‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 135 sur 271 · I. Toute c^tte fin de lettre est de la main du baron (iros · texte numérisé non relu

I. Toute c^tte fin de lettre est de la main du baron (iros

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serai donc ici la courte dépêche que j'écris aujourd'hui à Votre Excellence, el qui, dans peu de jours, sera dirigée sur Aden el Marseille.

Quelques malles et quelques colis ont été retirés de l'eau et j'ai pu sauver jusqu'à présent, une partie de mon argenterie et boo piastres mexicaines, mais quatorze colis m'appartenant sont encore au fond de l'eau.

Mes lettres de créance mises sous fer blanc lutté, mais non soudé, sont entièrement détruites ; mes pleins pouvoirs et mes chiffres, bien qu'avariés, sont cependant lisibles et peuvent servir. Quant à mes papiers, à mes effets, à mes uniformes, tout est encore sous l'eau et peut-être ne pourra-t-on pas même les en retirer, attendu qu'une forte houle survenue la nuit dernière a déplacé le Malabar, maintenant entièrement coulé et peut-être détruit dans ses fonds. M. de Bastard, moins heureux que moi, n'a pu retirer de l'eau un seul de ses colis. Les attachés de l'ambassade anglaise sont à peu près dans la même position.

Je crois que nous devons considérer comme perdu tout ce que nous laissons forcément dans le Malabar, bien que j'ave confié mes intérêts à un agent anglais dont il faudra probablement ajouter les honoraires aux pertes que le sinistre du 22 mai nous occasionne.

La santé de toutes les personnes qui composent les deux missions ne se trouve heureusement altérée en aucune manière par les chaleurs accablantes et humides que nous avons à supporter et nous partons tous avec plaisir pour la Chine où de graves intérêts à faire prévaloir nous feront oublier les pénibles événements qui nous attendaient ici.

Agréez, etc.

P. S. Au moment où j'allais fermer cette dépêche le Weser mouille dans le port. Le Weser transporte en Chine quelques canonnières démontées.

Singapore, le i4 juin 1860.

Monsieur le Ministre,

Le paquebot de la Compagnie péninsulaire et orientale, le Pékin, a quitté Pointe de Galle le 5 de ce mois, et, après un heureux vovage, pendant lequel il a touché à Poulo Pinang pour

JOURNAL DE VOYAGE DU BARON GROS IQf)

y échanger les malles, il a mouillé en rade de Singapore le t3 de ce mois à midi.

Le naufrage du Malabar n'y était pas connu ; mais un retard de quinze jours, maintenant que l'emploi de la vapeur permet d'arriver pour ainsi dire à jour et à heure fixes, avait causé une vive inquiétude sur le sort des deux missions que l'on savait embarquées sur le Malabar.

La réception qui leur a été faite à Singapore n'en a été que plus vive et plus cordiale et le Gouverneur les a réunies hier au soir aux autorités de la ville dans un grand dîner qu'il a donné à l'hôtel du Gouvernement.

Les nouvelles de Chine que nous avons trouvées ici sont loin d'être favorables ; il me revient de tous côtés que les autorités chinoises persistent à dire qu'elles ne sont point en guerre avec la France et l'Angleterre, qu'elles sont prêtes à exécuter les traités de T'ien-Tsin, si on veut venir les ratifier à Pe-King sans employer la force et enfin qu'elles n'ont ni excuses à faire ni indemnité à donner pour avoir résisté avec succès à l'attaque des forts qui défendaient l'un des ports de l'Empire non ouvert au commerce étranger.

Selon quelques versions, le rejet de l'ultimatum présenté par M. Bruce serait conçu en termes peu convenables et presque dédaigneux ; selon d'autres, au contraire, ce document ne serait qu'un simple exposé des faits, rédigé, au point de vue chinois, avec autant d'habileté que de modération. Il doit être d'ailleurs depuis quelques jours entre les mains de Votre Excellence, et je me borne à lui faire connaître les rumeurs qui circulent à Singapore où les affaires de Chine sont suivies avec intérêt et non sans une certaine inquiétude.

L'un des bâtiments de l'escadre anglaise, sous les ordres de l'Amiral Hope, a été préparé pour recevoir Lord Elgin, et l'attend depuis i5jours, en rade de Hong-Kong. Aucune disposition de celte nature n'a été encore prise pour moi et je serai probablement obligé de me rendre de Hong-Kong à Chang-Haï, à bord d'un paquebot anglais, ou de prendre passage sur le Weser qui arrivera en même temps que nous à Hong-Kong et remontera dans le Nord.

