‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 204 sur 271 · RUPTURE DES NÉGOCIATIONS · texte numérisé non relu

RUPTURE DES NÉGOCIATIONS

C'était trop beau ! hélas ! tout était à recommencer ! Jour avait été pris pour signer la convention, lorsqu'on s'aperçut que Koueï-liang n'était pas muni de pleins pouvoirs. M. de Bastard, accompagné des interprètes, l'abbé Delamarre et M. de Méritens, connut de Heng-k1! la vérité ; Koueï-liang promettait d'écrire le jour môme à Pe-King (7 septembre) pour obtenir l'envoi des pleins pouvoirs ; il était trop tard ; la fourberie était trop évidente: elle avait eu pour but de retarder la marche des Alliés sur la capitale et de laisser à Seng-ko-lin-ts'in le temps de concentrer ses troupes pour barrer la route ; les Commandants en chef allaient reprendre leur liberté d'action.

LETTRE DE M. DE BASTARD AU BARON GROS, 7 SEPTEMBRE l86o.

T'ien-Tsin, 7 Septembre 1860.

Monsieur le Baron,

Conformément aux ordres de Votre Excellence, je me suis rendu, ce matin, avec M. l'abbé Delamarre et M. de Méritens, interprètes de ['ambassade, auprès tic Heng Iv'i, vice-commissaire impérial, qui a accompagné à T'ien-Tsin les deuv Hauts Commissaires kouei-l/îam: et IleniJ Fou. Je lui ai l'ail deman-

der s'il était vrai, comme le bruit eu avait couru hier soir.

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bruit auquel, lui ai-je dit, vous refusiez de croire jusqu'à plus ample informé, que K.oueï-Liàng n'étail pas muni de pleins pouvoirs, \pirs plusieurs réponses évasives, Heng l\'i a avoué que Koueï-Liang étail seulement muni du sceau impérial, mais qu'il, lui K.ouei-Liang, écrirail aujourd'hui même à Pe-King pour v demander ses pleins pouvoirs. Vprès avoir lait observer à Heng-K'i que les actes scellés du sceau impérial n'étaient pas par cela même obligatoires, je ne lui ai pas dissimulé, qu'après l'aveu tardif qu'il venait de faire, il était bien établi que Koueï- Liang, en vous donnant, Monsieur le Baron, par sa dépêche <lu 3 de ce mois, l'assurance que les Hauts Commissaires impériaux étaienl pleinement et duement autorisés à traiter avec les ambassadeurs de France et d'Angleterre, Koueï-Liang, dis-je, avait altéré la vérité de la façon la plus évidente. J'ai terminé mon entretien avec Heng-K'i en lui faisant part de votre intention formelle, les cboses étant dans cet état, d'inviter les Commandants de forces de terre et de mer à activer leurs opérations sans perdre un instant.

J'ai été ensuite au Yamen habité par Koueï-Liang, avec Heng-K'i visiblement ému de l'entrevue qu'il avait eue avec moi. Ce n'est pas sans quelque dilliculté (pie j'ai pu parvenir jusqu'à koueï-Liang. Ce vieillard m'a paru dans un grand étal de faiblesse de corps, simulé ou non je l'ignore. Le mot de mise en scène, pardonnez-moi l'expression, Monsieur le Baron, est le seul (jue je sacbe trouver pour rendre la manière dont il s'e>l présenté à moi. Les questions posées à Heng-K'i ont. été faites à Koueï-Liang, et Koueï-Liang a répondu dans le même sens, si ce n'est dans les mêmes termes que Heng-K'i. « 11 n'a pas de pleins pouvoirs, mais il promet d'écrire à Pe-King pour en demander. » Je n'ai pas manqué de répéter que l'invitation, que vous comptiez adresser aux commandants des forces militaires, était imminente, et que, dès lors, les affaires, remises exclusivement entre leurs mains, mais ralenties de fait un moment par bienveillance pour le gouvernement chinois, allaient être reprises avec vigueur.

Tel est, Monsieur le Baron, le résumé bien succinct, mais exact, de l'entretien assez court que j'ai eu avec Kouei-Liang et Heng-K'i.

Je suis. etc. (Sig.) Léon de Bvstard.

Le baron Gros, indigné, écrit aux Commissaires impériaux qu'il retire -es propositions et qu'il ne recevra aucune conv

LE BARON GROS AUX COMMANDANTS EN CHEF OOl

munication avant d'être arrivé à T'oung-tcheou, près de Pe-king :

LE BAROX GROS AUX COMMISSAIRES IMPERIAUX

T'îen-Tsin, le 7 septembre 18O0.

Le Soussigné, etc., vient d'apprendre avec plus de chagrin rpie de surprise cpie les Hauts Commissaires Impériaux, en lui annonçant officiellement que Roueï-Liang avait reçu de S. M. l'Empereur les pleins pouvoirs nécessaires pour terminer à l'amiable le différend qui existe entre la Chine et les deux puissances alliées avaient avancé un l'ait contraire à la vérité et cpie par conséquent les négociations à l'amiable qui ont été entamées et presque conclues d'une manière satisfaisante n'avaient rien de sérieu \ .

Dans cet état de choses, le Soussigné retire dès à présent les propositions qu'il avait présentées et que les Commissaires avaient déclaré accepter, propositions que le Soussigné se réserve le droit de rendre plus sévères pour le Gouvernement chinois, si à T'oung-tcheou, où il va se rendre avec l'armée, les négocialions peuvent être reprises avec des Commissaires Impériaux, munis de pleins pouvoirs nécessaires.

Le Soussigné ne recevra donc aucune communication des autorités chinoises relatives aux négociations actuelles, avant son arrivée à T'oung-tcheou près de Pe-king.

Je saisis, etc.

Pour copie conforme à la traduction française,

(Sig.) I5IJI1 Gros.

En même temps, les Ambassadeurs prévenaient les généraux et les amiraux de la rupture des négociations qu'ils ne reprendraient qu'à T'oung-tcheou :

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