‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 134 sur 271 · J- 27 novembre · texte numérisé non relu

J- 27 novembre

2. Né le 23 mai 1827 dans le Midlolhian ; depuis l'expédition de Chine, il a été lieutenant-gouverneur de l'île de Mai), gouverneur de \ icloria et du Cap ; il avait été créé baron en 1890 ; | à Londres, 20 juin iyoo. Il a écrit : Personal Narrative of Occurences during Lord Elgin' s second Embassy lu China, 1860... London, Murray, 1870, pet. in-8.

J'écris donc d'avance ces quelques lignes à Notre excellence afin qu'Elle puisse nous suivre dans noire marche.

C'esl le Simla, le plus grand navire de la Compagnie, qui nous transportera de Suez à Ceylan, en touchant à Aden et Poulo-Pinang [sic .

Agirez, je vous prie, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma liante considération.

Baron Gros.

Aden, le 1 1 mai 1860.

Le paquebot le Simla a quitté Suez, le 5 de ce mois, à 10 heures du soir, et, favorisé toujours par un temps calme, il vient de mouiller à Aden, à 10 heures du matin. Il en repartira ce soir et se rendra directement à la Pointe de Galle, dans l'île de Ceylan.

J'ai déjà l'ait connaître à Votre Excellence le personnel qui accompagne Lord Elgin, mais depuis notre passage à Alexandrie, un nouvel individu pour lequel toute la mission de S. M. Britannique montre une grande déférence, est venu se joindre à elle. C'est un correspondant du Times, M. Bowlhy, envoyé en Chine par l'administration de ce journal pour rendre compte des événements qui s'y préparent.

Nous n'avons trouvé ici aucune nouvelle importante de Chine.

Quelques lettres particulières disent seulement que Chousan et une autre île ont été occupées par les Alliés et l'on semblait croire et craindre, dans la marine et dans l'année, de voir les affaires s'arranger sans avoir recours à l'emploi des mesures coercitives.

agréez, etc.

Baron Gros.

Pointe de Galle, le a5 mai 18O0.

Monsieur i>e Ministre, Jusqu'à présent je n'avais eu à parler à Notre Excellence que

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des chances heureuses dans lesquelles s'effectuait notre voyage depuis notre départ de Marseille. Il n'en est malheureusement plus de même, et si j'ai aujourd'hui à lui annoncer vin naufrage, hien pénible pour nous, je dois lui dire ayant toute chose que personne n'a péri, cl que parmi les individus cpii composent les deux ambassades, française et anglaise, victimes de cet événement, aucun symptôme de découragement ne s'est manifesté.

Le Simla nous a conduits d'Aden à Pointe de Galle sur une mer toujours calme ou à peine ridée par de faibles brises favorables. Ce navire destiné à se rendre à Calcutta avait déposé à Pointe de Galle les passagers et les colis que le Malabar devait y prendre pour les transporter à Singapore et à Hong-Kong. Le gouverneur • de Ceylan, Sir Henry Ward, avait fait rendre aux ambassadeurs tous les honneurs d'usage et avait fait préparer dans l'hôtel du gouvernement des appartements pour Lord Elgin et pour moi.

Un peu avant le moment indiqué par l'administration des paquebots pour le départ du Malabar, tous les passagers étaient rendus à bord, et j'étais occupé à faire quelques derniers préparatifs dans ma cabine lorsque j'ai senti le navire, soulevé par les vagues, retomber avec violence sur des roches sous-marines, auprès desquelles il était imprudemment mouillé. Monté immédiatement sur le pont, j'y ai trouvé tout en alarme et en désordre. Soit que le bâtiment ait chassé sur son ancre, car il n'en avait qu'une de mouillée à l'avant, soit qu'en cherchant à appareiller il n'ait pas eu assez de pression dans ses chaudières pour mettre son hélice en mouvement, toujours est-il que dans une rafale assez forte il avait été porté sur les roches contre lesquelles il luisait alors sa coque de fer. 11 avait pu cependant sortir bientôt de cette position dangereuse et ne talonnait plus, mais le mal était irréparable : l'eau gagnait de tous côtés dans l'intérieur du bâtiment, et, malgré cela, si j'en crois quelques rapports qui m'ont été adressés, le capitaine voulait, à tout prix, prendre la mer dans l'espoir que les pompes, mises en jeu par la machine, contrebalanceraient du moins la voie d'eau qui s'était déclarée à bord. Heureusement l'avarie était considérable, le navire s'enfonçait à vue d'oeil, surtout par l'arrière et le capitaine après quelques minutes d'hésitation n'avait eu d'autre ressource que d'aller se jeter à toute vitesse, sur les hancs de sable qui sont au fond du port et que recouvrent des forets de cocotiers. La gravité du mal sauvait ainsi peut-être l'existence de l'équipage et des passagers.

