TA-KOU
alliés ont débarqué et pris possession de Pe-T'ang sans éprouver la moindre résistance.
Le L\, un corps de cinq mille cavaliers tartares, à pou près, s'est approché de la ville, et une sortie, opérée le lendemain matin, les a forcés à rentrer dans leur camp, après avoir échangé quelques coups de feu.
'Le 12, une colonne de 8000 hommes, Anglais et Français, est allée attaquer le camp tartare et l'a enlevé bientôt, les cavaliers avant pris la fuite, après avoir tenu quelque temps. La colonne s'est emparée ensuite du village de Sin-ho ou Sin-kao, où l'on a trouvé des documents curieux sur les événements du jour, — documents que je pourrai bientôt envoyer à Votre Excellence. On a pu reconnaître ensuite que la défense par terre avait été parfaitement organisée et que les Chinois, bien instruits de nos projets d'attaque, avaient mis à profit, et avec intelligence, le temps que de regrettables lenteurs leur avaient donné.
Le i4- une attaque combinée a eu lieu sur le premier fort, le plus éloigné de l'embouchure de la rivière, sur la rive gauche. Elle a été couronnée d'un plein succès et le général de Montauban voulait profiter de l'élan de nos troupes et du découragement des Tartares pour attaquer immédiatement les autres forts de la même rive, forts qui eussent été enlevés, sans aucun doute ; mais le général Grant n'y a pas consenti, il a demandé quatre jours de repos pour ses troupes et a manifesté l'intention de jeter un pont sur la rivière, à G milles au-dessus de Ta-lvou, ce qui aurait coûté au moins huit jours de travail.
Le i5, le gouverneur général du Pe Tche-li m'a adressé sa première dépèche et depuis lors une correspondance directe et assez active s'est établie entre nous.
Le 18, le général Grant hésitait encore et ne voulait rien entreprendre avant que le pont ne fut jeté sur lePeï-ho et qu'il n'eut assuré à son armée des vivres pour dix jours. C'est alors que le général de Monlauban. désolé de tous ces retards, a déclaré au général anglais qu'il allait faire passer, dans des jonques, 3oo hommes sur la rive droite. Ces hommes, sous le commandement du colonel du génie Livet, ont franchi la rivière et se sont emparés du grand village dans lequel ils débarquaient, ils ont attaqué ensuite un camp retranché défendu par 1 5oo Tartares et se seraient trouvés un instant compromis sans le secours qui leur a été envoyé immédiatement. C'est le 2e bataillon de chasseurs à pied qui, passant sur des jonques, a repris l'offensive et mis en fuite les Tartares, dont le camp a été enlevé. Nous
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avions dès lors, et sans besoin de pont, une admirable position sur la rive droite et le général Jamin en prenait le commandement. Ce coup de main, aussi beureusement exécuté que hardiment conçu, a dû modifier sans doute les idées de nos Alliés. Enfin, le 21, les troupes françaises et anglaises se portaient en force sur les fortifications de la rive gauche et après une canonnade, qui a duré pendant trois heures et pendant laquelle nous avons vu deux épouvantables explosions miner une partie de la défense, nous avons aperçu le fort le plus éloigné du rivage se couronner de monde et le drapeau français y flotter bien longtemps seul. A 9 heures du matin, le feu avait cessé, les forts cbinois amenaient les innombrables bannières qu'ils avaient arborées sur les deux rives et ceux du Nord (rive gauche) se couvraient de drapeaux blancs.
Le 22, au matin, nous apprenions avec joie que nous étions maîtres de tous les forts. Le gouverneur du Pe Tche-li écrivait à Lord Elgin et à moi que « nos troupes, ayant fait preuve d'une grande habileté dans l'art de la guerre, Vannée chinoise s'avouait vaincue » ; que dès lors les hostilités devaient cesser ; on nous annonçait en même temps que deux nouveaux Commissaires impériaux allaient arriver à T'ien-Tsin pour nous conduire à Pe-Ring y procéder à l'échange des ratifications du traité et résoudre les questions posées dans l'ultimatum du mois de mars dernier.
Je ne connais pas encore nos pertes ni celles de l'ennemi, mais la résistance a été opiniâtre et les Chinois ont montré une bravoure dont on ne les croyait pas capables. Un des généraux en chef tartare, nommé Sou, je crois, a été tué dans le premier fort.
J'envoie à Votre Excellence une copie de toute la correspondance que j'ai échangée avec les autorités chinoises du Tche-li. Je ferais presque un double emploi, si je joignais à cette dépêche une copie de la correspondance de Lord Elgin avec ces mêmes autorités. Le fond est le même clans les dépèches de Lord Elgin et dans les miennes, mais Lord Elgin a été moins explicite que moi. J'ai cru bien faire en posant nettement la question et en déclarant, à plusieurs reprises, aux autorités chinoises, que, lorsque les forts de Ta-Rou seraient enlevés, la rivière rendue libre et T'ien-Tsin occupé par nous, les opérations militaires pourraient être suspendues, et qu'à T'ien-Tsin seulement, elles seraient abandonnées si des Commissaires venaient accorder à la France toutes les satisfactions qu'elle a demandées par l'ultimatum du mois de mars et donner des garanties pour l'avenir.