DIFFICULTÉS ENTRE ALLIÉS
LE PRINCE KOUNG AU BARON GROS
Le 19 octobre 1860.
Koung, Prince de la famille impériale et Haut Commissaire l'ait la communication suivante.
J'ai reçu le 17 de ce mois la dépêche cpje V. E. a l'ait l'honneur de m'écrire et j'en ai parfaitement compris le contenu. Je trouve convenable que l'on donne aux familles de ceux de vos compatriotes qui ont été maltraités, 200 000 taêls, et je vous les remettrai moi-même avec exactitude. Les autorités qui ont fait subir ces mauvais traitements à vos nationaux seront punies conformément aux lois, et je viens de recevoir un décret impérial qui enlève au Sen</-\\ ang (Sèng-ko-lin-l'sin) sa dignité de Prince et qui prive le Ministre Joui de ses fonctions.
Je vais faire préparer un hôtel pour V. Excellence.
Quant aux Eglises catholiques élevées dans chaque Province, dès le règne de l'Empereur K'ang-Hi, et à leurs cimetières et leurs dépendances, il est juste d'en faire faire une recherche exacte et de les rendre.
Ce sera dans les conférences que tiendront ensemble les délégués des deux Empires que ces questions pourront être définitivement arrêtées, et c'est pour faire connaître les résolutions ci-dessus énoncées que cette dépèche est adressée à S. E. M. le Baron Gros, etc., le 19 octobre 1860.
DIFKICl LTES ENTRE ALLIES
La situation entre Alliés devenait assez délicate ; au gré du , son collègue d'Ang]
baron Gros, son collègue d'Angleterre voulait aller trop loin
« Lord Elgin pousse les choses bien loin et voudrait anéantir la dynastie régnante et aller peut-être donner la main aux rebelles de \an-l\ing, je ne veux ni ne puis aller jusque-là et je me séparerai de lui plutôt que de compromettre nos intérêts dans ce pays pour satisfaire un besoin de vengeance que je comprends, que je sens ausssi vivement si ce n'est peut-être plus que lui, mais qui me ravalerait au niveau des misérables tartares
.')()<S Dl SI RI i l ION Dl PALAIS d'ÉTÉ
si je cherchais à la satisfaire aujourd'hui que j'ai la force en main.
« Vous verrez par ma correspondance avec Lord Elgin que je n'ai pas voulu me joindre à lui dans ces idées de vengeance inutile el dangereuse, il a voulu faire disparaître le Palais d'Été, j'ai refusé de m'associer à cel acte et le général de Montauban a agi comme moi. Ce malin nous avons vu d'ici l'incendie (|iii dévorail le palais ci j'en ai le cœur serré. Lord Elgin m m la il aussi détruire le Palais <l<' Pe-King avant de tacher de renouer toute négociation, mais il a cédé à quelques-unes de mes objections el nous ne nous porterons à celle extrémité que si nous éprouvons de nouveau* refus el en nous retirant sur T'icn-tsin, s'il le faut sans avoir terminé: il a abandonné aussi relie idée de monu menl expiatoire à ériger par le Gouvernement chinois à T'ien-
Isin el a l'aire conduire, par des officiers chinois, jusque dans
celle \ille les restes des malheureuses victimes du r8 septembre. Je n'ai donc pas perdu loul espoir d'amener le Prince Koung à céder, mais il m'est impossible de ne pas supposer que l'Ambassadeur d'Angleterre a des instructions secrètes qui lui prescrivent, ou lui permettent de pousser la dynastie régnante à sa perte s'il le peut. Je vous ai déjà écrit à ce sujet au moment de mon naufrage du Malabar el alors que Lord Elgin me disait qu'il lui était impossible de laisser entre les mains des sauveteurs, les instructions secrètes qui lui avaient été données. »
Et le baron Gros ajoute :
« Si j'avais pu prévoir ce qui arrive, j'aurai-- refusé la mission. m'eût-on offert des millions pour l'accepter: ce qui m'afflige réellement c'est le dissentiment qui s'élève entre Lord Elgin el moi, et qui m'effraye! Mais enfin Dieu aidant et avec le sentiment du devoir, peut-être sortirai-je avec bonheur de la position plus que délicate dans laquelle je me trouve ' !
