‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 223 sur 271 · NÉGOCIATIONS STÉRILES; 23 SEPTEMBRE-3 OCTOBRE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS STÉRILES; 23 SEPTEMBRE-3 OCTOBRE

Le 20 septembre, le prince Koung écrivait aux Ambassadeurs que les étrangers pris à T'oung-tcheou étaient dans la capitale et bien traités, mais qu'il n'était pas possible de les rendre, la paix n'ayant pas encore été conclue.

LE PKINCE K.OUNG Al BARON GROS

Le 23 septembre 1860.

Le Prince K.oung, delà Dynastie Ta-Ts'ing, Haut Commissaire Impérial, t'ait la Communication suivante :

Pour répondre à la dépêche que je viens de recevoir de V. E. et dans laquelle Elle requiert les officiers de son noble Empire qui ne sont pas encore revenus dans leur camp, d'y retourner sans délai, j'ai à dire à V. E. après avoir examiné cette affaire, que ces officiers s'étanf rendus à T'oung-tcheou pour y discuter avec les anciens Commissaires impériaux, le Prince de I et son collègue, les huit articles qui avaient été présentés et qui avaient été acceptés, ce qui, nous le supposons, a dû satisfaire >■ . E., il ne restait plus à traiter que la question de la remise entre les mains de l'Empereur de la lettre de Votre Noble Empire, et que, cette question n'étant pas encore résolue d'une manière satisfaisante, les officiers dont il s'agit se sont formalisés et ont quitté la ville ; mais sur la route ils ont rencontré les deux armées qui en étaient venues aux mains et ils ont été dispersés et pris dans la mêlée, ce qui ne prouve pas que la Chine veuille se refuser au rétablissement de la paix. \ujourd'bui ces officiers sont dans la capitale où ils n'ont pas été maltraités, mais, comme la paix

33/j NÉGOl i \ i IONS STÉRILES

n'est pas rétablie, il n'est pas possible de les renvoyer en ce moment. Puisque la ville de T'ien-tsin et les forts de Ïa-Kou ont été pris par vos troupes et n'ont pas encore été évacués, que peut vous faire l'absence de quelques officiers de votre noble Empire.

Si les deux nations en viennent à conclure la paix, si les hostilités cessent, et si vos navires de guerre sortent de la rivière de Ïa-Kou, lorsque nous aurons disenté et arrêté ebacun des articles proposés, nous vous renverrons ces olliciers, après avoir constaté leur identité, afin de compléter celte paix. Quant à la lettre que V. E. a adressée à ces individus, comme les hostilités n'ont pas été suspendues, il y aurait quelques inconvénients à la leur remettre, et ce ne pourra être qu'après le départ des armées que nous la leur ferons parvenir.

Cette importante communication est adressée à S. E. le B°" Gros, etc., etc.

Le 25, le baron Gros répondait au Prince que sa lettre ne faisait que rendre encore plus grave la situation dans laquelle le Gouvernement chinois s'était placé ; que les étrangers retenus dans la capitale avaient été faits prisonniers contre le droit des gens ; que le Gouvernement chinois avait trois jours pour donner une réponse satisfaisante aux demandes des Alliés, et que passé ce délai, les Commandants en chef étaient invités à prendre les mesures nécessaires pour s'installer dans la capitale de l'Empire.

LE BAROX GROS AI l'RINCE KOUNG

Pa li-K'iao, le 20 sept. 18O0.

Le Soussigné a reçu la dépêche que S. A. I. le prince Koung lui a fait l'honneur de lui écrire le 28 de ce mois, et qui semble devoir aggraver encore, si c'est possible, la position dans laquelle s'est placé le Gouvernement cbinois. Si celui-ci, mû par un de ces sentiments d'honneur et d'équité qui se produisent chez les nations civilisées, eût renvoyé immédiatement dans les camps des Alliés les individus qui, en violation du droit des gens et des principes de l'honneur, ont été détenus alors que, se confiant à la parole des Commissaires impériaux, ils revenaient de T'oung-

LE BARON GUOS AU PKINCE K.OUNG 335

tcheou, où ils avaient été reçus comme parlementaires, la paix aurait été signée dans peu de jours, et le pays n'aurait plus à souffrir des maux que la guerre entraîne nécessairement avec elle.

Les Commandants alliés ont pris, les armes à la main, bien des soldats tartares, et leur ont rendu la liberté. Quant aux blessés ennemis, relevés sur le champ de bataille, ils sont dans nos hôpitaux, où ils reçoivent les mêmes soins que nous donnons à nos soldats. Que le Gouvernement chinois compare sa conduite à la nôtre, peut-être sera-t-il honteux de celle qu'il a tenue.

