Cf. Blae Book, pp. îii-a4a
3l8 LES PLÉMPOTENTIAIRES A CHANG-HAÏ
ministre chargé de se rendre sur la rivière du Dragon Noir (//e hung Kiang, — l'Amour) pour s'entendre avec le Comte à ce sujet et que dans ce moment, quelles que soient les questions qu'il y ait à traiter, elles doivent l*être comme d'habitude, par l'entremise du département des Affaires étrangères, et doivent être adressées au Sà-na-te-yamen, conformément^ aux anciens règlements, afin de maintenir la paix et l'harmonie.
« Que Yé, le dernier gouverneur général de Kouang-Toung et Kouang-Si, ne s'étant pas bien conduit a été dégradé et privé de tous ses honneurs par la volonté impériale, et que Houang Tsoung-han, nommié Commissaire Impérial pour lui succéder, ayant reçu l'ordre de se rendre à Canton pour examiner et diriger les affaires publiques d'une manière juste et équitable, leTMinistre américain doit aller à Canton pour y exercer les fonctions qui lui sont confiées.
« Que jusqu'à présent nos Commissaires Impériaux ne se sont jamais rendus à Chang-Haï pour s'y occuper d'affaires publiques.
« Que sous l'administration de l'Empire céleste chaque fonctionnaire a des devoirs spéciaux à remplir et que tout individu revêtu d'autorité dans notre Royaume du Milieu doit exercer avec exactitude les fonctions dont il est chargé et n'a pas le droit de s'immiscer dans ce qui est en dehors de ses attributions et par conséquent qu'il n'est pas convenable (c'est le Chancelier qui parle) de prendre sur moi de faire une communication en réponse (au Ministre américain). Mais tout ce qui vient d'être exposé ci-dessus peut lui être transmis (au lieu d'être communiqué par moi) par Vos EE. le Gouverneur Général et le Gouverneur ; car je ne voudrais pas (paraître) mettre ces affaires de côté et ne pas lui faire de réponse (au Ministre Américain). »
Ce qui précède ayant été reçu par nous et ayant été informés en outre que lorsque la dépêche de V. E. a quitté Canton vous ne saviez pas que notre grand et auguste souverain avait déjà nommé Houang au poste de nouveau Gouverneur-Général du Kouang-Toung et du Kouang-Si et en même temps Commissaire Impérial, et qu'il s'était rendu en toute hâte à Canton pour s'y occuper des affaires publiques, et ayant appris également que dans le moment où votre dépêche est arrivée dans nos mains, Houang, le nouveau Commissaire impérial et Gouverneur général, s'était déjà mis en route pour Canton, il est de notre devoir de le faire connaître à V. E. pour qu'Elle le sache et qu'EUe puisse agir ainsi que les circonstances le veulent (c'est-à-dire rendezvous à Canton, à votre poste).
LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL A M. REED SlQ
En outre, V. E. voudra bien faire savoir (pour nous) au
Ministre russe qu'il doit s'attendre à recevoir une communication
du Département des AfTaires étrangères.
Nous saisissons, Sec.
ai mars i858^.
Le ministre de Russie avait montré un peu de maladresse, par inadvertance sans doute, en laissant envoyer sa note sous la même enveloppe que celle de M. Reed ; aussi était-il traité avec un certain degré d'infériorité et la réponse qui devait lui être faite était confiée à un bureau.
