‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 57 sur 285 · NÉGOCIATIONS EN EUROPE. — INSTRUCTIONS DE M. DE BOURBOULON · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS EN EUROPE. — INSTRUCTIONS DE M. DE BOURBOULON

Il est temps de jeter un coup d'oeil en arrière et de nous rendre compte de l'effet que produisirent en Europe les événements de Chine. La nouvelle de l'assassinat de l'abbé Chapdelaine causa naturellement à Paris la plus vive impres sion ; le crime des Chinois servait utilement les desseins de l'Angleterre avec laquelle nous suivions une politique commune en Europe et qui était désireuse de nous entraîner en Chine avec elle, et, si nous avions été hésitants sur la manière dont nous devions conduire les négociations relatives à la revision du traité, désormais nous devions nous attacher à obtenir réparation pour le meurtre de notre compatriote, le reste s'ensuivrait.

Le ministre des Affaires étrangères écrivait, le lo octobre i856, à M. de Courcy :

La nouvelle de la mort de M. Chapdelaine a produit sur le gouvernement de l'Empereur 1* impression la plus pénible... c'est un devoir pour le gouvernement de l'Empereur de réclamer une éclatante réparation. Il examine, en ce moment, vos dernières informations ne faisant que de me parvenir, quelle est la nature de la satisfaction qu'il aura à exiger. Il importe, en effet, qu'elle soit non seulement un châtiment de l'acte odieux qui s'est produit, mais encore un salutaire avertissement donné pour Ta venir aux autorités chinoises.

Notre ministre en Chine, M. de Bourboulon, alors en

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congé en France, approuvait complètement la conduite du Chargé d'affaires dans une note datée du 20 septembre i856, remise au ministère des A,ffaires étrangères :

Je partage entièrement ropinîon du Chargé d'Affaires de S. M. en Chine, quant à la manière dont il apprécie l'événement dont on vient de recevoir la nouvelle, — l'exécution d'un missionnaire français dans une province de la Chine, par ordre et en présence du mandarin (c'est-à-dire du dépositaire de l'autorité impériale) — du lieu où il avait été arrêté.

Toutefois, contrairement à l'opinion de M. de Courcy qui aurait désiré que nous agissions aux Chousan, c'est-à-dire au centre de la Chine, M. de Bourboulon préconisait une action à Canton :

Canton et ses abords se trouvent désignés à tous égards comme les lieux où il convient d'agir parce que c'est dans le ressort du Gouvernement du Vice-Roi de Canton, que l'attentat dont il s'agit d'avoir raison a été commis ; parce que les autorités et la populace de cette ville et des environs ont été de tous temps les plus hostiles aux étrangers, se sont à toutes les époques signalées par leur insolence et leurs violences et que par une sorte de fatalité privilégiée, tandis que d'autres populations innocentes ont eu à supporter toutes les calamités de la guerre provoquée par leurs méfaits, elles ont jusqu'ici toujours échappé au châtiment: parce qu'enfin, et cette considération est sans doute la plus importante, il se trouve que Canton est à tout prendre le point de la Chine le plus abordable, à la fois à l'action diplomatique par les rapports officiels établis en vertu des traités entre les ministres étrangers et le Commissaire Impérial Vice-roi des deux Kouang, et ce qui est plus essentiel encore dans les circonstances où l'on se trouve, au point de vue des opérations navales et militaires.

M. de Bourboulon concluait ainsi sa note :

C'est donc à Canton et à Canton seul que le gouvernement de l'Empereur doit chercher la réparation de l'insulte qui lui a été faite.

Des négociations étaient d'ailleurs poursuivies entre la France et l'Angleterre et la note suivante du ministère des

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