PI-KOUEI AU BARON GROS
Pi-kouei adresse la communication qui suit à S. E. le Baron Gros, Envoyé extraordinaire de S. M. Impériale, etc., etc.
Le i6 de ce mois (i''' mars i858) j'ai eu l'honneur de recevoir de S. M. Impériale un décret qui destitue le Commissaire Impérial Yé, par suite de la mauvaise direction qu'il a donnée aux affaires, et qui nomme Houang Tsoung-han, Commissaire Impérial et Gouverneur des Deux Kouang, et jusqu'à l'arrivée de ce haut dignitaire je suis chargé de remplir ses fonctions et Kouang Kouo-lin (le Commissaire actuel des Finances) est nommé provisoirement au poste de Gouverneur.
Je dois donc en conséquence vous faire connaître ces faits, et vous dire en même temps que si votre honorable nation a quelque arrangement à faire avec nous, vous pouvez les discuter avec moi, maintenant que la rivière est ouverte au Commerce et que l'harmonie existe entre nous. Je pense donc que vous, l'honorable Envoyé, vous pourrez arranger promptement les affaires en litige et cela sans retard.
C'est là l'objet de ma communication.
[Suivent les compliments d'usage.]
Le i8® jour de la i'® lune de la S*' année Ilien-Foung (3 mars i858).
CoRDiER. — Expéd. de Chine i8b']-b8. 20
3o6 DEPART DES PLENIPOTENTIAIRES DE CANTON
PI-KOUEI A l\miRAL RIGAULT DE GENOUILLY
Pi-kouei, faisant fonction de Haut Commissaire Impérial et de Gouverneur général des Deux Kouang adresse la communication qui suit à M. F Amiral Rigault de Genouilly.
Le 1 6* jour de ce mois (le i*"" mars i858) les ordres du Grand Empereur sont arrivés, et ils me font connaître que par suite de la mauvaise administration de Yé, dans ses fonctions de Haut Commissaire, il a été destitué et remplacé comme Haut Commissaire Impérial et comme Gouverneur général des Deux Kouang par Houang Tsoung-han, et en outre ces ordres prescrivit que le Gouverneur Pi-kouei sera chargé de remplir les fonctions de ce haut dignitaire jusqu'au moment de son arrivée et que Kouang Kouo-lin (le trésorier actuel) remplira temporairement celles de Gouverneur.
.Le Soussigné communique donc ces nouvelles à M. 1* Amiral Rigault de Genouilly afin qu'il soit connu qu'il est prêt à entrer en négociations pour la conclusion d'un traité comme étant le meilleur moyen de rétablir les relations amicales entre les deux Empires et d'en assurer le maintien.
Le Soussigné s'est déjà mis en communication avec l'ambassadeur de S. M. Impériale, et adresse à l'honorable Amiral tous ses compliments du moment.
Le 19^ jour du i" mois de la 8® année Hien-Foung (4 mars i858).
Pi-Kouei se faisait des illusions sur la situation qui lui avait été faite parles Plénipotentiaires étrangers, et en invitant ceux-ci à traiter sans retard avec lui, il faisait une démarche inutile, sinon peu convenable ; néanmoins le baron Gros, ne voulut pas le froisser dans sa réponse, quelque pénible qu'elle ait dû être pour l'amour-propre du fonctionnaire chinois.
REPONSE DU BARON GROS A Pl-KOUEl
A bord de la frégate V Audacieuse , Hong-koDg, le 6 mars i858.
Le Soussigné a reçu, le 5 de ce mois, la dépêche que S. E. le
RÉPONSE DU BARON GROS A PI-KOUEI 3o']
noble Gouverneur général p. i. des Deux Kouang, lui a fait l'honneur de lui écrire le 3 de ce mois, pour lui annoncer que S. M. l'Empereur, son Auguste Souverain, avait daigné lui confier provisoirement les hautes fonctions qu'il est chargé d'exercer jusqu'au moment où le nouveau Vice-Roi, Houang Tsoung-han,qui remplace Yé, dont la destitution a été prononcée, arrivera à Canton. Dans cette dépêche, S. E. invite le Soussigné à s'entendre avec elle pour donner sans retard, une solution aux affaires en litige qui peuvent exister entre les deux Empires.
En réponse à cette communication, le Soussigné s'empresse de dire à S. E. qu'elle n'ignore pas que depuis longtemps déjà, il a adressé directement au Gouvernement de S. M. Impériale à Pe-King, une dépêche dans laquelle il lui fait connaître non seulement les demandes de réparations que le Gouvernement de l'Empereur des Français a présentées inutilement*, pendant plus de deux ans à l'ancien Vice-Roi de Canton, dont les refus obstinés et les réponses dérisoires ont amené en partie les événements actuels, mais encore quelques modifications à apporter aux relations qui existent entre les deux pays, modifications indispensables, pour prévenir le retour des complications regrettables qui viennent de surgir.
S. E. le Haut Commissaire de S. M. Britannique a pris les mêmes dispositions que le Soussigné, et LL. EE. M. l'Amiral Comte Poutiatine, Ministre plénipotentiaire de S. M. l'Empereur de toutes les Russies, et M. Reed, Ministre des États-Unis d'Amérique, se sont adressés aussi directement et pour atteindre le même4)ut, au Gouvernement de l'Empereur à Pe-King, et en même temps que le Soussigné et que son honorable collègue d'Angleterre.
Lord Elgin, le Comte Poutiatine et M. Reed sont déjà partis depuis quelques jours, pour Chang-Haï, et le Soussigné compte s'y rendre dans peu de jours, pour aller y attendre, avec les Commissaires des trois grandes Puissances, dont il vient d'être question, les dignitaires qu'il plaira à S. M. l'Empereur de la Chine d'y envoyer avant la fin du mois de Mars, pour négocier avec eux.
Le Soussigné a l'entière confiance que S. E. le noble Gouverneur général par intérim, réunissant maintenant à la prudence et à la sagesse qui le caractérisent, les forces nouvelles, que lui donnent les hautes fonctions qui lui sont confiées, maintiendra plus que jamais la bonne harmonie qui existe heureusement entre les habitans de la cité provinciale et les forces alliées, qui
3o8 DÉPART DES PLÉNIPOTENTlAîHES DE CANTON
Toccupent et qui la garderont, jusqu'au moment où Theureuse issue des négociations, qui vont s'ouvrir à Chang-Haï, leur permettra de la remettre entre les mains des autorités Impériales. Le Soussigné saisit cette occasion pour offrir à S. E., &c., les vœux qu'il fait pour son bonheur et pour celui des populations
confiées à ses soins.
(Sig.) B°° Gros.
Dans son décret, TEmpereur de Chine, chose remarquable, excuse en quelque sorte l'attaque de Canton par les Alliés, réduits au désespoir, par l'obstination de Yé auquel ils s'étaient inutilement adressés à plusieurs repriseg ; il ajoute même que si « leurs prétentions avaient été réellement inadmissibles, Yé aurait dû chercher, par tous les moyens possibles, à leur faire entendre raison et à les calmer » 1