Cukdu£k. — Expéd. de Chine, 1860. 10

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Pendant ces scènes émouvantes et avant la perte complète du navire, aucun secours ne nous avait été envoyé ni de la place ni des nombreux bâtiments anglais mouillés près de nous. Le capitaine et son triste équipage, composé" d'Indiens, de Malais et de Chinois, semblaient avoir perdu la tète; un seul bâtiment français, le Paul-Auguste de Dunkerque, capitaine Ch. Messemacher. se trouvait dans le port, et, à l'honneur de noire pavillon, il a été le seul qui ait eu la généreuse pensée de nous venir en aide. Lord Elgin en a été frappé et n'a eu que des paroles amères pour ses nationaux qui assistaient, sans s'émouvoir, au pénible spectacle qu'ils avaient sous les yeux.

Le Malabar était déjà jeté à la côte lorsque plusieurs embarcations du port sont arrivées auprès de lui. On a pu alors, et sans trop de confusion, faire conduire à terre, d'abord les femmes dont nous avons remarqué le calme et la résignation et ensuite les hommes et le peu d'effets qui se trouvaient dans les cabines delà dunette, où l'eau n'avait pas encore fait irruption. Quant à nos bagages, à nos papiers, à nos valeurs, tout était à fond de cale et sous l'eau depuis longtemps. Des barres d'argent pour une valeur de douze millions s'y trouvaient aussi, et jusqu'à présent du moins, c'est-à-dire depuis trois jours on n'a qu'un bien faible espoir de sauver ces richesses. Si un coup de vent avait lieu, le navire serait brisé et les caisses se trouveraient ensablées ou entraînées par les courants.

Lord Elgin n'a pas été plus heureux que moi, ses lettres de créance, ses pleins pouvoirs, ses effets, l'argenterie que la Couronne lui fournit pendant le cours de son ambassade, tout est sous l'eau. Les attachés de Lord Elgin, comme M. de Bastard. n'ont rien sauvé et le correspondant du Times ne possède plus aujourd'hui à terre que les vêtements qu'il portait au moment du sinistre.

Presque tous les passagers ayant quitté le bord, nous nous sommes embarqués, Lord Elgin et moi avec le personnel des deux missions, dans une chaloupe que le gouverneur venait de nous envoyer, et, par une pluie torrentielle et au milieu d'une foule vivement impressionnée, nous avons regagné l'hôtel du Gouvernement, que nous venions de quitter une heure auparavant au bruit des salves de l'artillerie des forts.

Notre première pensée à Lord Elgin et à moi en arrivant à terre a été de chercher le moyen de nous rendre le plus promptement possible en Chine. Un navire de guerre anglais, le Cyclops, entré dans le port, après le naufrage du Malabar, semblait pouvoir

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résoudre la question, mais le Cyclops est si petit qu'il ne peut pas absolument nous recevoir à bord, et sa marche est si lente qu'il ne fait jamais plus de trois à quatre milles à l'heure. C'est presque un bâtiment de servitude, chargé de faire des sondages et l'hydrographie de ces parages, il a donc fallu ne plus songer à lui pour effectuer notre voyage en Chine.

Une autre combinaison s'est présentée à l'esprit de Lord Elgin, mais j'ignore si elle pourra se réaliser. On attend ici, dans deux ou trois jours le paquebot qui de Hong-Kong transporte les malles à Bombay. Il s'agirait de demander à ce navire de retourner immédiatement à Hong-Kong avec les deux ambassades et le Cyclops transporterait alors à Bombay les malles de Hong- Kong. J'ai dit à Lord Elgin que dans ma position je n'avais d'autre parti à prendre que d'attendre ici le passage d'une nouvelle malle se rendant de Suez à Hong-kong et d'y prendre passage, mais que s'il trouvait un moyen d'arriver plus tôt en Chine, et qu'il me lut possible de me joindre à lui je saisirai cette occasion avec empressement, dans l'intérêt surtout de la mission qui nous est confiée.

Voilà, Monsieur le Ministre, où nous en sommes en ce moment et je crois qu'une décision pourra être prise avant que cette dépèche quitte Ceylan et, si cela est possible, un post-scriptum la fera connaître à Votre Excellence. Ce que je puis lui assurer, c'est, ainsi que je lui ai déjà dit, que pas un symptôme de découragement ne s'est fait remarquer dans le personnel des deux missions, et que ce qui domine même les regrets bien vifs que font naître chez elles des pertes matérielles considérables c'est le chagrin de perdre forcément un temps précieux qui aurait peut-être été employé utilement au service des intérêts politiques qui leur sont confiés.

