‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 270 sur 285 · QUATRIÈME SÉANCE 43 I · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SÉANCE 43 I

l'Empire, un seul homme qui osât prononcer Tabolition d*un décret impérial et que ce serait un crime et un sacrilège. M. de Contades a offert, pour ménager cette susceptibilité, de chercher un biais qui permît de stipuler Tabolition des édits de proscription sans qu'il fût question de la personne de l'Empereur. Pihen a répondu qu'il avait proposé de dire que « toutes les lois et ordonnances contre le Christianisme seraient abolies ». Le Secrétaire français a répliqué que cette rédaction pouvait laisser subsister des doutes dans l'esprit des magistrats chinois mal disposés et que, pour cette raison, l'Ambassadeur l'avait rejetée. M. Marques et les Secrétaires chinois ont longtemps cherché ensemble une rédaction qui pût satisfaire les exigences des deux parts. M. de Contades a proposé de dire que : « Tout ce qui avait été publié en Chine par ordre da Gouvernement contre le Christianisme était abrogé et sans valeur dans tout l'Empire. » Pi-hen a refusé cette rédaction, disant que les mots : par ordre du Gouvernement se traduisaient en Chine par Empereur. Il a proposé de mettre à la place de « par ordre du Gouvernement » les mots : « dans tout l'Empire de la Chine. » Le Secrétaire français a répondu que ces mots se trouvaient déjà dans sa rédaction et que seuls ils ne suffisaient pas: qu'il fallait qu'il fût bien établi dans le traité, aussi bien aux yeux des Français qu'à ceux des Chinois, que la proscription qui était abolie était celle qui émanait du Gouvernement chinois. M. Marques a proposé alors à Pi-hen un caractère chinois signifiant : « par ordre suprême ». Pi-hen a consenti d'assez mauvaise grâce à l'accepter. Le Secrétaire français lui a dit alors que l'Ambassadeur ne pouvant entrer dans toutes les susceptibilités de la langue chinoise, maintiendrait les mots : par ordre du Gouvernement » dans le texte français et que, puisque la langue chinoise n'avait pas le mot Gouvernement, indépendant de la personne même de l'Empereur, il lui demanderait s'il consentirait à l'insertion dans le texte chinois du caractère signifiant : par ordre suprême. Le Secrétaire français a rappelé en même temps à Pi-hen que le texte français, d'après un article déjà adopté, était le seul qui fît foi dans des circonstances semblables. Pi-hen a remercié à plusieurs reprises et a dit qu'il espérait que l'Ambassadeur consentirait à cet arrangement. M. de Contades a répondu qu'il lui en ferait la proposition, mais qu'il croyait qu'il refuserait d'admettre la plus légère différence d'un texte à l'autre.

Les articles séparés i et 2 furent définitivement adoptés.

43a KÉGOCIATIO!(S DE Uk FKASCE

La question des indemnités étant remise aux conférences suivantes, le secrétaire français demanda, conformément à ses instructions, que l'échange des ratifications eût lieu à Pe-King; Pi-hen, étant allé consulter les Commissaires impériaux à ce sujet, répondit que ce n'était pas possible. L^heure étant trop avancée pour commencer sur cette question une discussion, le secrétaire français se borna à faire ajouter à Fart. ^2 une clause nouvelle proposée par FAmbassadeur le jour même et conçue en ces termes :

a Après l'échange des ratifications, le traité sera porté à la connaissance de toutes les autorités supérieures de TEmpire dans les Provinces et dans la Capitale, afin que sa publicité soit bien étabhe. »

Cette clause fut acceptée sans difficulté.

CINQUIÈME SLVSCE, 21 JUUI i858

Pi-hen, après avoir pris connaissance de l'article 8 modifié, déclara qu^il était définitivement accepté. L'article 9 relatif au droit d^aller acheter sur les lieux de production étant aban donné, M. de Contades le fit remplacer par le suivant : « Tous les changements apportés d^un commun accord avec l'une des puissances signataires des traités avec la Chine, au sujet des améliorations à introduire au tarif actuellement en vigueur, comme aux droits de douane, de tonnage, d'importation, d^exportation et de transit seront applicables au commerce français. » Quant à TarticIeiS, a M. de Contades dit à Pi-hen qu'il avait été obligé d'admettre la veille une légère différence dans la traduction chinoise du texte français ; mais que, depuis, M. Marques ayant, à force de recherches, trouvé un caractère qui rendait plus nettement l'expression par ordre du gouvernement, il proposait de le mettre à la place de celui auquel on s'était arrêté hier. Une discussion de quelques instants eut heu entre M. Marques et les secrétaires chinois;

SIXIÈME SÉA.x>CE 431

mais P;-hen et Tinterprète français étant tombés d'accord, l'expression par ordre du gouvernement s'est trouvée fidèlement reproduite en Chinois et Pi-hen a adopté une rédaction qui n'avait plus rien de blessant pour la personne de l'Empereur et qui, en même temps, établissait bien clairement que rien d'officiel ne subsistait plus contre le Christianisme ea Chine. »

Puis eut lieu jusqu'à 7 heures une interminable discussion sur les articles séparés.

SIXIÈME ET DERNIÈRE SÉANCE, 23 JUIN l858

A cette séance, à laquelle assistaient M. de Bellecourt et M. de Conlades, après une longue discussion, les Commissaires chinois consentirent à l'échange des ratifications à Pe-King dans l'intervalle d'un an ; le droit de résidence fixe à Pe-King serait accordé aux agents français dans le cas où oe droit serait accordé à une autre puissance ; il fut admis définitivement que les passeports seraient délivrés immédiatement après les ratifications ; enfin une indemnité de 2 000000 de taels était consentie par les Chinois, non sans qu'ils aient joué une comédie ridicule qu'il serait trop long de raconter ici ; après* que ce chifi're eut été accordé par les Chinois, il fut « aussitôt décidé que les copies seraient commencées dès le lendemain et la séance étant terminée, les secrétaires français et chinois se sont fait leurs adieux. Au moment de se quitter, Pi-hen a demandé que puisque les 2 000 000 de taels étaient cédés, l'Ambassadeur consentît à étendre à sept ans le délai de cinq ans fixé par le baron Gros pour le paiement des 2000000. M. de Contades a répondu qu'il porterait cette demande à l'Ambassadeur, mais qu'il était assuré que les cinq ans seraient maintenus. On s'est séparé sur ce dernier mot, et la séance s'est terminée à 7 heures et demie du soir. Le lendemain 24 juin, le baroa Gros a consenti à donner aux Commissaires chinois une GoRDiER. — Expéd. de Chine i857-58. 28

434 Nl^ùOCIATIONS DE LA FRANCE

dernière preuve de son esprit de conciliation et leur a fait dire par l'interprète de Tambassade qu'il étendrait à 6 ans au lieu de 5, le laps de temps fixé pour le paiement des deux millions de taels* ».

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