Il semblerait qu'après l'occupation de Ngan ting men, lord Elgin aurait songé à un hivernage à Pe-King :
■ L'Ambassadeur anglais considérait l'occupation comme devant, uwr fois le traité obtenu, en assurer le développement
i. Lettre privée du baron Gros au minisire des affaires étrangères, 19 octobre r86o
LE GÉNÉRAL IGNATÏEV 3gO
sérieux et durable: il n'avait pas, disait-il, à se préoccuper des inconvénients que cette mesure pouvait entraîner au point de vue militaire, laissant aux généraux le soin de décider, sous leur propre responsabilité, si l'exécution eu était possible.
« Sir H ope Cirant, tout en désapprouvant la proposition de Lord Elgin, était bien aise de s'appuyer, dans sa réponse, sur le refus du général Monta uban.
« Le commandant en chef français n'hésita pas à déclarer que le salut de ses troupes ne lui permettait pas de prolonger son séjour dans la capitale au delà du 1e1' Novembre, et qu'à cette époque il se retirerait à T'ien-tsin, où tous les approvisionnements avaient été préparés pour passer l'hiver, tandis qu'il n'avait pris aucune disposition pour rester à Pe-King. D'ailleurs la saison commençait à devenir rigoureuse : les montagnes voisines étaient couvertes de neige, et le vent du nord, souillant avec violence, faisait présager l'arrivée des mauvais temps, annoncée comme prochaine par les gens du pays1. »
LE GENERAL IGNATÏEV.
Heureusement, une aide imprévue allait permettre à notre Ambassadeur de sortir de la situation pénible dans laquelle sa conscience le plaçait en même temps qu'elle apportait une heureuse solution à des négociations si lentes que des difficultés nouvelles naissaient à chaque instant.
Pendant que ces événements se déroulaient aux portes de Pe-King, le général Ignatiev, ministre de Russie, avait pénétré dans la capitale pour donner aux Chinois des conseils de prudence et le 18 octobre, il écrivait une lettre2 au baron Gros clans laquelle il taisait part à notre Ambassadeur des efforts qu'il avait faits auprès des conseillers de l'Empereur pour les amener à voir le péril de la situation dans laquelle ils se trouvaient.
Noire Ambassadeur effrayé de l'attitude de son collègue anglais qui paraissait vouloir pousser les choses au pire avait
i. Blondel, pp. i54-i55.
:>.. \oir cette lcllre dans mon Hist. des Relat., I, pp. ()'i-f)").
/jOO DESTRUl i i" • Dl PALAIS ni il
écrit au général [gnatiev, dans le plus grand secret, pour l'engager à bien faire comprendre au prince Koung que le sort de sa dynastie étail entre ses mains, el que s'il cédail le 20, avant dix heures, à toutes 1rs demandes des Uliés, sans condition, la paix sérail faite et Pe-Kin^ épargné.
Vinsi qu'on le verra par la lettre suivante du baron Gros, qui résume les négociations des dernières journées, les démarches du général [gnatiev paraissenl avoir été cou ronnées de succès, car à deux heures, dans la nuit du aooetol)ii'. le ministre russe annonçait à nuire ambassadeur que ses conseils avaient été enfin écoutés, que le prince Koung accordait les demande- des Uliés el qu'enfin Sêng-Ko-lin-ts'in et Joui Lin, les deux commandants en chef chinois, étaient dégradés. C'était pins qu'on n'avait demandé
19 octobre r86o.
Lamaserie de llouang Sseu1. sous les murs de Pe-King, te in octobre [86 1 .