Chang-Haï est le point où nous nous réunirons Lord Elgin et moi. C'est là que nous pourrons bien connaître l'état de choses qui existe en Chine, et où, après nous être entendus avec les . Commandants alliés et les Plénipotentiaires de France et d' Vngleterre, nous aurons à prendre telle détermination que les circonstances exigeront. Elles me paraissent d'ici, du moins, beaucoup

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plus graves qu'on ne semble les avoir jugées à Paris, el Lord Elgin qui crova"it avoir à rebrousser chemin à Aden, ou à Ceylan et qui se plaignait d'avoir trop de troupes avec lui parle de renforts à envoyer en Chine et s'effraye des lenteurs qu'il prévoit.

J'ai déjà appelé l'attention de Votre Excellence sur une éventualité dont Lord Elgin a parlé devant moi et sur laquelle je n'ai pu répondre que par quelques paroles évasives ; celle, où il vaudrait mieux, m'a-t-il dit, l'aire triompher la rébellion (pie de laisser se prolonger au delà de l'année l'étal de choses actuel. J'ai dit aussi à Votre Excellence que Lord Elgin avait laissé échapper de bien vifs regrets sur la perte de ses instructions secrètes, restées sous l'eau avec nos bagages. J'ai aujourd'hui à lui signaler un troisième fait analogue aux deux premiers. Je me borne à appeler sur eux l'attention de Votre Excellence. Lord Elgin ne laisse jamais tomber un mot dont il ne connaisse la portée.

L ne partie de la garnison qui composait la garde d'honneur qui attendait Lord Elgin et moi au débarcadère de Singaporc se composait de Sikhs, dont le costume pittoresque et la tenue vraiment martiale m'avaient singulièrement frappé et comme je le faisais remarquer à Lord Elgin. « Ce sont de braves gens, m'a-t-il dit, qui se sont enrôlée volontairement pour faire la campagne de Chine. On les retient ici malgré eux et ils sont fort mécontents, car ils espéraient bien piller un peu dans le Céleste Empire, or. à la tournure que prennent les affaires je n'hésiterais pas à les faire arriver en Chine, si je savais que votre Gouvernement n'y lit aucune objection. Qu'en dites vous? » Cette question, un peu trop nette, à laquelle rien ne m'avait préparé, et qui m'apprenait (pie les deux cabinets de Paris et de Londres n'avaient pas été toujours d'accord sur le nombre de troupes à envoyer de part et d'autre en Chine, ne pouvait recevoir qu'une réponse motivée sur le désir aussi vivement senti en Erance qu'en Angleterre de voir cesser promptement la déplorable situation créée en Chine par les événements de Ta-Kou. « Plus nos moyens d'action seront puissants, ai-je répondu à Lord Elgin, plus nos paroles auront de poids, et. si j'avais des renforts à envoyer, je ne les laisserais pas dans l'inaction. »

Aucune suite n'a été donnée à ce court entretien, mais je ne doute pas que les huit cents hommes, qui composent le beau régiment sikh qui se trouve ici, ne nous rejoigne bientôt dans le nord de la Chine. Le Pékin part ce soir, à deux heures, pour Hong-kong, d'où sera datée probablement ma première lettre.

Agréez, etc.

Hong-Kong, le 23 juin 1860.

Je n'ai que le temps d'annoncer à Votre Excellence l'heureuse arrivée à Hong-Kong des deux missions embarquées sur le Pékin après le naufrage du Malabar. La malle qui part pour l'Europe appareille cette nuit, et Lord Elgin n'a pas l'intention de la retenir pendant vingt-quatre heures, comme il en a le droit.

La frégate, la Némésis, qui porte le pavillon de M. l'amiral Page, est en rade ; et le Saigon, que l'amiral Chaîner a mis à ma disposition pour remonter à Chang-Haï, où le ])u Chayla est préparé pour recevoir la mission extraordinaire de France, s'y trouve aussi. Enfin le Feroze, navire à vapeur de la marine des Indes, est prêt à recevoir l'ambassade d'Angleterre à bord, et, sans perdre un moment, nous allons, Lord Elgin et moi, remonter à Chang-Haï, où les Commandants en chef attendent notre arrivée pour agir sous une direction qu'ils semblent heureux d'avoir à réclamer.

Quelques lettres de Chang-Haï annoncent de moins mauvaises dispositions à notre égard de la part des autorités chinoises ; mais au moment où tous les rebelles menacent assez sérieusement la ville pour que le vice-roi ait demandé aux Alliés de lui prêter main forte contre eux, le langage conciliant qu'elles tiennent n'est-il pas motivé par les événements du jour et ne changerait-il pas de nature au moment où le danger cesserait , ? Tout le monde ici est porté à le croire, et les renseignements qui arrivent à l'intérieur du pays confirment que le Gouvernement chinois se prépare à se défendre avec vigueur et résistera tant qu'un échec éclatant subi par lui n'aura pas fait disparaître le prestige qu'a donné aux armes de l'Empereur l'affaire de Ta-Kou, si désastreuse pour le pavillon de l'Angleterre.

