Blue Book, pp
86 l'affaire de l' a arrow »
une délibération générale ; tous les habitants des villages situés près de Canton, depuis Tâge de i6 à 66 ans, prendront place dans les rangs ; une ta'xe sera levée sur les terres pour leur subsistance ; les districts les plus éloignés s'uniront à nous pour la cause commune. Il faut que ces Barbares soient exterminés et que leport leur soit fermé et le Commerce à Canton à jamais interdit, afin que les cœurs des hommes soient satisfaits et qu'on prévienne ainsi les calamités futures.
D'ailleurs, alors même que les hautes autorités se seraient résolues à user de clémence envers ces animaux immondes, leur esprit de compassion ne saurait suspendre la résolution de la population, ni mettre de côté les sentiments du peuple. Il n'en a pas moins couru dans ce sens le bruit que, pendant que les Barbares détruisaient le Sieun hing et autres rues (ce qui, nous devons le penser, était assez pour exciter la juste indignation des habitants des faubourgs de l'Ouest, car nous ne pouvions croire qu'il serait permis à ces vils insectes d'agir à leur gré), le bruit a couru, disons-nous, dans les rues et les impasses, que les riches marchands des faubourgs de l'Ouest, qui depuis si long-tems font le commerce avec ces audacieux Barbares, quelques-uns parce qu'ils ont des établissements à l'étranger, d'autres parce qu'ils se trouvent avoir des intérêts dans les navires dés Barbares,, prenant trop de soins de leurs propres intérêts et peu soucieux des sentiments de la population, ont fait avec les barbares un pacte secret, ayant pour but d'empêcher que d'un côté ou de l'autre on ne se molestât — et ce serait là la raison pour laquelle ils sont restés oisifs comme si rien d'extraordinaire ne se passait.
On ne pouvait accorder grand crédit à un conte pareil répété sur les places publiques ; mais il passe si rapidement de bouche en bouche que chacun en a été étonné et il n'est que trop probable que le faubourg d'Ouest finira par découvrir à ses dépens,, que l'indignation populaire s'est concentrée sur lui.
S'ils ont conscience de ce qu'ils doivent à leur pays, et aux bienfaits que les différentes dynasties ont répandus sur eux, qu'ils s'arment sans retard, qu'ils se joignent à nous, — et, en haïssant ce que nous détestons et en traitant en ennemis ceux qui sont l'objet de notre horreur, qu'ils combattent pour la cause commune.
« Cette déclaration, écrit Bowring*, semble confirmer I Blue Book, p. 3.
M. DE GOURCY A SIR JOHN B0WRIN6 ' 87
'opinion qu'il y a dans la ville un parti influent qui s'arrangerait volontiers avec nous, mais que ce parti est dominé par la populace farouche et turbulente, qui a été ramassée dans les villages du voisinage de Canton, « la population rurale » comme la désigne le document, et qui s'inquiète peu du sort de la ville elle-même. »
Malgré les invites de Sir John Bowring, notre Chargé d'Affaires ne croit pas devoir modifier sa ligne de conduite :
M. DE GOURCY A SIR J. BOWRI>'G
Macao, le 35 décembre i856.
Monsieur le Plénipotentiaire,
Je reçois à l'instant la dépêche que vous m*avez fait l'honneur de m'écrire à la date du aS courant.
Mes deux communications des i6 et a a novembre dernier ont exposé à V. E. la marche que j'ai cru devoir suivre dans le» graves circonstances dont Elle avait bien voulu m'entretenir. Je n'ai point à revenir ici sur les considérations que j'ai eu l'honneur de vous y présenter. Elles vous ont convaincu, j'en ai la confiance, que si je n'ai pu, sans l'autorisation de mon gouvernement, m'associer aux mesures de rigueur qu'il vous a paru convenable de prendre, je n'ai, du moins, rien épargné, dans les limites que m'imposaient mes devoirs, pour contribuer au succès de votre cause par l'appui moral que j'ai entendu lui prêter.
Le Commissaire Impérial Vice-Roi des deux Kouang dont j'ai rendu le Gouvernement responsable, au commencement des hostilités, de toute conséquence fâcheuse qui en pouvait résulter pour mes nationaux, avait été prévenu par moi, à la date du 18 novembre, qu'ils avaient tous quitté Canton, où le soin de leurs affaires ne les retenait plus, et que j'y ferais flotter de nouveau les couleurs françaises lorsque la tranquillité aurait été rétablie. Je ne saurais donc considérer l'incendie des factorerie» comme une tentative dirigée contre notre pavillon ou contre nos intérêts matériels, et je ne croirais pas qu'il me fût permis, dans les circonstances présentes, de renoncer, avant d'avoir reçu les instructions du Gouvernement de S. M. Imp*® à la ligne de conduite que je me suis tracée, pour adopter un rôle plus actif ou
88 l'affaire de l' <r arrow »
prendre une attitude plus décidément hostile envers les autorités chinoises.
Nous ne pouvons douter, M. le Plénipotentiaire, que ces instructions ne soient un nouveau gage de l'heureuse union qui doit assurer en Chine le triomphe de la politique commune de nos deux Gouvernements et que nous avons, V. E. et moi, tant a cœur de maintenir.
Veuillez agréer, etc., etc.
(Sig.) C" René de Courcy.
DESTRUCTION DU Thîstle, 3o décembre i856
Le 22 décembre i856, le vapeur posta} Thistle, passant la seconde barre à ii heures du soir, en route pour Hong- Kong, fut attaqué par deux flottes de jonques mandarines : un Chinois de l'équipage fut tué ainsi qu'un passager indigène ; deux autres hommes de l'équipage furent blessés (un mortellement) ainsi qu'un passager. La lortcha anglaise Anonyma SiweCj abord, une riche cargaison de 170 balles de marchandise, d'une valeur d'environ 20000 dollars, remorquée par le Thistle dut être abandonnée, après que son équipage se fut réfugié à bord du vapeur.
Le vapeur Queen, attaqué une demi -heure plus tard par les jonques, fut obligé de rentrer à Canton. Le 28, au matin, le Bar raconta et le Hornet furent envoyés sur le lieu du combat, mais les jonques avaient disparu.
Vers midi, le 3o décembre, ce même Thistle, se rendant de Canton à Hong-Kong avec un grand nombre de voyageurs et une cargaison considérable, un certain nombre de passagers chinois, environ dix-sept, soldats déguisés, diton, arrivés près de la seconde barre, se jetèrent sur un soldat anglais passager et le massacrèrent ainsi que le capitaine, le premier et le second mécanicien, le lieutenant se réfugia dans la cabine d'arrière, mais, obligé de sauter par-dessus bord, il se noya ; l'équipage comprenant quatre Manillois, le viceconsul d'Espagne à Macao, Don Francisco Diaz de Sobre