Le Soussigné ne croit pouvoir mieux faire, pour répondre à la dépêche du prince Roung, que de lui envoyer celle qu'il avait écrite au Commissaire impérial, prince Tsaï I tsin, et qu'il allait lui faire parvenir lorsque le prince Roung a adressé au Soussigné sa communication du 21 de ce mois. Le Soussigné donne aujourd'hui à cette ancienne dépêche toute la valeur qu'elle avait, et il l'adresse au prince Roung, en le priant seulement de vouloir bien substituer son nom à celui du Commissaire impérial Tsaï.

Le Soussigné ne peut croire que Son Altesse approuve la conduite déloyale tenue par quelques autorités chinoises qui semblent vouloir pousser la dynastie à sa perte, et il demande à Son Altesse Impériale de prévenir les malheurs qui peuvent encore arriver. Qu'il renvoie immédiatement les Français et les anglais qui sont détenus par le Gouvernement chinois contre l'équité et le droit des gens, et qu'il les renvoie aux Commandants en chef alliés qui ont rendu à la liberté des prisonniers que le sort des armes a fait tomber loyalement entre leurs mains. Que les conférences s'ouvrent à ï'oung-tcheou, qu'une convention de paix y soit signée, que l'échange des ratifications des traités de i858 se fasse à Pe-Ring, comme tout cela a été convenu avant la trahison du 18 de ce mois, el les troupes françaises ne feront plus un pas en avant : elles s'éloigneront, au contraire, des abords de la capitale dès que tout sera terminé et signé dans Pe-Ring.

Le Soussigné croit devoir déclarer formellement à Son Altesse impériale et aux membres du Grand Conseil de l'Empire, que le Gouvernement français veut le maintien de la dynastie actuelle sur le trône impérial, qu'il verrait avec chagrin la ruine de la capitale, qu'il veut que la paix se rétablisse entre les deux empires; mais que si par des refus qu'un fatal aveuglemenl pourrait seul expliquer ou que par un manque de loyauté dont il n'a donné que trop d'exemples, le Gouvernement chinois rejetait les justes demandes des deux puissances alliées, le sort des armes en déciderait.

Le Gouvernement chinois ne «loi! pas oublier que, jusqu'à présent, ce sort lui a été contraire, et le Soussigné croit être l>ienveillant en l'assurant que la guerre sérail encore bien plus fatale pour le Céleste Empire qu'elle ne l'a été jusqu'à présent, si, comme il ne tienl qu'à elle <le le faire, Son Altesse Impériale nedonnait au Soussigné la possibilité <le suspendre les hostilités.

Le Soussigné attendra la réponse de Son Altesse Impériale peu dant les trois jours qui suivront la date de cette dépêche. Si le Gouvernement chinois accepte les propositions qu'elle contient, dès que tout aura été terminé à T'oung-tcheou et à Pe-King, l'armée française se retirera à T'ien-tsin, où elle devra hiverner, parce que la mauvaise foi du Gouvernement chinois cl les retards qu'elle a fait naître rendent bien dilTicile maintenant le départ des troupes alliées avant l'hiver. Le Gouvernement chinois doit subir la peine de ses fautes.

Si, à l'expiration du délai accordé, une réponse satisfaisante n'est pas envoyée au Soussigné, les Commandants en chef des armées alliées seront invités à prendre les mesures qu'ils jugeront convenables pour s'établir dans la capitale de l'empire, et pour prouver au Gouvernement chinois que le droit des gens ne peut être impunément violé dans la personne. des sujets de Sa Majesté l'Empereur des Français et des sujets de Sa Majesté la Reine de la Grandc-Kretagne.

Le Soussigné, etc., etc.

Le baron Gros envoya au général de Montauban la dépêche qu'il venait cTécrire au prince Koung, lui marqua le délai de trois jours qu'il accordait au Gouvernement chinois, délai qui expirait le 29 ; c'était donc à partir du 00, que les affaires devaient être remises entre les mains des Commandants en chef si la réponse envoyée aux Ambassadeurs n'était pas satisfaisante.

LETTRE DU BARON GROS AI GENERAL DE MONTAUBAN

Pa-li K'iao, le a6 septembre 1860.

Monsieur le Général, J'ai l'honneur de vous envoyer ci-jointe un copie de la dé-

LETTRE DU BARON GROS AU GÉNÉRAL DE MONTAUBAN 337

pêche que j'ai adressée hier au prince Koung, pour répondre à la dernière communication qu'il m'a faite et dont je vous ai déjà donné connaissance. La réponse que lord Elgïn a écrite à ce même Commissaire impérial est identique à la mienne, quant au fond du moins.