Il nie revient de tous côtés que depuis l'attitude si hostile pour nous que la presse anglaise a prise depuis la question de l'annexion de la Savoie, une froideur assez marquée existe entre les officiers des forces alliées ; chacun semble agir un peu de son eùlé; mais j'espère que l'arrivée des deux ambassadeurs qui, jusqu'à présent du moins, oui conservé entre eux les relations les

plus cordiales, fera disparaître bien des méfiances, exagérées sans doute, mais donl il est impossible do ne pas tenir compte- Une lettre de M. le général de Montauban m'annonce que les troupes alliées ont [iris position dans le IV Trbe-li, au nord et au sud du Pei-ho et sont établies sur des points parfaitement choisis pour commencer les opérations à entreprendre dans le cas où il conviendrait « aux ambassadeurs que les alliés s'emparassent des forts de Ta-Kou ».

Les Commandants en chef semblent s'applaudir de ne pas avoir été à même d'agir encore et d'avoir eu le temps de laisser aux négociateurs, envoyés d'Europe, l'initiative des opérations qui vont être entreprises dans le Nord, si un arrangement à l'amiable n'avait pas lieu.

Ce fait dénote une situation plus grave qu'elle ne paraissait l'être au gouvernement de l'Empereur, au moment où j'ai quitté Paris.

Veréez, etc.

CHAPITRÉ \IY

CONCENTRATION DES TROUPES. — ARRIVÉE DU BARON GROS ET DE LORD ELGIN A CHANG-HAI.

CONFÉRENCE A HONG-KONG, 20 MAI l86o.

Le 20 mai, à Hong-Kong, dans nne conférence entre les chefs militaires, Tche-fon, sur la cote du Chan-Toung, à la suite d'une exploration de l'amiral Protêt, et Ta-lien wan, dans la presqu'île du Liao-Toung, furent choisis comme bases française et anglaise avant l'attaque de Ta-Kou :

« Les Commandants en chef français occuperaient Tche-fou quand et comme ils le voudraient ; l'armée anglaise, renonçant à occuper cette position, serait réunie dans le nord, du 10 au 1 5 juin, à Ta-lien wan, près de la pointe méridionale du Liao- Toung, à vingt lieues de l'autre côté du golfe ' . »

Tche-fou, ou plutôt Yen-t'aï, devant être le point de concentration des forces françaises, dès le iPr juin, le général de Montauban organisa un premier départ sous les ordres de l'amiral Protêt, avec le général Jamin, chargé du commandement de l'expédition, à bord de Y Entreprenante; le 8, les troupes débarquèrent sans difficulté à Tche-fou : le reste du corps expéditionnaire fut échelonné vers ce port pendant le mois de juin et le commencement du mois de juillet.

i. Pallu, Relat. d<' l'Exp. de Chine, p. '>- .

m i'| ( ONCENTR V.TIOIS I >i:s TROI l'I'.S

La concentration anglaise s'était opérée presque en entier,

en face de llong-kong, dans la péninsule de kao-loung; les forces comprenaient i3 116 hommes dont r ooo cavaliers environ ; au i8r juin, toute l'armée anglaise étail en route pour le golfe du Tche-li.

CONFÉRENCE A. CHANG HAÏ, 1 8 JUIN l8ÔO.

Le général Grant et l'amiral llope arrivèrent à Chang Haï le 16 juin pour s'entendre avec le général de Monlaubau et l'amiral Charner sur l'époque de débarquement aux environs de Ta-Kou ; le 18 juin, les quatre chefs se réunirent au consulat général de France et le procès verbal réglant les opé rations fut adopté :

« Les deux corps expéditionnaires s'étant rendus, chacun de leur côté, à leur poste de rassemblement et s'y étant constitués, le général Montauban, avec les forces françaises, irait débarquer dans les environs de Chi-kau, tandis que Sir llope Grant débarquerait sur la rive gauche du Pe-t'ang IIo ; ces deux points pouvant être d'ailleurs modifiés par suite de nouvelles reconnaissances qui seraient faites par la marine.

« Le double débarquement aurait lieu le io juillet, ou à une date postérieure, aussi rapprochée que possible.

« Dix jours avant l'époque qui serait ultérieurement fixée, on se concerterait définitivement pour assigner aux Hottes un rendezvous tel, que les deux drapeaux parussent en même temps devant les forts du Pei-ho '.

« Une commission composée du consul de chaque nation ou d'un açent consulaire, d'un officier de la marine anglaise et d'un officier de la marine française désignés par les amiraux llope et Charner, de deux mandarins choisis par le tao-t'aï de Chang-Haï, serait chargée de l'exploration des jonques étrangères au pays et armées en guerre, qui inquiétaient la population et menaçaient

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