REPONSE DE L AMIRAL RIGAULT DE GENOUILLY AU BARON GROS
Canton, Quartier Général, le 19 février i858.
Monsieur le Baron,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser sous la date du 18 février, m'annonçant votre intention de vous rendre prochainement à Chang-Haï pour y suivre vos premières démarches d'ouverture de négociations avec la Cour de Pe-King. de concert avec Lord Elgin et les Ministres plénipotentiaires de Russie et des États-Unis. Ces négociations pouvant ne pas aboutir, et une nouvelle pression sur la Cour de Pe-King devenir nécessaire, vous me demandez, M. le Baron, de vous faire accompagner au Nord par une force navale imposante. En réponse à cette demande, j'ai l'honneur de vous annoncer que la Némésis, le Phlégéton, le Primauguet, la Meurthe et trois canonnières suivront dans son voyage au Nord la frégate V Audacieuse : le mouvement des bâtiments pourra commencer le 12 mars. La Capricieuse, le Marceau, la Mitraille et ultérieurement le Catinat seront affectés à la garde de Canton avec un bataillon de ^5o hommes. Je regrette de n'avoir pu augmenter l'effectif de ce bataillon, mais c'est tout ce que je puis prendre sur le personnel de l'escadre. Sans avoir des inquiétudes positives sur la sécurité de la conquête de Canton, je ne partage pas entièrement, à cet égard, l'opinion de M. l'Amiral Seymour et celle de M. le
3oa DÉPART DES PLÉNIPOTENTIAIRES DE CANTON
^«néral Van Straubenzee. Les lignes alliées sont faiblement défcniiues sur plusieurs points, et mes demandes réitérées d'augmenter le nombre des batteries et de constituer un armement plus fort en artillerie de position, qui aurait rendu disponible Tartillerie volante, sont restées sans résultats. Les mouvements qu*on nous signale à Fai-chan et dans d'autres districts ont pour moi deux significations : défense dans le présent, agression dans l'avenir, dès que la Cour de Pe-King aura fait connaître sa volonté; Je vois donc avec peine qu'on ne complète pas toutes les mesures défensives en vue de cette dernière éventualité.
Vous me signalez dans votre lettre, M. le Baron, des mesures de rigueur à prendre sur le littoral du Nord de la Chine, au cas où vos justes demandes ne seraient pas accueillies par le souve;rain de cet Empire, et vous m'annoncez, en même temps, qu'il n'y a point lieu de compter, suivant toute probabilité, dans de nouvelles opérations agressives sur le concours des forces navales des (Itats-Unis, ni sur celui de la division que le Ministre de Hussie allend d'Europe. Je regrette médiocrement ce concours, uu point de vue de l'action militaire du moins. Pour moi, en vlVel» une seule mesure coercitive est à exercer, le blocus du Peilio el Toccupation des forts qui défendent son embouchure, et oUo nie parait devoir être décisive. Il ne vous échappera pas, \L le IWi'on. que nous avons un intérêt majeur à ce que Chousan no soîl iHia occupé, il ne serait jamais rendu. Quant à la prise de *IVirtt-p*ou ol autres opérations énumérées dans mes instructions, ^Minine dans les vôtres, M. l'x^miral Parker les avait accomplies d^n^ U guerre de i84o, et leur effet avait été nul : sa flotte, <^Mit^iuV devant Nan-Ring, a seule décidé la question. Il est donc ÙMitilo de l'oprondre d'anciens erremens qui ne pourraient con- ^huiv ;^u but« ot que nous ne saurions suivre d'ailleurs, en u^vxu de Ia faiblesse numérique des troupes de débarquement.
\\Mi\ lue trtitos l'honneur, M. le Baron, de m'entretenir des u^ivhthM^^ À oveixvr sur le Gouvernement chinois, à titre de l^sU^ do ii^it^riv, ot >ous me priez de vous faire connaître quelles st>^iv^iM^^ lUMiït » iHX^isionnées l'expédition contre Canton. Je isMMUi^ Mhvs^Aiumont vous en donner le chiffre. Je dois toute- ^>v^x \\>u^ IrtMv ivm»ix|uor qu'en dehors de ces dépenses spéciales, lo ti\HU> or noHunit de r Empereur peut prétendre au rembourse- Miout do tous los fr«is occasionnés par la nécessité de faire passer lu \IÎMM\m nrt\«lo do TlndivChine du pied de paix au pied de i{UOi'»Vt on triphu)t lo nombre ordinaire des bâtiments. J'ai prié iloji\ M, lo Ministix^ delà Marine de me faire connaître à quelle
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somme il estimait Texcédent de dépenses afférentes au badget de son département par suite du développement considérable qu*ont reçu nos forces navales en ces mers. J*auraî Thonneur de vous communiquer sa réponse dès qu'elle me parviendra, mais j'estime à six millions de francs au moins, par an, les frais d'entretien des bâtiments employés ici en sus du nombre fixé pour l'état de paix. .
Vous devez comprendre avec moi, M. le Baron, que l'envoi en ce moment à Bangkok d'un bâtiment distrait de la division pourrait se faire sentir d'une manière' regrettable dans nos opérations prochaines : si telle est, en effet, votre opinion, je vous serai obligé de la faire connaître a M. le C** Walewski, pour qu'on ne soit pas surpris à Paris du retard involontaire apporté dans l'exécution des ordres relatifs à l'ambassade du roi de Siam.
Veuillez agréer, &c.
, (^'gO 1® Contre- Amiral.
G. Rigault de Gekouilly.
Lord Elgin quitta le mouillage de Canton qu'il espérait ne jamais revoir * le 20 février pour retourner à Hong-kong ; le 19, le baron Gros avait abandonné le Primauguet pour revenir à bord de Y Audacieuse qui Tattendait à Whampoa; il devait se rendre à Hong-kong et à Macao pour s'entendre le I*"" mars avec lord Elgin et M. de Bourboulon, avant de partir pour Chang-Haï où devaient se rendre les quatre Plénipotentiaires pour attendre les envoyés chinois avant le 25 mars.
Le comte Poutiatine sur V America, lord Elgin sur le Furlous quittèrent Hong-kong pour Chang-Haï le 3 mars ; le dernier remontait la côte et visitait Amoy, Fou-tcheou, Ning-po, etc. M. Reed était parti de Hong-kong le 27 février, pour aller à Manille avant de remonter vers le Nord. Enfin, le baron Gros se mit en route le 1 1 mars avec V Audacieuse, remorquant la Fusée, commandant de Carpégna ; l'amiral Rigault de Genouilly devait rejoindre l'ambassadeur à Chang-Haï.