I.E BAROV GROS A M. TIIOUVENEL, 8 SEPTEMBRE l86o
T'ien-Tsin, le 8 septembre 18O0.
Monsieur le Ministre,
Je devrais peut-être ne pas envoyer à Votre Excellence la dépèche que j'avais préparée d'avance, il y a deux jours, bien convaincu que tout était terminé d'une manière favorable et que ma dépêche serait datée de Pe-Ring, mais je n'ai pas le temps de la fondre dans la lettre que j'écris aujourd'hui à \ otre Excel-
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lence pour lui parler de l'une de ces inconcevables fourberies qui ne peuvent se rencontrer que cbez les races asiatiques et particulièrement chez le peuple chinois et qui, depuis hier, est venue déjouer mes calculs, sans détruire cependant mes espérances. — J'envoie donc aujourd'hui à Votre Excellence deux dépêches, mais je dois lui dire que le succès de ma mission me paraît assuré, et si un retard momentané est à constater aujourd'hui, ce succès n'en sera plus tard que mieux établi et plus complet.
Nous avions pris jour déjà pour signer la Convention de T'ien-Tsin, négociée à l'amiable et confidentiellement pour tout finir dans une seule séance, lorsque nous avons demandé aux secrétaires chinois que, la veille et pendant les visites d'étiquette, les Plénipotentiaires se communiquassent respectivement leurs pleins pouvoirs. Lorsque l'on a parlé aux secrétaires chinois de cette formalité à remplir, un embarras visible s'est manifesté parmi eux et, pressés de questions, ils ont déclaré que Kouei- Liang, le premier dignitaire de l'Empire, nous avait trompés lorsqu'il nous avait dit qu'il avait des pleins pouvoirs ; qu'il ne pouvait traiter avec nous quad référendum, et qu'il allait envoyer notre Convention à Pe-lving : que nous aurions alors à attendre chaque réponse du Gouvernement chinois, mais que Koueï-Liang allait demander que les pouvoirs nécessaires lui fussent envoyés. J'ai voulu constater le fait, auquel, je l'avoue, j'avais delà peine à croire, et le 7 de ce mois, à 8 heures du matin, j'ai prié M. de Bastard de voir les secrétaires chinois et Koueï-Liang lui-même, s'il le fallait, pour éclairer cette question importante. Votre Excellence trouvera ci-joint le rapport que M. de Bastard m'a adressé.
Lord Elgin a agi de son côté comme j'avais agi du mien et nous avons acquis, l'un et l'autre, la certitude que Koueï-Liang nous avait trompés, de la manière la plus formelle.
J'ai écrit immédiatement à ce haut fonctionnaire la dépècbe dont je joins ici une copie, et d'accord avec Lord Elgin, il a été résolu que les forces alliées allaient mareber sur ï'oung-tcbeou ' , grande ville située à quatre lieues avant d'arriver à Pe-King, et que là seulement, et avant de menacer la capitale de plus près, nous écouterions encore une dernière fois les Commissaires impériaux, qui nous seraient envoyés pour traiter avec nous, mais qui devraient être munis cette fois de pleins pouvoirs réels. Nous avons, en même temps, écrit aux Commandants en chef des forces de terre et de mer pour leur faire connaître le nouvel