Il est juste de dire que le 17 juin i858, le Prince Gortchakov déclarait à notre Ambassadeur à Saint-Pétersbourg :
« 11 n'attribue pas comme on le fait à Ghang-Haï la voie suivie pour répondre à l'Amiral Poutiatine à cette circonstance que la note de l'Amiral au Conseil suprême de l'Empire a été mise sous la môme enveloppe que celle de M. Reed, ce qui d'après les usages chinois passerait pour un aveu d'infériorité ; il n'y voit, par conséquent, aucune impolitesse. Il dit que suivant un usage traditionnel toujours suivi dans les relations de la Russie avec la Chine, c'est toujours le Tribunal des Affaires étrangères et des Colonies à Pe-king qui correspond, non pas avec le Ministre des Affaires étrangères de Russie, mais avec le Sénat Impérial. Ce qui s'est passé est donc conforme aux anciennes traditions ; cette explication est du reste conforme à celle que, donne le Gouverneur général des Deux Kiang dans sa réponse à M. Reed. »
Quoique la réponse du gouvernement impérial fût moins défavorable qu'on aurait pu le penser, elle était loin de donner satisfaction aux Plénipotentiaires anglais et français, mais il ne pouvait être question ni pour le baron Gros, ni pour lord Elgin de retourner à Canton pour reprendre des négociations avec le nouveau Commissaire impérial. Le délai fixé au i®*" avril pour recevoir de Pe-King une réponse favorable étant expiré, les Alliés reprenaient leurs droits, et les ambassadeurs
I. Pour trad. exacte de la version anglaise trad. du chinois par l'interprète de M. Reed. (Sig.) B^^ Gros.
SaO LES PLÉNIPOTENTIAIRES A CHANG-HAÏ
décidèrent qu'ils allaient répondre- au vice-roi Ho qu'ils cessaient d'aliéner leur liberté d'action et qu'ils allaient remonter le plus tôt possible au Pe Tche-li pour agir selon les circonstances, soit en bloquant immédiatement le Pei-ho, après s'être emparés des forts qui en commandaient l'entrée, soit, avant d'en venir à cette extrémité, en faisant une dernière tentative conciliante qui consisterait à accorder quelques jours à la cour de Pe-King, ce qui permettrait encore aux Plénipotentiaires de Russie et des Etats-Unis d'agir avec ceux de France et d'Angleterre dans cette démarche.
Malgré l'échec que le comte Poutiatine avait subi dans le Nord, le gouvernement russe était résolu à maintenir sa ligne de conduite pacifique.
Ghang-Haï, le 29 mars i858.
Monsieur le Baron,
J*ai eu rhonneur de prévenir V. E., il y a quelques semaines, que j'attendais de St-Pétersbourg de nouvelles instructions. Ces instructions supplémentaires viennent d'arriver par courrier et je crois de mon devoir de vous en informer.
Le Ministère Impérial est animé du plus vif désir de voir arriver les complications en Chine à une tin heureuse et satisfaisante et me prescrit de prêter mon appui moral à toutes les demandes d'un intérêt commun qui seraient faites par les Plénipotentiaires des autres Puissances auprès de la Cour de Pe-King. Toutefois, le ministère reste fidèle à ses premières intentions absolument pacifiques ; il ne voudrait avoir recours aux armes qu'à la dernière extrémité et me recommande de m'abstenir de toutes mesures coercitives envers le Gouvernement Chinois.
J'ai à vous communiquer ensuite, M. le Baron, que, par ordre de S. M. l'Empereur, mon Auguste Maître, j'ai pris le titre de Commissaire Impérial et Gommandant-en-chef de l'escadre qui est destinée pour les mers de Chine et du Japon.
Je prie V. E., &c.
(Sig.) G'® Poutiatine.
I. Une lettre semblable fut adressée à lord Ëlgin. Cf. Blue Book, p. a54«
LORD ELGIN AU COMTE POUTIATINE ET A M. REED 3a l
Le baron Gros se borna à répondre à cette lettre par un simple accusé de réception.
Dans une conversation tenue le 3i mars, les Plénipotentiaires français et anglais convinrent de faire connaître leurs projets au comte Poutiatine et à M. Reed, qui jusqu'alors paraissaient disposés à remonter au Nord et à faire cause commune avec les Alliés jusqu'au moment, tout au moins, où ceux-ci seraient obligés de faire entendre au gouvernement chinois le seul langage qui pût lui être tenu avec succès.
En conséquence, lord Elgin adressa la lettre suivante aux ministres russe et américain :