REPONSE DU BARON GROS AU PRINCE KOUNG
Pa-li-K'iao, 28 septembre 1860.
Le Soussigné a reçu pendant la nuit la dépèche que S. A. I. le Prince Roung lui a fait l'honneur de lui écrire hier, et, sans entier dans des discussions désormais inutiles, il veut lui répondre en peu de mots.
S. A. I. déclare au Soussigné que frère puîné de S. M. l'Empereur, il a toujours été de bonne foi, qu'il n'a jamais trompé ni Je ciel ni les hommes, par conséquent le Soussigné peut lui faire connaître sa pensée toute entière. Ces paroles sont bonnes et le Soussigné les accepte dans l'espoir que S. X. I. comme Elle le dit elle-même prouvera par ses actes qu'on peut avoir en Elle une entière confiance.
Le Soussigné déclare donc à S. A. I. qu'il ne veut rieft demander au Gouvernement Chinois qui ne soit convenu dans la Convention préparée à T'ien-tsin, ou stipulé dans le traité de 1808. Sauf seulement la faculté pour les troupes françaises d'hiverner à T'ien-tsin, s'il le faut, puisque c'est la faute du Gouvernement clnnois, si, par sa déloyauté, il a causé des retards qui rendront peut-être dilïîcile le départ de l'armée avant l'hiver.
Si, après cette déclaration, S. A. I. veut signer le plus tôt possible, avec le Soussigné, la convention de paix dont il est question, après avoir mis en liberté avant le délai fixé, c'est-à-dire dans la journée du 29 de ce mois, les sujets français el anglais arrêtés contre le droit des gens, aucune menace ne sera laite contre la capitale de l'Empire, les troupes françaises resteront campées où elles se trouveront, le Soussigné se rendra avec une escorte à Pc-king pour y procéder à l'échange des ratifications du traité
de i858, et cette formalité accomplie les troupes se dirigeront vers T'ien-tsin.
Quant aux reconnaissances que les troupes ont faites vers Pc- King, elles n'ont rien que de parfaitement légal. S. A. 1. sait de reste (juc les hostilités n'ont jamais été suspendues depuis la prise des forts de Ta-Kou, qu'elles ne peuvent l'être que lorsque la paix aura été signée et que ce n'est que par bienveillance pour le Gouvernement Chinois et pour ne pas le perdre, malgré sa conduite peu loyale envers nous, que la capitale n'a pas été menacée jusqu'ici.
Le Soussigné attend donc dans le délai fixé, c'est-à-dire dans la journée de demain, une réponse à cette importante communication ; il la fera connaître immédiatement au Commandant en Chef des troupes françaises qui agira en raison de ce qu'elle pourra contenir.
La paix est donc entre les mains de S. A. Imp. Le Soussigné espère qu'il ne la laissera pas s'échapper.
Il profite, etc., etc.
(Sig.) Bon Gros.
Le Baron Gros tient le général Montauban au courant de la situation.
LE BARON GROS AU GENERAL DE MONTAUBAN
Pa-li-K'iao, le 29 septembre 18G0.
Monsieur le Général,
J'ai l'iionneur de vous envoyer ci-joint une copie de la réponse que j'ai faite au Commissaire impérial le prince de Koung, et je crains, je l'avoue, qu'il ne veuille pas, comme les deux Ambassadeurs le lui demandent, faire mettre préalablement en liberté les individus que le Gouvernement chinois a fait arrêter et qu'il retient contre le droit des gens. Nous offrons, cependant, Lord Elgin et moi, au prince de Koung un moyen facile de faire la paix au plus vite, et par un aveuglement que je déplore et que je n'ose pas m'expliquer il attire sur la capitale et peut-être sur la Dynastie une catastrophe regrettable ; nous aurons au moins le droit de dire que nous avons fait tout ce qui a dépendu de nous pour la prévenir.
LE PRINCE KOUNG AU BAUON GROS 3Z| I
J'attends dans la journée ou demain matin au plus tard la réponse que doit me faire le prince deKoung, et j'aurai l'honneur de vous la faire parvenir afin que de concert avec M. le général Sir Hope Grant, vous preniez les mesures qui vous paraîtront convenables pour contraindre le Gouvernement chinois à céder, ou en ce moment ou plus tard et que, seuls juges en pareille matière, vous ayez à concerter ensemble.
Veuillez, etc.
Bon Gros.
Enfin, le 29 septembre, le prince Koung, toujours plein de réticences au sujet des prisonniers, demande aux Ambassadeurs de faire retirer leurs troupes jusqu'à Tchang-Kiawan ; c'est toujours le même procédé dilatoire, essayé à Chang-Ilaï, à Ta-Kou, à T'ien-Tsin et à Ho-si-wou pour retarder la marche sur Pe-King.
LE PRINCE KOUNG AU BARON GROS
Le 29 Septembre 1860.
Koung, etc., Prince de la famille impériale et Haut Commissaire, etc., fait la communication suivante : J'ai reçu, le 29 septembre à midi, la dépèche de V. E. et j'en ai parfaitement saisi le sens, notamment lorsque V. E. assure qu'Elle n'ajoutera aucun article aux huit clauses convenues à T'icn-tsin, ni à celles du traité signé, il y a deux ans. V. E. demande ensuite que nous signions et que nous scellions les huit articles déjà convenus.
Les troupes de votre noble Empire sont si près de la Capitale que nous éprouvons quelques craintes l'un et l'autre, et qu'il nous est difficile de signer une convention de paix. Je demande donc à V. E. de faire retirer vos troupes jusqu'à Tchang-Kia wan, et, dans un délai de trois jours, je ferai transcrire clairement les articles de la Convention, j'enverrai un délégué porter cette copie dans un lieu intermédiaire entre T'oung tcheou et Tchang-Kia wan et [dès] qu'elle sera signée nous conviendrons d'une secondr entrevue pour consolider et perpétuer la paix.
Quant aux personnes détenues précédemment, elles n'ont pas été insultées et sont traitées avec bienveillance. Or, dès que vos
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troupes se seronl retirées et que le traité aura été signé, elles seront reconduites auprès de vous.
Pour moi. je vous ai fail connaître franchement dans ma dernière dépêche quel homme j'étais. Je ne trompe personne et je ne manquerai jamais à ma parole. Que V. E. aye donc confiance en moi et ne conserve aucun sentiment de défiance.
Importante Communication adressée au 13on Gros, le 39 septembre 18C0.
La mesure est comble : le 3o septembre, le baron Gros prévient le prince Koung que les affaires sont remises entre les mains des Commandants en chef.