Il n'y a de changé dans la position actuelle qu'un temps d'arrêt volontaire qui suspend de fait, mais non de droit, les opérations militaires en voie d'exécution, ce qui donne le temps aux armées alliées de recevoir des approvisionnements de toute espèce dont elles peuvent avoir besoin, et le droit d'hiverner à T'ientsin, si, le Gouvernement chinois, cédant sur tous les points, les Commandants en chef jugeaient convenable de prendre cette mesure à l'expiration des deux mois pendant lesquels nous devons garder celle ville comme gage, pour assurer le versement du million de taels que le Gouvernement chinois doit nous payer dans ces deux mois.

Le délai accordé au Gouvernement chinois pour qu'il puisse répondre à la note d'hier 25, devant se prolonger pendant les trois jours qui suivent la date de notre dépêche, comprendra le 26, Je 27 et le 28 de ce mois : une réponse devra donc nous être faite dans la journée du 29, et c'est à partir du lendemain, 3o de ce mois, que les Commandants en chef pourront prendre, quand bon leur semblera, et en raison des moyens dont ils disposent et des plans qu'ils auront arrêtés de commun accord, telles mesures qui leur paraîtront nécessaires pour frapper un coup décisif sur Pe-Ring, pour s'y établir s'ils le jugent utile, ou pour aller hiverner ensuite à ï'ien-tsin, s'ils le croient convenable à la sûreté et au bien-être de leurs troupes. Cette éventualité suppose un refus de la part du Gouvernement chinois et dans la nécessité où il nous placerait de lui infliger une leçon sévère.

Si, au contraire, le Gouvernement chinois cédait sur tous les points, les armées alliées resteraient momentanément dans leurs campements actuels ou dans les environs, si elles pouvaient s'y mieux établir, mais sans aller en avant : les Ambassadeurs se rendraient a T'oung-tcheou et à Pe-King avec l'escorte convenue, et lorsque tout serait terminé dans cette ville, l'armée pourrait se retirer à T'ien-tsin pour y prendre ses quartiers d'hiver, y rester jusqu'au printemps, ou se rendre dans le Cban- Toung à l'expiration des deux mois accordés pour le paiement du million de taels, et cela en raison des circonstances qui détermineraient les Commandants en chef à tirer le meilleur parti

Gordier. — Expcd. de Chine, 1860. 22

possible des choses au momenl où ils auraient à agir pour sauvegarder les intérêts qui leur sonl confiés.

Dès qu'une réponse me sera parvenue, j'aurai l'honneur do la porter à votre connaissance. Ma dépêche el celle de Lord Elgin ont été remises ce malin à huit heures au tao-t'aï de T'oungtcheou, (|iii les a immédiatement expédiées à Pe-King.

Veuillez agréer, etc.

Le 27, autre dépêche du prince Koung, se plaignant du délai qui lui était fixé et répondant d'une façon évasive au sujet des prisonniers.

LE PRINCE KOUNG AU BARON GROS

Le 27 septembre 1860.

Moi, Prince Koung, Membre de la famille impériale et Haut Commissaire, j'adresse cette dépêche à V. E. pour répondre à celle qu'Elle m'a écrite et dont j'ai parfaitement saisi le sens.

Si précédemment les affaires ont été mal conduites, je ne puis en être responsable, car je n'avais pas à m'en mêler.

V. E. me dit dans sa dépêche que la Dynastie court quelques périls ; il eût été convenable de ne pas me tenir un tel langage.

V. E. fixé un délai de trois jours pour recevoir une réponse, mais pourquoi les troupes de votre noble Empire s'avancent-elles alors en colonnes ? Ce n'est pas là le moyen de rétablir la paix : et au moment de la conclure ne serait-il pas déplorable de vous voir rompre toutes les négociations ?

Si vos troupes veulent réellement attaquer la capitale, nos soldats, qui se trouvent dans la ville avec leurs familles, se défendront jusqu'à la mort, et celte guerre ne pourra pas être comparée aux précédentes. Nous avons aussi, hors de la ville, des milices nombreuses et redoutables, et quand vous attaquerez la ville, non seulement vos nationaux seront sacrifiés, mais votre armée, coupée dans sa retraite, ne pourra l'effectuer peut-être que difficilement.

Quant aux individus de votre noble Empire qui sont détenus dans Pe-King, ils ont été arrêtés par les Commissaires précédents qui ont mal conduit les affaires; mais j'ai reçu de l'Empereur toute l'autorité nécessaire pour traiter cette question, et ces individus n'ont pas été mis à mort.

RÉPONSE DU BARON GROS AU PRINCE KOUNG 33o,

Nous ne pouvons les rendre en ce moment et lorsque la Convention aura été signée et les ratifications du traité échangées, ils seront certainement mis en liberté ; et alors votre Noble Empire verra, par mes actes, que je suis un homme dans lequel on peut avoir toujours une pleine et entière confiance.

Cette communication est faite à S. E. M. le Baron Gros, etc.

Dans sa réponse du 28, le baron Gros maintient avec fermeté le délai fixé.

Page 1