H. Cordier, Hist. des Belat., I, p
LETTRE DE M. DE BOUREiOULOX A M. THOUVENEL ï85
çi-jointe la traduction ; une communication exactement semblable a été adressée par le Vice-Roi à mon Collègue d'Angleterre.
Il résulte de cette dépècbe que ce n'est pas Sié, ainsi que l'avait supposé M. Kleczkowski, mais bien le vice-roi Ho qui est encore, à l'heure qu'il est, chargé de traiter avec nous, et que ce qu'il avait dit à mon délégué quant à la date du Décret impérial qui lui conférait de nouveaux pouvoirs (celle du i3 mai) était exact : Mais Votre Excellence verra qu'elle confirme en même temps les conclusions que j'avais tirées du langage des deux Commissaires par rapport au fond de la situation, dans l'entrevue qu'ils ont eue avec mon premier secrétaire et que les pouvoirs donnés à Ho étaient encore moins étendus qu'on aurait pu le supposer. Ainsi, c'est lorsque près d'une année s'est écoulée depuis que les relations pacifiques de la Chine avec deux grandes Puissances ont été violemment interrompues par un acte de traitreuse hostilité, lorsque la Cour de Pe-Ring a été dûment informée et avertie, dans les termes les plus formels, des réparations que nous exigeons d'elle, et de notre détermination de les poursuivre, en cas de refus, par la voie des armes, — qu'elle fait signifier aux représentants de la France et de l'Angleterre que « s'ils venaient au nord, il n'y aurait personne pour leur parler, — et que « si des négociations ont lieu à Chang-Haï » (c'està-dire pourvu que les deux ministres se soumettent à traiter ici et non ailleurs) — « il sera permis au Commissaire Impérial, « de se faire, auprès de l'Empereur de la Chine, l'intermédiaire c de leurs suppliques — ignorées jusqu'à présent ». Un pareil document, M. le Ministre, n'a pas besoin de commentaire.
V. E. a déjà pu voir quelle était la situation de Ho et de Sié, ayant perdu la principale des provinces dont le gouvernement était confié au premier et chargés de trouver dans leur seule habileté les moyens de conjurer le danger extérieur dont l'Empire chinois est menacé en ce moment. Les perplexités de celte situation forment un étrange et je dirai presque pénible contraste avec le ton d'arrogante inflexibilité que le Cabinet de IV- King conserve jusqu'à cette heure dans son langage et son altitude. Dans l'entrevue que M1' Bruce a eue avec les Commissaires Impériaux, IIo lui a dit après l'aveu de ses désastres, que pour lui, n'ayant plus rien à perdre, il allait écrire à l'Empereur el lui faire connaître toute In vérité sur la position des choses en ce qui nous concernait. Mon Collègue doutait un peu de la fermeté de la résolution du Vice-I«oi. Cependant hier soir, il m'a fait part
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d'un entretien toul confidentiel que M' La\ avait eu dans la journée avec les deux Commissaires chinois et dans lequel celui-ci, qui a une grande pratique des Chinois, croyait que Ho lui avait parlé avec une entière sincérité. Ce Commissaire Impérial a répété à M. Lay qu'il allait écrire sans retard à Pe-King et représenter sans déguisement à l'Empereur la nécessité qu'il v avait de céder aux demandes de l'Angleterre et de la France cl de s'accommoder avec nous ; que Wang, le gouverneur du Tche- Kiang, devait l'appuyer dans cette démarche, et que tous deux se proposaient en même temps de supplier l'Empereur de faire appel à notre puissant secours pour délivrer de la rébellion les malheureuses provinces qui forment la vice-royauté des deux Kiang.
Sur ces entrefaites nous avons appris cjue le général Ignaticv était arrivé ici hier, sur un aviso à vapeur venant du golfe du Pe Tche-li et accompagné du commodore russe Litchakoff. Par une singulière coïncidence la frégate russe Svellana est également arrivée ici hier, n'ayant mis que trois mois et demi pour venir de Toulon. — M. Kleczkowski est allé aujourd'hui de ma part voir et complimenter le Ministre russe et voici ce qu'il m'a rapporté de son entretien avec lui. Le général Ignatiev l'a reçu avec une courtoisie, en apparence au moins, on ne peut plus cordiale. Il arrive en droite ligne de Pe-King, s'étant arrêté cependant dix jours à Pe-t'ang, en attendant l'arrivée de ses navires. Il n'a pas pris la route deTa-Kou, craignant de se compromettre et pour ne pas aller contre les représentations des autorités chinoises qui ont objecté les préparatifs de guerre qui s'y faisaient, tout en ne lui contestant pas le droit, émanant du traité russe, de passer par cette route en temps de paix. Il a quitté Pe- Ixing « pour indiquer au gouvernement chinois qu'il existait « une certaine solidarité par rapport aux alfaires de ce pa^s, « entre toutes les grandes puissances maritimes ». Il s'était employé, mais en vain, à prêcher la modération au cabinet de Peking en lui démontrant la folie de sa conduite surtout à l'égard de la France qui réellement a été insultée l'année dernière. Le général a pensé que son départ de Pe-King, dans les circonstances actuelles, et son retour subséquent devant Ta-kou avec une escadre russe serait de nature à produire un effet salutaire sur le gouvernement chinois. Le Cabinet de Pe-King est dominé entièrement aujourd'hui par le parti de la guerre à outrance, dirigé par trois individus : le nommé Sou ', directeur de la « Cour des
i Sou-Ghouen ; cf. ÏT. Cordicr. Hist, des Relat . T. p. iaii