Monsieub le Ministre, J'écris cette dépèche à \ . E. dans une magnifique Lamaserie
1. Le ms. porte Kouang-seu. — « Ce temple est près de la porte Ngan-ting-men ; il est composé en réalité de deux temples : celui de l'Est, Toung-houang-sse, et celui de l'Ouest Si-houang-sse. Autrefois se trouvait au même endroit une pagode appelée Pou-king, et c'est lu 8e année de son règne que Cltoun-tche commença le temple actuel ; la 33e année de K'ang-hi, il lui entièrement terminé et conlié aux lamas, qui v adorent la statue de Fo. On voit sur le devant deux superbes pavillons impériaux, et le bâtiment principal se nomme Ta-chen-paotien. Young-tcheng embellit ce temple, et la 36e année de son règne K'ien-loung répara entièrement le Si-houang-sse, qu-'il destinait à l'habitation des princes mongols venant chaque année offrir leurs salutations et leurs présents à l'empereur. Encore aujourd'hui, cette partie de la pagode n'a guère d'autre usage. C'est au Houang-sse que se fabriquent les divinités en bronze duré, qui sont achetées par les lama- de Mongolie et du Thibet ; dernièrement on y a fondu un énorme Bouddha mesurant
mongole1 située à un demi mille de Tune des portes nord de Pe-King, celle de Ngan-ting sur laquelle flottent les drapeaux alliés. Nos troupes établies sur les remparts nord de la ville n'y pénètrent pas pour épargner la population, quelques officiers seulement y entrent quelquefois et ne trouvent nulle part de figures malveillantes. C'est le [10] de ce mois que les généraux alliés ont sommé la ville de leur livrer l'une de ses portes. La population a exigé que l'on ne fit aucune résistance, et les autorités chinoises ont invité les Commandants en chef à faire occuper par leurs troupes la porte Ngan-ting à l'heure demandée pour la reddition.
Le Prince Koung, frère puiné de l'Empereur, et non pas son frère aîné comme Lord Elgin me l'avait écrit par erreur, ne couche pas dans la ville, il passe la nuit dans différentes maisons de campagne tant il a peur que les Alliés ne s'emparent de sa personne pour exercer sur lui de cruelles représailles à venger ainsi l'épouvantable attentat dont les autorités chinoises se sont rendues coupables le 18 septembre.
Je n'avais que trop pressenti à la persistance que le Prince mettait à ne pas vouloir nous rendre les prisonniers avant que la pair ne fût signée, que plusieurs d'entre eux avaient été sacrifiés d'une manière barbare : hélas ! sur 37 personnes arrêtées le 18 septembre, 19 seulement nous ont été rendues en vie, et iG cercueils nous ont été apportés, nous ignorons encore le sort des deux infortunés qui manquent sur ces deux douloureuses listes, l'un est français, M. l'abbé Deluc, et l'autre un jeune officier d'artillerie anglais, un prêtre chinois assure avoir vu le 21 septembre, den.r Européens mis à mort au pont de Pa-li-k'iao, et jetés ensuite dans le canal.
plus de 7 mètres ; cette statue a été chargée par pièces sur des chameaux qui l'ont transportée dans un temple construit sur la route de Peking à Lhassa ; mi prince mongol en a fait la dépense, qui montait, dit-on, à 1111 demi-million. On martelle aussi au Houang-sse presque tous les ouvrages en cuivre rouge, destinés ensuite à être cloisonnés et décorés par les émailleurs de la capitale. » (Favicr, Péking, pp. 370-071.)
1. « Je vous écris, entouré de Bouddhas et d'idoles, dans une adtnirahle Lamaserie que je sauve du pillage, et qui se trouve à un mille de l'une des portes Nord de Pe-King, sur laquelle llottent les drapeaux alliés ; nos troupes établies sur les remparts Nord de la ville tartare n'y entrent pas pour ménager la population. Quelques oiliciers seuls \ pénètrent vt ne trouvent nulle part de ligures malveillantes. » (Lettre privée du baron Gros au Ministre des All'aires étrangères, 19 octobre 18O0.)
Coudieh. — Evpéd. de Chine, i8liu. ii(i
/j02 DESTRUCTION DU PALAIS D*ÉTÉ
Les détails qui nous ont été donnés par quelques-uns des dé tenus sont affreux. Le jeune M. Normann, attaché à la Légation
de S. M. Britannique à Chang-Haï, et que Lord Elgin avait emmené avec lui a été lie 1rs pieds et les mains derrière le corps et les quatre membres réunis ensemble, on l'a placé ainsi dans un chariot et il a été transporté dans le Palais d'Eté de Youen-Ming youen ; là il a été jeté, garotté de la sorte, dans le coin d'une cour où personne n'est venu le secourir, et où quatre jours après il est mort de faim, de froid et de douleur, et rongé, peut-être encore vivant, par les rats et les vers dont son corps était couvert, lorsqu'on l'a retiré du palais. Le correspondant du Times, M. Bowlby, homme doux, aimable et spirituel, que nous aimions tous, a subi le même sort, mais peut-être a-t-il moins souffert que jVI. Normann, puisque lié comme lui, il a été jeté dans un égout, où il a pu être suffoqué en peu de temps.
