‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 138 sur 271 · II. Cordier, Hist. des relat., I, p. 4<). note · texte numérisé non relu

II. Cordier, Hist. des relat., I, p. 4<). note

3. Lettre de Ivleczkowski au baron Gros, Chang-IIai, 29 juin 1SG0. \. Chang-Haï, 28 juin 18G0.

ao6 CONCENTRATION DES TROl t»ES

actuellemenl désespérée : il parait en effet certain qu'un décret ordonnant sa dégradation el son arrestation pour l'envoyer prisonnier à Pe-Kirig est arrivé ici il \ a déjà quelques jours; mais comme cet ordre était adressé au gouverneur de la Province qui a péri dans les événements de Sou-tcheou, il ne s'est pas trouvé jusqu'ici d'autorité compétente pour le mettre à exécution, Cela ne rend pas la position de Ho meilleure ; car, arrêté ou non, il ne lui reste d'autre parti que d'aller rendre compte de sa conduite à Pe-King, et cette conduite, au dire des Chinois euxmêmes, a été des plus lâches. -- Au point de vue des affaires, c'est à tout prendre un embarras de moins que la disparition de la scène d'un Commissaire Impérial à Chang-Haï ; on annonce, il est vrai, que ses pouvoirs seraient dévolus «à Sié qui n'était jusqu'ici que Commissaire adjoint ; mais il n'est pas à supposer que les Ambassadeurs, à leur arrivée ici, consentiraient en aucun cas à entrer en pourparlers avec un Commissaire Impérial d'un rang aussi inférieur.

... Le môme Ho m'a adressé [une communication] au sujet du rétablissement d'une Douane chinoise à Macao, en contestant le droit de souveraineté du Portugal sur cette colonie. J'ai cru devoir, tout en déclinant une réponse ollicielle à ce sujet, prendre occasion de cette démarche, évidemment inspirée au Surintendant N général des Douanes chinoises par son conseiller et délégué anglais (M. Lay), pour lui manifester le vif intérêt que nous portions au Portugal, et lui suggérer, comme le seul moyen de régler ce qui pouvait laisser à désirer dans les rapports de la Chine avec ce royaume, des négociations formelles, un traité, pour lesquels le gouverneur de Macao était déjà muni des pleins pouvoirs de son gouvernement. Ce qui pouvait donner plus d'opportunité à cette démarche verbale en favcur'du Portugal, c'est la présence ici de M. Guimaràes (se rendant au Japon pour y conclure également un traité) auquel elle a fourni l'occasion d'écrire à Ho une lettre dans ce sens. V. E. comprendra du reste que, ce Commissaire Impérial se trouvant aujourd'hui écarté, ce que je viens de lui rapporter n'a probablement d'autre valeur tpie d'avoir donné au Plénipotentiaire Portugais une preuve de notre bon vouloir et d'avoir marqué, à tout événement, notre initiative dans cette affaire.

Depuis ce que j'ai eu l'honneur de vous mander par ma dernière dépèche, M. le Ministre, concernant le général Ignatiev, j'ai eu naturellement occasion de faire personnellement connaissance avec ce nouveau collègue et je dois dire que tout ce que

DllTICLLTÉS DE HO 20"

j'ai rencontré en lui a confirmé et au delà, les bonnes impressions que son accueil et sa conversation avaient dès le premier abord produit sur mon premier secrétaire de légation. Si, dans l'extrême cordialité avec laquelle le Général m'a témoigné ses sympathies pour la France, il faut mettre quelque ebose sur le compte de la courtoisie et de l'avenante diplomatie en quelque sorte naturelles aux Russes de la classe à laquelle il appartient, rien ne me parait devoir faire suspecter la franchise communicative avec laquelle il s'est exprimé sur les affaires de Cbine, et l'empressement exempt de tout embarras qu'il a mis, — et cela du reste également vis-à-vis de mon collègue d'Angleterre, — à répondre à toutes mes questions. Le temps me manque, M. le Ministre, pour résumer ici, comme je le voudrais, la substance des intéressantes informations cjue m'a données, à plusieurs reprises, le général Ignatiev ; je me bornerai donc, pour le moment, à en rapportera V. E. une opinion que le général m'a exprimée spontanément et qui me parait de la plus grande importance par rapport à la position actuelle des choses : « Parmi tous les gou- « vernements de l'Asie centrale avçc lesquels les circonstances « l'ont mis en rapport, M. Ignatiev n'a rien trouvé qui égale la « fourberie, la duplicité, le manque total de foi dans l'exécution « de ses engagements, qu'il a éprouvés ou qu'il a été à même (( d'observer de la part du Cabinet de Pe-King pendant le séjour « de dix mois qu'il vient de faire dans cette capitale », et il en est parti avec cette conviction qu'il n'y a qu'une rude leçon infligée par les armes qui puisse amener ce gouvernement infatué et invétéré dans le mensonge, à renoncer à son vieux système et à admettre avec les Puissances européennes des relations d'égal à égal et franchement amicales telles qu'elles sont en usage entre nations civilisées.

V. E. me permettra toutefois de ne lui donner ce qui précède que comme une opinion émise dans une conversation toute confidentielle dont je ne voudrais pas que le général Ignatiev put me reprocher d'avoir abusé en lui donnant un caractère officiel. Ce diplomate m'a d'ailleurs fait connaître ollieiellement l'attitude qui lui était prescrite par son gouvernement et les motifs de sa présence à Chang-Raï dans les circonstances actuelles, dans une note dont j'ai l'bonneur de transmettre çi-joint copie à V. E., accompagnée de la réponse que j'ai cru devoir faire à cette communication.

Veuillez agréer, etc.

(Sig.) A. BoURBOt LON.

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