir à la force pour obtenir l'adhésion du gouvernement chinois aux demandes que vous lui aurez adressées, vous devrez en faire part à l'Amiral à qui reviendra le soin de déterminer dès lors sur quel point et de quelle manière seront employées les forces placées sous ses ordres. Toutefois, comme vos communications avec les autorités chinoises peuvent vous mettre, mieux que cet officier général, en mesure déjuger si ce sont des opérations dans le Nord de la Chine ou des opérations à Canton qui devront exercer une plus grande influence sur les détermi-

nations de la Cour de Pe-King, M. le Commandant en Chef de notre division navale devra tenir compte de Tavis que vous exprimeriez à ce sujet et combiner ses dispositions en conséquence, à moins que des raisons toutes nautiques ne s'y opposent et qu'il en doive résulter des inconvénients au point de vue militaire ou naval. Si, une fois les hostilités commencées, il vous était fait par le gouvernement chinois des ouvertures qui vous paraissent pouvoir conduire à un arrangement satisfaisant des questions pendantes, vous feriez également connaître *votre opinion à cet égard à M. l'Amiral qui aurait à suspendre aussitôt toutes les opérations entamées à moins d'être sur le point d'obtenir un succès immédiat ; en ce cas, il poursuivrait l'opération commencée, mais en vous informant des motifs qui l'y aurait décidé.

Je vais actuellement vous indiquer la marche que vous aurez à suivre dans l'importante mission qui vous est confiée. Aussitôt arrivé en Chine, vous vous mettrez en relations avec Lord Elgin, afin de concerter dès le principe avec le Haut Commissaire de S. M. B. l'attitude que vous aurez à prendre. Vous établirez en môme temps vos rapports avec le Ministre de l'Empereur et avec le Commandant en Chef de nos forces navales en Chine et vous réclamerez d'eux toutes les informations propres à vous fixer sur l'état des choses. Vous entrerez également en rapport avec le Représentant diplomatique des États-Unis et, selon les circonstances, avec les Commandants des forces navales anglaises et américaines. Les Amiraux français et anglais sont, au reste, personnellement invités à se concerter autant que possible dans les opérations qu'il s'agira •d'entreprendre. Dès que vous vous serez suffisamment édifié sur la situation, que vous aurez établi avec chacun l'entente ou les relations qui devront faciliter vos démarches et que vous vous serez assuré de la coopération sur laquelle vous pouvez compter, vous vous rendrez avec Lord Elgin, à qui ses instructions le prescrivent déjà, et avec le Représentant des États-Unis, s'il est disposé à se joindre à vous, ce qui ajouterait certainement à l'effet moral de votre démarche, à l'embouchure du Pei-ho. Les amiraux français et anglais devront vous faire accompagner d'une force navale imposante, si la présence n'en est pas, toutefois, nécessaire à Canton. Lorsque vous serez arrivés à l'entrée de la rivière du Pei-ho, la manière dont vous devrez agir dépendra de la situation des choses. Si elles sont toujours en Tétatoù nous les savons actuellement, vous aviserez aux moyens qui vous paraîtront les meilleurs pour entrer en communication avec la Cour de Pe-King et lui faire savoir que vous êtes prêts à

vous aboucher, sur un point fiïé d'un commun accord, avec le Plénipotentiaire d'un rang convenableque désignera l'Empereur de la Chine, afin de régler tous les sujets de litige existant entre le Céleste Empire et les Puissances que vous représentez. Il ne saurait vous être rien prescrit quant au lieu où vos conférences avec le Plénipotentiaire chinois pourront se tenir, ni en ce qui concerne le mode de négociations qu'il sera à propos d'adoplër. — mais vous aurez soin de ne pas accepter comme lieu de conférence un point où vous vous trouveriez à la discrétion des autorités chinoises, ou qui, par sa distance de Pe-King, mettrait obstacle à ce que le Plénipotentiaire chinois put facilement et rapidement communiquer avec son gouvernement. Vous attendrez, pour vous expliquer sur les demandes que vous aurez à formuler, de savoir l'accueil fait à cette première ouverture. Si le cabinet de Pe-King y répond par la nomination d'un Plénipotentiaire, vous pourrez aborder, sans plus de délai, les questions qui doivent être l'objet des négociations et sur lesquelles il me reste à m'eipliquer.

Il s'agit pour la France et pour la Grande-Bretagne, je ne parle point des Etats-Unis puisque leur participation matérielle à cette négociation n'est point encore décidée, il s'agit, dis-je, pour le gouvernement français et pour le gouvernement anglais, d'obtenir k la fois du cabinet de Pe-KIng des réparations pour des griefs passés et des concessions d'une grande importance, au point de vue politique et commercial, pour leurs relations ultérieures avec le Céleste Empire. Le Gouvernement français attend une réparation que les démarches réitérées de son Représentant en Chine n'ont pu encore obtenir, pour le meurtre d'un missionnaire français, odieusement torturé et mis à mort dans la province du Kouang-Si, en violation des clauses formelles de notre traité avec la Chine. Le Gouvernement Britannique en réclame une pour les faits qui se sont produits à Canton. — pour les donimagesqul en ont été la suite pour ses nationaux; il demande l'exécution complète à Canton, comme dans les autres ports déjà ouverts, des stipulations diplomatiques, ce qui implique, à ses yeux, l'admission dans la ville de Canton des Représentants étrangers, admission opiniâtrement refusée jusqu'ici. A côté de e.:s demandes motivées par des actes du passé — doivent se placer celles qui intéressent l'avenir de nos relations en Chine. Nous pensons, avec le Gouvernement anglais, que le moment est venu d'obtenir pour nos Ministres accrédités en Chine le droit de résider à Pe-King, sinon d'une manière permanente, du moins

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