M. DE COURCY A SIR JOHN BOWRING
Macao, le 16 novembre i856.
Monsieur le Plénipotentiaire,
J'ai reçu la dépêche que vous m*avez fait l'honneur de m'adresser en date d'hier.
Permettez-moi de remercier V. E. de l'empressement si courtois et si amical qu'elle a bien voulu me témoigner en me. consultant, dans les circonstances actuelles, sur la convenance et l'opportunité de l'envoi à l'embouchure du « Pei-ho » , d'un stea-
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mer de S. M. B., et en m'ofirant de joindre aux communications qu'EUe adresserait au Cabinet de Pe-King pour lui faire connaître la vérité au sujet des événements de Canton, celles que j'aurais moi-même à lui faire parvenir.
Au début des hostilités que M' l'Amiral Seymour a cru devoir diriger contre la ville de Canton, afin d'obtenir du Vice-Roi des deux Kouang par la force des armes, la réparation qui était due au Pavillon britannique, j'ai eu l'honneur d'exprimer mes vœux à V. E. pour le succès d'une aussi légitime entreprise. Plus tard, et toutes les fois que j'en ai trouvé l'occasion, je n'ai pas hésité à faire connaître au Commissaire Impérial par mes communications officielles et par mes actes que mes sympathies étaient acquises à ses loyaux et victorieux adversaires et que, dans mon opinion, la responsabilité qu'il essayait de rejeter sur les autorités de S. M. B., lui appartenait, en réalité, toute entière. L'indifférence en une semblable occasion n'était point permise, assurément, au Représentant de S. M. B., et le Gouvernement chinois devait savoir que, tout en gardant la neutrafité dans un conflit dont l'origine ne nous touchait pas directement, nous désapprouvions formellement sa manière d'agir et n'entendions pas déserter à son profit une cause à laquelle nous unissent des liens si étroits et si légitimes.
Je verrais avec une satisfaction bien vive que la mission, dont vous me faites l'honneur de m'entretenir, fût couronnée de succès et j'aurais désiré qu'EUe pût se rendre au Nord, dans une saison plus favorable. J'ajouterai que j'aurais profité avec empressement de la proposition que V. E. veut bien me faire, si j'avais eu à adresser, en ce moment, au Cabinet de Pe-King quelque communication concernant nos intérêts communs. Elle n'eût pu, certainement lui parvenir sous de meilleurs auspices.
Veuillez, etc.
(Sig.) C** René de Courcy.
Le 19, Sir John Bowring écrivait à M. de Courcy, que la veille, avant d'avoir reçu sa lettre, il s'était concerté avec Sir M. Seymour et que tant à cause de la saison que de l'incertitude et des difficultés du projet, il croyait prudent de renoncer à l'envoi d'un steamer au Pei-ho, tout au moins, à ce moment.
En efiet, le i6 novembre, Bowring avait quitté Hong-
8o L AFFAIRE DE L « ARROW »
Kong sur le Coromandel, pour se rendre à Canton, où sa présence était considérée par Parkes et Seymour comme devant être utile. En arrivant, le Plénipotentiaire trouva une lettre du Commissaire impérial qui énumérait des faits déjà connus, marquant que Yé ne pouvait accorder les demandes présentées par l'Amiral anglais et qu'il ne pouvait avec sécurité, à cause de l'excitation de la populace, soit quitter la ville, soit assurer la sûreté du Plénipotentiaire, s'il pénétrait dans les murs. Bowring quitta Canton, le 22 novembre au matin.
DÉPART DES FRAÎîÇAIS DE CANTON
Le vice-roi avait écrit à M. deCourcy deux dépêches pour lui conseiller de faire venir ses nationaux à Macao, parce qu'il redoutait pour eux les conséquences de la haine ignorante du peuple et cet avis renfermait une menace indirecte, aussi notre Chargé d'affaires crut-il devoir répondre le 12 novembre :
V. E. connaît les couleurs françaises. Ellesflottent en ce moment sur la demeure de mes nationaux, elles flottent sur lebâtimentde guerre où se trouve 1* Amiral. Pourquoi V. E. ne publie-t-elle point une proclamation pour ordonner au peuple de respecter ceux que ces ceuleurs protègent? Si Elle prenait cette mesure, que Teffervescence et Tignorance des populations paraissent rendre nécessaire, elle n'aurait plus à redouter ces fâcheuses surprises, ces alarmes, ces doutes dont elle m'entretient.
D'autre part, le contre-amiral Guérin écrivait à notre Chargé d'affaires le 1 7 novembre * :
Loin de trouver des menaces indirectes dans la lettre du Vice- Roi, je vois au contraire qu'il tient un langage parfaitement sage en nous invitant à retirer nos nationaux dans la crainte qu'ils ne vinssent à soufirir des faits de la guerre et de la haine du peuple.
I. A bord de la frégate la Virginie, rade de Whampoa, 17 nov. i856.
M. DE COURGT A SIR JOHN B0WRIN6 Si
En réalité nous n'avions plus aucun intérêt matériel à protéger à Canton puisque M. Bovet avait écrit officiellement à M . de Courcy qu'il ne restait dans la ville ni Français, ni Suisse, et que lui-même partirait dès qu'il en aurait reçu l'autorisation. En conséquence les couleurs françaises cessèrent d'être hissées à Canton le matin du 22 novembre, et M. de Courcy envoya M. Klezckowski à Wham-poa pour informer l'amiral Guérin de son intention de faire retirer le détachement de 4o hommes qui gardaient notre factorerie. M. Kleczkowski devait également avertir Sir John Bowring *, le D*" Parker et l'amiral Seymour des intentions du Chargé d'affaires de France. Le 22, à 10 heures du matin, M. Bovet avec le détachement de 4o hommes quittait le vice-consulat. M. de Courcy envoyait d'autre part à Yé une dépêche pour l'avertir qu'il avait l'intention de faire flotter de nouveau son pavillon dans le jardin des factoreries aussitôt que les hostilités auraient cessé.
Enfin notre Chargé d'affaires faisait connaître à Sir John Bowring par une dépêche officielle les principales considérations qui lui avaient dicté ces mesures.