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nouvelles depuis son départ pour la Cochinchine, - - et auquel, du reste, je venais d'écrire, en lui faisant connaître de mon côté les instructions que j'avais reçues, et en l'engageant à venir me rejoindre le plus tôt possible avec toutes les forces dont il peut disposer. M. Bruce admit parfaitement cette nécessité pour moi, et ne me fit aucune objection sur le retard que l'arrivée de notre Amiral, dont les forces avaient à remonter de Cochinchine contre la mousson pourrait apporter à la notification qu'aux termes de ses instructions, il était chargé de faire sans délai. — Il me parla alors d'une lettre qu'il venait de recevoir de l'amiral Hope, en réponse à une lettre particulière qu'il lui avait écrite aussitôt après la réception des instructions de Lord John Russell pour lui faire connaître la position des choses, et il me donna lecture de cette lettre, ou du moins de la plus grande partie. L'Amiral Hope n'espérait pas grand effet des mesures coercitives indiquées par le cabinet de Londres dans l'éventualité où les demandes du Ministre de S. M. Britannique n'auraient pas été accordées dans le délai fixé : l'interception des jonques chargées de grains pour la Capitale sur la route qu'elles suivent le long de la côte, ou par le blocus mis devant l'embouchure du Pei-ho, lui paraissait un moyen trop lent et trop indirect pour pouvoir produire une impression efficace sur la Cour de Pe-King. Il en était de même dans son opinion de l'occupation de l'une des îles Mia-taou, îles désertes, sans production, dont la possession ne pouvait être d'aucune valeur, — tandis qu'il y avait non loin de là sur la côte une grande ville, où résidaient des mandarins, ayant un bon port déjà fréquenté par les navires européens (ïche-lôu) dont l'occupation immédiate permettrait de se rendre maître des ressources du pavs d'alentour, ressources abondantes puisque c'était un point commercial important, — et qui pourrait fournir une bonne base d'opérations dans le cas où les hostilités devraient être poussées plus loin. Enfin, dans le cas où l'ultimatum serait rejeté, les demi-mesures ne devant pas être d'une grande eflicacité sur l'esprit du Gouvernement chinois, l'Amiral pensait qu'il serait bon d'en abréger la durée autant que possible, et pour cela de ne pas trop presser l'envoi de l'ultimatum, de manière à ce que le délai qui y sera fixé, n'expirât pas longtemps avant le Ier mai, époque avant laquelle il n'était guère à présumer que le gros des forces expéditionnaires, des nôtres particulièrement, pourrait être réuni ici. L'Amiral Hope informait au surplus M. Bruce dans cette lettre qu'il avait écrit officiellement dans ce sens à l'Amirauté, et il lui disait aussi que ses
LETTRE DE M. DE BOURBOULOX AU COMTE V\ U.EWSKI I 'j Q
instructions lui proscrivaient de se concerter sur toutes les mesures à prendre avec l'Amiral Français.
Je ne dois pas vous cacher, M. le Comte, que je partage entièrement l'opinion de M. l'Amiral Hope sur l'inefficacité des demimesures...
Cependant on n'était pas sans inquiétudes dans la capitale chinoise : les ouvertures discrètes faites par M. Bruce aux autorités locales avaient sans doute été transmises à Pe-King ; on racontait que des agents, et en particulier un certain Minchan, avaient été envoyés dans le Kiang-Sou pour se rendre compte de l'état des affaires, étudier les dispositions des Plénipotentiaires alliés, et agir, soit isolément, soit d'accord avec le vice-roi de Nan-king, Ho Kouei-t'sing ; tout en réalité se bornait à des démarches indirectes de Ho lui-même par l'intermédiaire du banquier chinois de Chang-Haï, Ta-ki, lié aAec les Européens de cette ville et en particulier avec M. Whittall, chef de la grande maison anglaise Jardine, Matheson et C°.
