LE BARON GROS A L AMIRAL RIGAULT DE GENOUILLY 2^C
Lord £lgin et moi, afin de donner suite à la mission qui nous a été confiée par nos Gouvernements respectifs, mission dont la première partie se trouve terminée devant Canton puisque le blocus de la ville est levé, et que la tranquillité paraît y être assurée.
Les événements dont j'ai été le témoin, les renseignements que j'ai pu recueillir, et les communications qui m'ont été faites par mon honorable collègue d'Angleterre, d'après les rapports fréquents qu'il a reçus de l'Amiral Seymour et du général Van Straubenzee me font espérer que nous pourrons maintenir sans inquiétude et sans danger, pour l'avenir, la position militaire que nous avons prise devant Canton, jusqu'au moment où nous aurons à rendre cette ville aux autorités impériales, si la Cour de Pe-King fait droit à nos demandes de réparation pour le passé et de concessions pour l'avenir. Mais, j'ai besoin, M. l'Amiral, que votre opinion vienne confirmer mes espérances.
. Lorsque j'ai eu l'honneur de vous écrire le 8 de ce mois, M. Reed, le Plénipotentiaire des États-Unis s'était déjà réuni à . nous pour appuyer de son influence les nouvelles négociations à entamer à Pe-King. Depuis lors, M. Iç G'® Poutiatine, le Plénipotentiaire russe, en a fait autant de son côté ; et les quatre notes, française, anglaise, russe et américaine, sont déjà parties de Hong-Kong pour être envoyées au premier ministre de l'Empereur à Pe-King.
L'intention des quatre Plénipotentiaires est de se réunir à Ghang-Ha'f du 30 au 35 du mois de mars prochain, si cela est possible ; chacun d'eux s'y rendra de son côté, et Lord Elgin compte, je crois, partir sous peu de jours, parce qu'il veut visiter d'abord Amoy et Ning-po. Je me rendrai à Ghang-Haï, dès que les exigences du service le permettront, et mes instructions me prescrivent de vous demander, M. l'Amiral, de vouloir bien m'y faire accompagner par une force navale imposante, si sa présence n'est pas toutefois nécessaire à Canton. Question que seul vous pouvez être appelé à résoudre.
Veuillez donc, je vous prie, me faire connaître les dispositions que vous croirez devoir prendre à ce sujet, afin que, de mon côté, je puisse être prêt avant le moment qu'il vous conviendra de fixer par suite des besoins et des convenances du service.
J'ai eu l'honneur de vous faire savoir en temps et lieu, par M. de Bellecourt, que Lord Elgin et moi avions jugé plus convenable d'envoyer M. de Contades et M. Oliphant à Chang-Haï par le paquebot de Hong-Kong, que par le Marceau, et par l'un.
300 DÉPART DES PLÉNlPCyTENTIAIRES DE CANTON
des bâtiments de Tescadre anglaise, ainsi qu'il en avait été convenu d*abord : ces messieurs ont emporté les deux notes française et anglaise, et les notes russe et américaine sont parties pour Chang-Haî par le l)âtiment à vapeur le Mississipi.
11 est un autre point, M. 1* Amiral, sur lequel j'ai besoin d'avoir des renseignements que vous seul pouvez me donner, et qui se rapportent au remboursement, par le Gouvernement chinois, des frais de guerre que mes instructions me permettent d'exiger, si je le juge à propos, et j'aurai besoin d'être fixé sur le chiffre à poser au moment où, les négociations de Chang-Haï étant entamées, j'aurai à m occuper de cette clause.
Quel est, je vous prie, M. l'Amiral, le chiffre des dépenses extraordinaires que l'escadre sous vos ordres a dû faire par suite de l'obligation où nous avons été d'employer les mesures coercitives contre Canton ? Il va sans dire que les frais occasionnés par l'établissement d'une commission mixte, pour maintenir l'ordre dans la ville, doit figurer dans ce chiffre, que je voudrais pouvoir faire connaître à M. le Ministre des Affaires étrangères par le premier courrier qui partira pour la France.
M. de Bourboulon devra me donner un état des indemnités que nous aurons à demander pour les pertes éprouvées par nos nationaux et nos protégés *. J'aurais à réclamer une indemnité équitable pour la famille du malheureux missionnaire Ghapdelaine, et pour les pertes éprouvées par quelques-uns de ses. confrères.
Le chiffre de ces réclamations, pièces à l'appui autant que possible, joint à celui que vous voudrez bien me fournir, formera le montant des indemnités que j'aurai à demander au Gouvernement de Pe-King pendant les négociations de Chang-Haï. si elles ont lieu. Mais vous savez, M. l'Amiral, que si le Gouvernement de Pe-King se refusait à envoyer à Chang-Haï, avant la fin du mois de mars, des Plénipotentiaires d'un rang convenable, ou que si, les ayant envoyés, ils n'étaient pas munis de pouvoirs suffisants, ou que si encore, ayant ces pouvoirs, ces négociateurs ne voulaient pas accéder aux demandes que nous avons présentées comme ultimatum, nous aurions immédiatement à prendre sur plusieurs points du littoral, comme dans quelques-uns des grands cours d'eau de l'Empire, les mesures de rigueur indiquées dans nos instructions.
Mais, dans cette éventualité, nos nouveaux alliés se retire-