DE LA CHINE
Nous exposons avec respect au Saint Empereur que l'orgueil et la mauvaise foi des barbares sont arrivés à un tel point que c'est par la force des armes seulement que nous arriverons à les soumettre. Nous demandons respectueusement à développer ce grave sujet, et prosternés aux pieds du Saint Empereur nous soumettons ces graves considérations à son jugement. D'après nous, les Anglais, depuis leur première révolte ont violé les lois à leur guise dans le Kiang-Sou et dans le Kouang-Toung. Depuis dix ans notamment nous n'avons pu nous opposer à rien de ce qu'ils ont voulu, aussi leur puissance grandit-elle ebaque jour : les autres î-oyaumes professent pour eux une déférence craintive, tandis qu'eux-mêmes affichent un dédain marqué pour l'Empire du Milieu. Dernièrement nous apprîmes que les barbares avaient quitté Canton et étaient arrivés à Cbang-Haï où les Plénipotentiaires Kouei-Liang et Iloua-cha-na, arrivés à l'époque fixée, les attendaient depuis longtemps, et où nos Commissaires sollicitèrent d'eux une entrevue qui leur fut refusée. Les barbares envoyèrent alors leurs navires de guerre à Ta-Kou ; confiants dans leur force, ils aboyaient comme des cbiens ; les rapports des au torités locales nous avaient appris qu'ils prétendaient venir se promener à T'ien-tsin et qu'ils ne sou (friraient pas que nous y missions obstacle, qu'ils détruiraient nos travaux de barrage et qu'ils ne nous laisseraient pas nous y opposer. Us se rendaient bien compte de la grandeur de l'Empire, mais comme ils avaient toujours vu leurs désirs réalisés auparavant, et que pour la première fois ils les voyaient discutés, ils nous dirent que nous attirerions de grands malheurs sur nous : leur orgueil et leur perfidie
RAPPORT DL SENG WANG KT DE IIEISG TSONG-TOU l53
sont telles. Si donc on leur avait permis de se rendre à la capitale, comment aurait-on fait pour satisfaire leurs demandes insatiables et déraisonnables. Le 25e de la 5e lune leurs navires à vapeur reçurent l'ordre d'arracber les piquets de bois, les chaînes de fer qui barrent l'entrée du fleuve, etc. ; puis enfin de bombarder et détruire nos batteries ; mais heureusement que nous le Sengwang et autres étions là, et nous appuyant sur la Majesté de l'Empire nous leur fîmes éprouver une défaite totale : leurs navires furent coulés, leur horrible engeance massacrée, et leurs pertes furent telles qu'ils durent s'enfuir avec précipitation. De tous les côtés, peuple et mandarins manifestaient un enthousiasme indicible. Nous supposons après cela que les barbares sont moins disposés que jamais à se soumettre ; ils ne désirent d'ailleurs humilier le Céleste Empire que pour venir plus facilement à bout des autres ensuite. Le jour où leurs navires de guerre reparaîtront dans la Chine, il y aura certainement des malheurs à redouter et il est certain que les barbares feront tout ce qui sera en leur pouvoir pour prendre une revanebe. Mais il faut vis-à-vis d'eux changer de méthode : si l'Empereur les traitait aujourd'hui avec bienveillance, ils deviendraient aussitôt plus exigeants et plus intraitables, ne manqueraient pas d'en attribuer le motif à ma faiblesse et à mon impuissance à leur résister et leur soumission deviendrait impossible. Nous avons appris que depuis leur désastre jusqu'à aujourd'hui si leur esprit a marché avec rapidité, leurs actes ont été lents; ils nous surveillent avec soin, prêts à profiter de la première occasion pour mettre au grand jour leur cœur empoisonné, et appeler dans un moment de rage leurs navires de guerre au combat. Nous pensons donc que d'un instant à l'autre les barbares se remueront, et qu'ils ne laisseront jamais dire que nous les avons vaincus et qu'ils se sont soumis. Pour parer à ce que nous redoutons, il n'y a qu'à se préparer à la résistance. Aujourd'hui Ta-Kou seul est fortifié, mais à côté, comme en arrière nous n'avons ni ouvrages, ni défenseurs. Les soldats de Tckoang Kiang ont reçu, nous dit-on, l'ordre de se rendre à T'ien-lsin, mais les mêmes nouvelles nous apprennent que Pe-t'ang est sans défense. Bien que nous (le Seng-wang) su\ons plein de dévouement et que nous ayons ordonné à Heng (le gouverneur du Pe ïche-li) et aux autres de s'unir avec nous dans la même pensée et de nous aider, comme les barbares ont dos moyens sans nombre à leur disposition, nous ne cessons d'augmenter nos troupes pour les repousser. Si nous n'avions en effet qu'une seule armée el si. malgré sa valeur, celle armée
I,»'l i LTIMATl M DK LA FRANCE ET DE I. ANGLETERRE
éprouvai! un désastre, nous serions perdus sans ressource. Depuis plusieurs années, les barbares nous ont trompés de la façon la plus odieuse ; ils ont fait prisonnier notre grand mandarin (Ye Tsong-tou) el nous onl ilil ensuite, les deux Empires sonf on paix. Ils nous ont pris Canton, et nous ont dit ensuite, les deux Empires sont en paix ; ils ont envahi nos ports et nous ont dit, les deux Empires sonl en paix. Cette année ils se sont avancés à 200 lis environ de la capitale et se sont précipités comme une troupe de porcs et de bœufs sur Ta-Kou dans le but de s'emparer de T'ientsin, el à ce moment même ils disaient : les deux Empires sont en paix, nous voulions prendre la route de T'ien-tsin pour aller à Pe-King échanger les ratifications de nos traités. Nous connaissons trop bien les projets qu'ils nourrissaient dans leur cœur, il était inutile de les interroger. Ces barbares nous ont toujours trompés en invoquant les traités. Pourquoi donc aurions-nous toujours accepté le mal qu'il leur plaisait de nous faire, et n'aurions-nous pas une fois pour toutes changé cette situation. Nous pensons que puisque nous (le Seng-Wang) les avons déjà vaincus, nous pouvons réunir nos forces el pour la gloire de l'Empereur les exterminer. Ces barbares viennent de pays éloignés ; ils ne peuvent donc rester indéfiniment et attendre qu'ils soient réduits aux dernières extrémités ; ils seront donc obligés en s'appuyant sur les traités antérieurs de complètement démasquer leurs projets perfides. Nous pourrons alors terminer facilement cette affaire. Nous savons très bien que les dépenses de l'Empire sont considérables et les approx isionnements très difficiles, mais de deux avantages il faut choisir le plus grand et de deux maux il faut choisir le moindre, et les Anglais sont venus dernièrement étaler leurs desseins empoisonnés dans les lieux \oisins de ceux où habite l'Empereur, et de tous les maux dont puisse être affligé l'Empire, il n'en est pas de plus grand. Nous pensons donc que sans s'arrêter à ce qu'il v a de grave ou non dans la circonstance présente, le mieux est d'attendre que les barbares fassent connaître positivement ce qu'ils comptent faire. Alors notre rôle sera facile et nous agirons en conséquence. J'espère que le Saint Empereur jugera de même dans son cœur et qu'il fera promptement choix d'un grand mandarin (pour traiter cette affaire), et qu'il enverra des troupes d'élite pour défendre chaque position, pour faciliter notre mission protectrice et afin que nos soldats, après cent combats, soient toujours renouvelés et prêts à entrer en lice ; de cette façon, la force numérique de l'armée restera toujours la même <l le courage des soldats ne sera jamais émoussé : alors l'armée