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LES NÉGOCIANTS DE PE-KING AU BARON GROS

Le Ier octobre 1860.

Lettre respectueuse de Ho Pin-tsiaen et de Ouang-haï : Ho Pin-tsiuen, négociant en substances médicales, à l'enseigne Tong-jen, et Ouang-haï, négociant entrepreneur de travaux, à l'enseigne Hen-Ho, ainsi que tous les habitants et les marchands des diverses villes (qui composent probablement Pe-King) présentent respectueusement cette lettre à S. E. le Bon Gros, Ambassadeur de France, etc., etc.

Nous savions que Votre Gouvernement et le Gouvernement Chinois étaient unis par l'amitié depuis longtemps, et entretenaient des relations commerciales également profitables aux deux nations. Aujourd'hui quelques différends ayant surgi entre les deux: Empires, l'un et l'autre en ont appelé aux armes ; vos troupes sont auprès de la capitale et la paix n'ayant pas élé conclue, les lioslilités ne sont suspendues ni d'un côté ni de l'autre. Cet état de choses est préjudiciable aux transactions commerciales, et dans l'inquiétude que nous éprouvons nous axons pris, de commun accord, la résolution d'adresser respectueusement celte lettre à V. E. et nous la supplions de faire suspendre les

hostilités. Dans l'après-midi du 2 octobre nous vous enverrons des bœufs, des moutons et des fruits comme un témoignage de respect , el le A de ce mois nous nous présenterons devant V. E. pour nous entendre avec Elle. Puisque les deux Empires n'ont pu conclure encore la paix, nous chercherons à aplanir les difficultés- Nôtre seul désir esl de rétablir la paix entre les deux Empires et delà rendre éternelle. Tel est le motif pour lequel nous vous adressons cette lettre dans l'espoir que vous l'accueillerez a\ec bienveillance.

LE BARON GROS AU GENERAL DE MONTAUBAN

Le 2 octobre, le baron Gros envoyait la dépêche suivante au général de Montauban :

Pa-H-K'iao, le 2 octobre 1860.

Monsieur le Général,

J'ai l'honneur de vous envoyer, ci-jointe, une copie de la réponse que j'ai adressée hier au soir au Prince Commissaire impérial, dont je vous ai communiqué la dernière lettre. Je crains, je l'avoue, que le Gouvernement chinois ne veuille pas, ou peutêtre, hélas! ne puisse pas, comme les deux Ambassadeurs de France et d'Angleterre le lui ont demandé, mettre préalablement en liberté les officiers civils ou militaires français et anglais qu'on a fait arrêter et qu'on retient en violation du droit des gens, bien que nous offrions au cabinet de Pe-King, et en termes bienveillants, le moyen facile de conclure la paix en peu de jours. Si, par un aveuglement que je déplorerais et que je ne pourrais expliquer il amenait sur la capitale et sur la dynastie une catastrophe regrettable, nous aurions au moins la conscience d'avoir fait tout ce qui dépendait de nous pour la prévenir.

J'attends la réponse que le prince devra faire, aujourd'hui ou demain, à ma dernière dépêche, et j'aurai l'honneur de vous la faire parvenir sans retard, pour que vous puissiez prendre, de concert avec M. le général sir Hope Grant, les mesures qui vous paraîtront convenables et possibles pour contraindre le Gouvernement chinois à céder.

Agréez, etc.

3 OCTOBRE l86o.

Dans une dépêche du 3 octobre, le baron Gros exposait au Ministre des Affaires étrangères la gravité de la situation et en particulier sa crainte de ne trouver personne à Pe-King pour traiter :

Pa-li k'iao, le 3 octobre 1860

Notre situation est sérieuse, depuis la dernière démarche faite auprès du Prince Roung, aucune réponse ne nous est parvenue, et nous marcherons demain sur Pe-King, si nos munitions sont arrivées. Nous avons déjà dû colorer notre impuissance d'agir par un semblant de bienveillance pour le Gouvernement Chinois ; mais si après la déroute de Pa-li K'iao, nous avions pu nous porter sur Pe-King, tout serait fini. Aujourd'hui, j'ai peur que le vide ne se fasse autour de nous, et j'ai, je l'avoue, les craintes les plus vives pour la vie des personnes détenues à Pe-King. Que je suis heureux que M. de Bastard ait été assez prudent pour cpiitter T'oung-tcheou à deux heures dans la nuit ; il serait au nombre des détenus et M. de Méritens a\ec lui.

Il n'v a rien à prévoir dans ce singulier pays, mais, notre position serait bien difficile si nous ne trouvons dans Pe-King personne avec cpii traiter.

Les notables négociants de la ville nous ont écrit, à Lord Elgin et à moi, pour demander la paix, et ils nous offrent d'intervenir entre le Gouvernement Suprême et nous. Cette démarche leur est assurément commandée.

M. Parkes, l'un des détenus dans Pe-King, a obtenu la permission d'écrire à Lord Elgin, mais en chinois, il lui dit que tous les prisonniers sont bien traités et que le Prince Koung est un homme sur lequel on peut compter. 11 signe en anglais pour constater l'identité de sa personne, cl on lit dans le paraphe qu'il a simulé autour de son nom la phrase qui suit : on me <licte ce que j'écris.

Veuillez, etc.

(Si-.): Bon Gros.

Dans une lettre privée de la même date adressée au ministre,

le baron Gros faisait ressortir également combien un arrêt des troupes après le combat de Pa-li-K'iao avait été néfaste :

Bivouac de Pa-li K'iao, le 3 oct. 1860.

Mon cher Collègue,

Nous allons donc marcher sur Pe-King si nos munitions

arrivent demain comme on les attend. Nous avons déjà dû colorer plusieurs fois notre impuissance par un semblant de bon vouloir envers le gouvernement chinois, et si le lendemain de la déroute de Seng-ko-lin-ts'in, le 21 septembre, dans le camp même d'où je vous écris, nous avions pu marcher sur Pe-King, tout serait fini aujourd'hui. J'ai peur maintenant que le vide ne se fasse dans la capitale et j'ai les craintes les plus sérieuses sur les pauvres détenus qui se trouvent dans Pe-King...

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