LETTRK DE M. DE BOURBOULON AU COMTE VYALEWSKI, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
Chang-Haï, 17 février 18G0.
Il parait qu'il est arrivé dernièrement à Sou-tchcou un autre personnage envoyé de Pe-king mais de plus d'importance que l'émissaire Wang dont j'ai parlé à V. E. dans une de mes précédentes dépêches (et qui à ce que j'ai su depuis, était égalemenl envoyé de la Capitale, on dit par Kouei-liang lui-même et non par le Seng-wang avec lequel il avait seulement communiqué en passant par T'ien-tsin). Cet envoyé qui s'appelle Miu-cliaii est l'un des deux secrétaires ou négociateurs de rang secondaire qui assistaient les Plénipotentiaires Kouei-liang cl Houa-cha-na dans les négociations de T'ien-tsin, et aurait pour mission de chercher d'abord à connaître exactement quelles sont nos dispositions et mis intentions, el ensuite de nous faire (peut-être conjointement
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avec le Commissaire impérial lin) des propositions d'accommodement. Ces informations ont été données en confidence par lo e:rand négociant el banquier Ta-ki, en relations intimes avec les Mandarins et leur intermédiaire habituel dans toutes sortes de transactions an Chef de la principale maison anglaise de Changr Haïet rapporté par celui-ci à M. Bruce qui m'en a fait part. \ la suite de celle ouverture, Taki a parlé en termes généraux de vives inquiétudes que les bruits de guerre répandus de Ions côtés causeraient parmi le commerce, inquiétudes qui s'étaient communiquées à Pe-King même ; il a dit que les principaux membres du Conseil impérial, tous les gens sages y désiraient ardemment que le différend avec l'Angleterre pu I èlre terminé par un arrangement; qu'à la vérité, il y avait un parti exalté, à la tête duquel était le Seng-A\ang qui était opposé à toutes concessions, mais ([ue pourvu que les demandes du Gouvernement anglais ne lussent pas excessives, il pourrait être contenu et obligé à céder. M. Wbitall (c'est le Cbcf de la maison anglaise auquel Ta-ki tenait ce langage), quoique fort au fait de la situation, a naturellement répondu avec beaucoup de réserve, en engageant toutefois Ta-ki à revenir le voir. Les choses en effet n'en sont pas demeurées là, plusieurs nouvelles entrevues ont eu lieu entre le banquier chinois et M. Whitall, et celui-ci autorisé par M. Bruce, quoique ne parlant bien entendu qu'en son propre nom a touché les divers points spécifiés dans l'Ultimatum anglais, et même la question d'une indemnité pour les dépenses d'armements. Ces pourparlers, comme de raison, ont été au fur et à mesure transmis d'ici à Sou-tcheou, et les réponses de l'envoyé de Pe-king, transmises à mon collègue par les mêmes intermédiaires, paraîtraient être dans un sens des plus favorables à un accommodement. Enfin M. Bruce est venu me voir il y a quelques jours, et m'a annoncé avec une satisfaction visible, que d'après les dernières informations de Ta-ki, un rapport avait été adressé par Min Chan à Pe-King dans lequel il avait rendu compte de tout ce qu'il avait appris, en concluant à la nécessité d'un accommodement, et que la réponse du Cabinet de Pe-King était attendue dans neuf jours. Mon collègue ne m'a pas caché qu'il espérait que ces pourparlers en éclairant le cabinet de Pe-King sur nos véritables dispositions (c'est-à-dire sur celles du Gouvernement Britannique), en le rassurant dans une certaine mesure, amèneraient prochainement des ouvertures de sa part, qui pourraient conduire à un arrangement satisfaisant sans qu'il fût besoin de recourir à la force des armes.
LETTRE DE M. DE BOURBOULON A M. LE COMTK WALEWSKI l5l
Quelques jours plus tard M. de Bourboulon donnait de nouvelles explications au Département :