Le colonel d'artillerie de Grandchamps, M. Ader, agenl comptable, M. Dubul l'intendant de l'armée, ont été renvoyés dans leur cercueil, et les morts comme les vivants portaient sur leurs corps des traces plus ou moins profondes des mauvais traitements qu'on leur avait fait subir. V. E. comprendra facilement à quel degré d'exaspération les esprits étaient montés dans les deux camps, et tout ce qu'il a fallu de douloureuse résignation pour contenir la soif de vengeance qui s'était emparée de tous les cœurs. Malgré cela et l'impérieuse nécessité de maintenir le calme dans les esprits, Lord Elgin me semble vouloir pousser les choses trop loin ; il agit comme s'il cherchait à renverser la Dynastie pour tendre la main aux rebelles de Nan-King. Je ne veux ni ne peux aller jusque là, et je me séparerai plutôt de mon collègue que d'agir en opposition avec la lettre comme avec l'esprit de mes instructions.
V. E. verra par ma correspondance avec Lord Elgin que je n'ai pas voulu m'associer à lui dans des actes de vengeance inutiles d'une part, et dangereux de l'autre. 11 a voulu raser jusqu'au sol le palais de ^ ouen-Ming youen, je lui ai demandé inutilement d'abandonner cette idée et je me suis alors refusé à \ prendre part, le général de Montauban a fait comme moi, et au moment où j'écris cette dépèche à V. E. nous apercevons d'ici l'incendie qui dévore le Palais. Lord Elgin voulait aussi, je crois, que nous allassions détruire la résidence impériale dans Pe-King, mais nous ne nous porterons à cette extrémité que si ne pouvant rien obtenir du Gouvernement chinois nous étions obligés d'évacuer Pe-King pour aller hivernera ï'ien-tsin.
LE BARON CROS AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES 4o3
Les Commandants en Chef nous déclarent qu'il leur est impossible de rester ici après le Ier novembre.
Lord Elgin a abandonné aussi, en cédant à mes représentations, l'idée qu'il avait eue d'exiger du Gouvernement chinois l'érection, à ses frais, eL dans T'ien-tsin, d'un monument public sur lequel il aurait constaté sa félonie et la punition qu'il a.vait dû subir. Lord Elgin aurait même voulu que des hauts fonctionnaires chinois accompagnassent les restes des victimes du 18 septembre, de Pe-King à T'ien-tsin où ils auraient été déposés dans le monument expiatoire. C'eût été exiger l'impossible, et Lord Elgin a cédé, mais à regret. Je n'ai donc pas perdu tout espoir d'amener le prince Koung à se rendre.
Le général Ignatiev est entré dans Pe-King.
J'envoie ci-joint à Y. E. la copie d'une lettre qu'il m'a écrite. Peut-être les conseils qu'il donne seront-ils suivis. J'ai toute confiance en lui, mais cet incendie de Youen-Ming Youen dont les tourbillons de fumée s'étendent jusques sur Pe-King, n'aural-il pas porté la terreur dans l'esprit du jeune Prince déjà si effrayé? 11 est selon moi en ce moment ta seule planche de salut cpii nous reste, et j'ai peur que la journée de demain, terme fatal donné au Prince Koung, ne se passe sans qu'une réponse ne nous arrive. Lord Elgin en serait heureux et m'a dit qu'il voudrait un refus ; j'avoue que cette manière de penser et de vouloir agir m'étonne et m'effraye.
Veuillez, etc. (Sig.) Baron (îuos.
P. S. du 20 à G heures du malin.
J'ai reçu pendant la nuit, à 2 heures, une lettre du général Ignatiev auquel j'avais écrit très confidentiellement pour lui parler de la position difficile dans laquelle nous nous trouvions, et je l'avais fortement engagé à bien faire comprendre au Prince que le sort de sa Dynastie était entre ses mains, et qu'il fallait absolument que le 20 de ce mois avant 10 heures du mutin une réponse nous arrivât, que s'il voulait sauver l'Empire et sa race il devait céder sur tout. Le général m'annonce que les conseils ont été enfin écoutés et que le Prince se rend à nos demandes, il a fait dégrader Seng-ko-lin ts'in et Joui-lin, les deux chefs que l'on suppose coupables de l'attentat du 18 septembre.