J'aurai l'honneur d'envoyer à Votre Excellence une copie de La déclaration que je compte adresser à la Compagnie Orientale et Péninsulaire de navigation à vapeur, au sujet des valeurs, effets et objets que je lui avais confiés et que l'un de ses capitaines a si fatalement perdus dans un port, où avec un peu de prudence il eût été facile, dit-on, de prévenir un sinistre aussi fâcheux pour nous que ridicule et onéreux pour elle. Je ne crois pas avoir de droits à faire valoir contre la Compagnie; mais je liens à constater mes pertes et à établir mes droits sur les valeurs perdues, si, un sauvetage ayant lieu, ces valeurs, en argenterie, en bijoux el en numéraire étaient retirées de l'eau.

Quant à mes pleins pouvoirs, à mes lettres de créance el à mes

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labiés de chiffre, tout est irrévocablement perdu, même dans le cas où l'on finirait par les sortir de la mer. Une dépêche télégraphique a dû déjà parvenir à Voire Excellence pour lui demander un double de ces documents, ce qui ne m'empêcherait pas, s'il \ avait lieu, d'invoquer la bonne foi et la notoriété publique, si j'avais à négocier avec les autorités cbinoises avant d'avoir reçu les doubles des documents perdus dans le naufrage.

Lord Elgin a adressé la même demande au gouvernement de la Reine et par la même voie.

Agréez, Monsieur le Ministre, etc.

P. S. 26 mai 1860.

Le paquebot le Singapnre vient d'arriver avec la malle de Chine. Le commandant d'Aboville L est à bord, il se rend en Europe pour rétablir sa santé gravement altérée pendant son commandement de Canton.

Les affaires dans cette ville allaient assez bien ; mais au Nord, les Chinois faisaient des préparatifs de défense, le gouvernement ayant rejeté l'ultimatum des deux Ministres.

Lord Elgin a ouvert ici les dépêches de son frère à Lord John Russell, l'ultimatum de M. Bruce avait été rejeté, mais pas d'une manière absolue. M. Bruce connaissait la nomination de Lord Elgin et allait maintenir le statu quo jusqu'à son arrivée.

Le général Montauban était à Chang-IIaï, le général llope Grant à Hong-Kong.

Le sauvetage du Malabar a commencé hier, on a pu retirer de l'eau quelques caisses d'opium.

Le Sin(jaj>ore, à la requête de Lord Elgin va retourner à Hong- Kong avec les deux ambassades. Les bagages des deux missions \ seront envoyés sans être ouverts, si on peut les retirer de l'eau. Tout ce qui n'est donc pas argenterie ou numéraire sera perdu, c'est-à-dire complètement avarié. Le Sinrjnpore partira lundi à deux heures de l'après-midi.

L'impression produite ici par l'arrivée des dernières nouvelles de Chine n'est pas bonne. On semble croire que les opérations militaires ne pourront pas être entreprises cette année et l'on dit que tant que le prince mongol Seng-ko-lin-ts'in n'aura pas été battu par les Alliés, le parti de la résistance l'emportera à Petving.

1. Il fut remplacé comme commandant supérieur de Canton par le capitaine de vaisseau Coupvent-DesLois (avril 1860).

Jc donne ces nouvelles à Votre Excellence, mais sous toute réserve, les dépêches de M. de Bourboulon feront connaître d'ailleurs ce qu'elles peuvent avoir de vrai ou d'exagéré.

Lord Elgin est ému de ce qui nous arrive et inquiet de ce qui nous attend en Chine. « Si tout doit trainer en longueur, m'a-t-il dit, mieux vaut faire triompher les gens de Nan-King et en finir ainsi. Cette guerre est impopulaire chez nous et il faut qu'elle cesse celte année. » Je ne sais quelle importance il faut attacher à ces paroles, mais elles peuvent faire prévoir une éventualité sur laquelle j'ai besoin de connaître les vues du gouvernement de l'Empereur.

Le 27 mai 1860, Pointe de Galle1.

Lord Elgin a changé d'idée, il renonce à demander le Singapore pour aller à Hong-Kong et il attendra ici le passage du paquebot cpii a dû quitter Marseille le 12 de ce mois. Il veut ainsi, m'a-t-il dit, éviter une dépense de a5o mille livres sterling à la Compagnie Péninsulaire, et ne pas laisser sous l'eau ou mettre entre les mains des agents du sauvetage les instructions secrètes qu'il a reçues au dernier moment. Je répète ce qu'il m'a dit.

S'il ne survient pas de mauvais temps, pendant huit jours, nous pourrons probablement voir retirer de l'eau nos bagages et nos effets, mais pour la plupart absolument perdus.

Je dois dire à Votre Excellence, pour rendre hommage à la vérité que le navire anglais le Waverley a envové l'une de ses embarcations au secours du Malabar. On ne l'avait pas su dans le premier moment.

Pointe de dalle, le 5 juin 1860.

Monsieur le Ministre,

Le paquebot qui doit transporter en Chine les passagers du

Malabar vient d'arriver cl prendra la mer ce soir même. Je lais-

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