LETTRE DE M. DE BOURBOULON A M. LE COMTE WALEWSKI
Chang-Haï, 28 février 1860.
Depuis ce que j'ai eu l'honneur de vous mander à la date
du 17 courant, des renseignements qui me sont parvenus de divers côtés, entre autres une entrevue recherchée par le môme Ta-ki avec l'interprète de cette légation, m'ont mis à même de contrôler ce qui m'avait été communiqué par M. Bruce, uniquement d'après les pourparlers qui avaient eu lieu entre M. Whitall et ce Chinois, et voici ce que je suis arrivé à conclure, je dirai même à constater d'une manière à peu près certaine sur le résultat de ces pourparlers. L'arrivée à Sou-tcheou d'un envoyé spécial de Pe-King, du nommé Min-chan chargé de rendre compte de l'état des affaires et auquel devaient être ensuite adressées les réponses du cabinet de Pe-King, était une fable inventée par Ta-ki pour donner plus de consistance à ses propres démarches et mieux couvrir le personnage principal auquel devaient aboutir les informations qu'il pourrait obtenir sur les intentions des Anglais, c'est-à-dire le Tsong-tou IIo, recevant ses rapports par l'intermédiaire du ïao-t'aï de Chang-Haï. C'est donc à Ilo, assisté, comme j'en ai informé V. E. il y a quelque temps, du Juge provincial Sié, qu'ont été transmises les ouvertures faites indirectement par M. Bruce touchant les demandes de son gouvernement et impliquant aussi les nôtres : sans doute Ho en aura fait rapport à Pe-King, dans la mesure où il l'aura osé, c'est-à-dire sous une forme très mitigée, et d'après ce que Ta-ki avait annoncé la réponse du Cabinet Impérial devrait être déjà parvenue à Sou-tcheou depuis plus d'une semaine ; mais il est à croire que cette réponse, si elle est arrivée, n'était pas favorable, car on a parlé depuis d'un nouveau délai, et d'après ce cpie le tao-t'aï a dit il y a quelques jours à M. de Méritons et ce qui m'est confirmé par les informations qu'un de mes sien-seng, homme de toute confiance, a reçues dernièrement directement de Sou-tcheou, le voyage du mandarin Sié à Chang-haï, déjà fort différé et qui, en raison de la qualité officielle de ce personnage, dénoterait enfin l'intention d'un commencement de négociation
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sérieuse, ne doit encore avoir lieu que dans quinze ou di\-liuit jours.
Toutefois le parti de la guerre représenté à Pe-King par le Seng-wang, Seng-ko-lin-ts'in, et le vice-roi du Tche-li, Ilengfou, poussait (depuis l'affaire de Ta-Kou) l'Empereur à recourir à la force des armes. Un premier rapport retrace la conduite passée des étrangers et indique les mesures violentes qu'il convient de prendre pour les arrêter dans leur marche.