Cet heureux dénouement, obtenu en dehors de l'influence anglaise, et peut-être malgré elle, est dû en partie au général Ignatiev dont la conduite, depuis notre débarquement à Pe-t'ang a été pleine de tael et de bon vouloir pour nous.
Z|0/j DESTRUCTION DU PALAIS d'ÉTÉ
Je serais heureux, M. le Ministre, si \ . E. obtenait de la bienveillance de l'Empereur pour le général [gnatiev un témoignage de satisfaction qui mesemble si légitimement mérité.
(Sig.) Baron Gros.
On jugera de l'aveuglement ou plutôt de la folie du gouvernement impérial par fédit suivant qui avait été lancé pendant la marche des Alliés de Tien-tsin à T'oung-lcheou.
ÉDIT IMPÉRIAL '
J'ai toujours traité les différentes nations étrangères avec la même bienveillance; je leur ai accordé sans restriction la liberté de commerce. Aussi les Fiançais et les Anglais sont restés longtemps avec la Chine en relations amicales, et pendant de longues années il n'\ avait pas eu entre nous l'ombre d'un désaccord, lorsque tout à coup dans la 7e année de notre règne, ils ont porté la guerre dans la Province de Kouang-ïoung, ont brutalement occupé notre ville, capitale de cette Province, et enlevé nos mandarins. Convaincu que notre vice-roi Ye Ming-chen était la cause de tous ces malheurs par son inhabileté à traiter les affaires, nous n'avons pas hésité à l'en punir, et quand dans la 8e année de notre règne les barbares Elgin et les autres sont venus à T'ien-tsin pour négocier, nous avons ordonné au Vice-Roi T'an T'ing-siang de se rendre auprès d'eux pour régler les questions à résoudre. Ces barbares alors profitant de ce que nous n'étions pas préparés ont attaqué nos forts et sont arrivés sans coup férir à T'ien-tsin. Craignant des malheurs sans nombre pour notre peuple nous avons ordonné alors au Premier Ministre Kouei-liang et à d'autres d'aller négocier avec eux et de mettre fin à la guerre, et comme dans tous les articles proposés par eux il y en avait de réservés, nous prescrivîmes à Kouei-liang et aux autres de se rendre à Chang-Haï pour établir les futurs tarifs. Dans la 9e année de notre règne les barbares se présentèrent de nouveau devant Takou avec des navires de guerre et avec l'intention de détruire nos forts, et c'est alors que notre généralissime Sêng-ko-lin-ts'in exaspéré leur tit subir une déroute complète. C'est donc à eux seuls qu'ils doivent s'en prendre de leurs malheurs et nullement à la
1. Cet édil doit être daté du iS au 11 septembre puisqu'il parle de l'arrivée des barbares devant T'ounytclieou.
>. H. Cordier. Exp. de Chine 1857-1858, p. 343.
