ADRESSE DES NOTABLES ET DES LETTRÉS DE CANTON 7T
Le 3o octobre, Famiral Seymour écrivait à Yé pour lui dire qu'il n'avait pas encore reçu de réponse à la communication faite au préfet de Ling-tcheou, que les vies et les propriétés de tous les habitants de la ville étaient entre ses mains et qu'il dépendait de lui, Commissaire impérial, que les forces anglaises ne se trouvent pas dans la nécessité de les détruire.
Ce même jour, les notables et les lettrés de Canton inspirés sans doute par les fonctionnaires adressaient le document suivant aux négociants étrangers établis dans leur ville.
ADRESSE DES NOTABLES ET DES LETTRES DE CANTON AUX NÉGOCIANTS ÉTRANGERS RÉSmANT DANS CETTE VILLE
Les bandits qui se trouvaient, il y a quelque tems, dans l'intérieur de la province ayant été chassés par nos troupes, les marchands étrangers et indigènes pouvaient vaquer en paix à leurs occupations commerciales. Quoi de plus avantageux pour tous?
Cependant nous apprenons avec étonnement, qu'il y a peu de jours, les autorités anglaises ont tout à coup fait entrer dans la rivière leurs steamers et leurs bâtiments de guerre, qui ont attaqué les forts et tué nos soldats, ce qui est excessivement pervers et hors de raison. — Heureusement les troupes qui occupaient les forts n'ont pas résisté évitant ainsi de violer le traité.
Ayant recueilli des informations, nous avons appris que, depuis quelque temps plusieurs lortchas qui ont fait le commerce sur la rivière de Canton ont enfreint les lois, faisant la contrebande, vendant du sel et en un mot accumulant méfaits sur méfaits. Les magistrats, le peuple, chacun s'en est ému et maintenant la lortcha N^ 27 a osé donner asile à Li Ming-tai et à d'autres brigands et remonter jusqu'à Canton.
D'après le traité, les Autorités anglaises doivent poursuivre les vagabonds et les remettre aux mains des officiers chinois pour qu'ils soient punis. Mais dans cette affaire, le capitaine de la lortcha a trompé le Consul, le tort est du côté du Capitaine et non pas du côté de nos Autorités militaires. Cette lortcha était au service d'un Chinois nommé Sou Asing ; le capitaine s'était procuré une licence par des moyens détournés. Ce n'est
donc plus une lortcha anglaise et il y a, une grande différence entre elle et les Bâtiments étrangers d'un caractère honnête.
Nos officiers militaires ont pour tâche de capturer les pirates, est-il étonnant qu'ils soient ignorants des dispositions d'un traité. Nos magistrats ont entendu parler de cette affaire, et comme ils ont le cœur généreux, ils ont rendu la liberté aux 12 individus qui avaient été pris à bord de la lortcha, ce qui est conforme à l'humanité et à la raison. Mais, contre toute attente, les officiers anglais violant ouvertement le traité ont attaqué nos forts et tué nos soldats — est-ce là agir suivant l'humanité et la raison ? Ces forts ont été construits sur les bords de la rivière pour la protection du peuple ; les détruire, c'est mettre en danger tout le pays d'alentour. Cette pensée soulève l'indignation.
Nous publions cette inique violation des traités que les officiers anglais viennent de commettre pour l'information des fonctionnaires et des négociants de tous les honorables Royaumes aussi bien que des riches marchands anglais, afin qu'ils ne puissent pas dire que nous autres habitants de la Chine, nous violons les maximes de l'humanité.
C'est également le 3o octobre que Yé lance une proclamation dans laquelle il prétendait que les rebelles de la faction Houng s'étaient alliés aux Anglais pour attaquer la ville. Il est intéressant de noter qu'à la même date le chef T'aiP'ing, Houng Siu-tsoung demandait l'appui de Sir John Bowring, des provisions et promettait de combattre contre les Tartares*.
Le 3i octobre, Yé répond à l'amiral Seymour et rappelle une fois de plus les négociations avec Parkes et il ajoute au sujet de l'entrée dans la cité : « Je dois observer qu'en avril 1849, S- E- 1® Plénipotentiaire Bonham fit circuler un avis public dans les factoreries ici, par lequel il interdisait aux étrangers de pénétrer dans la ville ; l'avis fut inséré dans les journaux de l'époque qui, je pense, auront été lus par V. E. Ajoutez à ceci que l'exclusion des étrangers de la ville étant unanimement souhaitée par toute la population de la province