FDIT IMPÉRIAL 4o5
Chine qui a manqué à ses engagements. C'est du reste ce que tout l'univers sait parfaitement. Cette année encore les chefs barhares Elgin, Gros et les autres se sont présentés à l'embouchure de la rivière, et comme nous ne conservons aucune rancune du passé, nous avons permis qu'ils prissent la route de Pe-t'ang pour venir à la capitale échanger les ratifications de leurs traités. Nous ne pouvions pas croire alors qu'ils venaient avec des intentions détestables amenant avec eux des canons sur des chars et des troupes de cavaliers et de fantassins avec lesquelles ils ont attaqué nos forts de Ta-kou par derrière, forcé nos armées à fuir et sont arrivés pour la seconde fois jusqu'à T'ien-tsin. Considérant alors que Kouei-liang était l'homme qui les années précédentes avait conféré avec eux à Pe-t'ang et à T'ien-tsin, nous lui avons donné l'ordre d'aller ouvrir de nouvelles négociations avec eux. Croyant que ces barbares avaient quelques notions de justice et de convenance nous espérions leur voir formuler des demandes auxquelles nous pourrions consentir; mais qui aurait pu croire qu'Elgin mettrait en avant des prétentions arbitraires, réclamerait le remboursement des frais de guerre, l'ouverture de nouveaux ports, et voudrait amener des troupes jusque dans les environs de la Capitale, toutes prétentions tellement exagérées et détestables que nous avons dû ordonner au Prince de I, Tsaiyuan1, et au Ministre de la guerre Mou-ying, de se rendre auprès de lui pour tenter de négocier et de résoudre définitivement ces questions. Mais les barbares révoltés, pour satisfaire leur orgueil vinrent menacer T'oung-tcheou avec une armée, exprimant en outre le désir d'amener leurs troupes à la capitale, et de nous y voir. Si une prétention aussi insensée avait été concédée, comment aurions-nous pu nous présenter devant nos peuples? Aussi avons-nous dû donner les ordres les plus sévères aux divers Commandants des troupes d'amener de partout des cavaliers et des fantassins, et d'aller combattre avec fureur. Nous avons également enjoint à tous les départements et districts voisins de la Capitale de réunir les troupes de réserve pour renforcer les autres
i. Il est nécessaire de préciser le nom de ce personnage appelé tantôt Prince de I, Prince de I-Sin, Prince de I-Ts'en, etc. ; en réalité il s'appelait Tsaï yuan, Yi Ts'in-wang, . c'est-à-dire « Tsaï-yuan, Prince du Premier Rang (Ts'in-wang) Yi ». Il fut condamné à mort en nov. 1861 en même temps queTouan-houa et Sou Cliouen. Cf. mon Hist. des Relat., I. p. 129. — Mon collègue, M. Vissière, a l'obligeance de m'indiquer de quelle manière avait été estropié le nom du Prince dans les traductions laites en 1860.
'|d<i DESTRl i I n>\ DD PALAIS h'i m
armées el les aider à combattre, et de lever des corps de volontaires à cel effet. Sur les roules ou dans les campagnes tout homme, soi! Mandarin, soldat ou du peuple, qui coupera la tête d'un noir, recevra 5o taels de récompense, lootaels pour celle d'un blanc el ooo pour celle d'un chef; toutes les personnes qui pourronl brûler ou prendre un navire barbare, recevronl 5 ooo taels, el en outre tout ce que le navire contiendra leur appartiendra. Le peuple de Tien-tsin renommé de tout temps par son courage el sa fidélité doit considérer les barbares comme des ennemis détestés, et les attaquer soit ouvertement soit en sou— main de façon à les exterminer. Nous ne sommes pas un Empereur qui aime la guerre, aussi ne pouvons-nous surmonter la douleur qui nous accable, (pie nos peuples en soient convaincus! Quant à ceux de nos sujets1 soit de Canton, du Fou-Kien et d'autres lieux que les Barbares ont enlevés, nous les considérons toujours comme nos enfants, et les engageons à tenter de fuir en cherchant à couper la tête d'un barbare et à venir nous l'offrir, nous leur promettons en retour de les récompenser généreusement. Ces barbares viennent de contrées extrêmement éloignées dans le seul but de l'aire du commerce, el si les choses en sont venues au point où elles en sont, ce ne peut être cjue parce qu'ils ont été appelés par les Bandits et les Rebelles de l'Empire. Pour parvenir à les détruire nous ordonnons aux Mandarins des ports de prendre toutes les mesures nécessaires pour ruiner leur commerce. Quant aux autres nations qui se montrent respectueuses et obéissantes envers nous et dont les relations restenl pacifiques, il est entendu que leurs transactions ne doivent pas être troublées, dépendant si les Barbares venaient à se repentir de leur crime et. à le reconnaître, il faudrait les laisser jouir dans les différents ports de la liberté de commerce qui leur a été concédée précédemment, pour bien établir ainsi que nous sommes un Empereur généreux et bienveillant. Si au contraire ils persévèrent dans leur révolte, que mon peuple tout entier lasse tous ses efforts pour les anéantir, et nous jurons ici que cette race abominable, si elle n'a pas voulu reconnaître ses crimes, sera exterminée toute entière.
Que cet Édil soit porté à la connaissance de tous et respecté par tous.
i . Les coolies ou domestiques chinois au service des deux armées ; il y en a à peu près 5 ooo ; l'ambassade en a 5o à peu près. .Note du
Bon Ghos.