‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 249 sur 271 · Traduction · texte numérisé non relu

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LORD ELGI1S W" BARON GROS 3f)3

son information une copie de la dépêche que j'ai envoyée au Prince Roung le 17 courant.

Comme au nombre des conditions de paix que j'ai actuellement soumises au Gouvernement chinois, il en est une sur laquelle Y. E. a fait quelques observations, je lui demande la permission de lui exposer officiellement les raisons de ma conduite. V. E. me pardonnera de les exposer avec quelque détail, car il est essentiel à la fois pour ma propre satisfaction et pour les intérêts de la cause commune, que je prouve d'une manière satisfaisante à V. E. que lorsque je diffère d'opinion avec elle, ce qui est toujours pour moi le sujet d'un regret sincère, ce n'est point par des motifs futiles et sans mûre réflexion.

V. E. me permettra d'abord de lui rappeler que, sur sa demande, j'ai supprimé dans ma dépèche la clause énoncée dans le projet primitif qui vous a été soumis et qui stipulait qu'un monument serait érigé à T'ien-tsin, aux frais du Gouvernement chinois, relatant.le crime dont ce gouvernement s'était rendu coupable par l'arrestation et le meurtre de nos compatriotes, illégalement faits prisonniers alors qu'ils étaient sous la proctection du pavillon parlementaire, ainsi que le châtiment qu'il avait encouru pour ce forfait; je dois pourtant avouer franchement, que je pense encore qu'il eût été politique et parfaitement raisonnable dans les circonstances présentes d'exiger des autorités chinoises, cet aveu formel de leur culpabilité.

Quoi qu'il en soit, si pour me conformer à l'opinion de V. E., j'avais effacé la clause annonçant la destruction du Youen-Ming youen, il eut semblé que ma dépèche n'exigeait qu'une mince compensation pécuniaire pour nos infortunés compatriotes, et que c'était la seule réparation que je jugeais convenable de réclamer pour les actes de perfide barbarie dont ils avaient été victimes. Je ne puis croire que les droits de la justice eussent été satisfaits, ni que la sûreté des agents et des résidents anglais eût été suffisamment assurée pour l'avenir par une pareille demande.

Sans doute des objections peuvent être élevées contre un acte tel que l'incendie du palais de Youen-Ming youen, mais avant de rejeter ce mode de châtiment, j'avais à me demander quel autre mode j'y substituerais.

Les 'seuls points de vue sous lesquels me soit apparue à moimême cette question qui m'aient été indiqués par d'autres sont les suivants :

[° J'aurais pu réclamer une somme d'argent considérable, non

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pas comme compensation pour les victimes, mais comme une peine infligée au Gouvernement chinois. Mais indépendamment de l'objection qu'il \ aurait en principe à faire d'un crime de celle nature, une simple question d'argent, \ . E., je n'en doute point, s'accordera à penser avec moi qu'au milieu de la désorganisation actuelle du Gouvernement chinois, il est tout simplement impossible d'en obtenir de fortes indemnités pécuniaires et que la seule mesure pratique que l'on aurait pu prendre pour obtenir ce résultat eût été d'j employer une partie du produit des douanes qui reste encore au Gouvernement chinois et <|ui esl pour lui d'un intérêt assez grand pour l'engager à permettre ;ni\ indigènes de continuer à commercer avec les étrangers. Il a élé calculé qu'il serait nécessaire de prélever l\o pour cent sur le produit net t\r> douanes de la Chine pendant environ 4 ans pour arriver au paiement des indemnités déjà réclamées par nous dans la convention projetée à T'ien-tsin.

D'embarrassantes questions d'occupation de territoire sont étroitement liées à cet arrangement et je ne crois pas que mon gouvernement désire que ce terme de liquidation soit prolongé.

2° J'aurais pu exiger que les personnes coupables de cruautés envers nos compatriotes ou de la violation d'un drapeau parlementaire, nous lussent délivrées. Mais si j'avais fait cette demande en termes généraux, on nous aurait sans doute amené des misérables subordonnés auxquels il eût été difficile de faire grâce et impossible d'infliger un châtiment ; mais si j'avais nommé Sèng-ko-lin-ls'in dont la culpabilité comme violateur d'un pavillon parlementaire, crime entraînant sa condamnation certaine devant un conseil de guerre, aurait pu être prouvée jusqu'à l'évidence, j'aurais fait une demande que le Gouvernement chinois, on peut l'aflirmer sans crainte, n'aurait pas accordée et que mon propre gouvernement n'aurait pu imposer par la force. Je dois ajouter que faire retomber la responsabilité des actes du gouvernement sur des individus ressemble de trop près à la manière chinoise de faire la guerre pour que je puisse y donner mon approbation.

3° La destruction du palais impérial et des autres édifices publics à Pe-King aurait pu remplacer celle de Youen-Ming youen, mais on pensait, en certains lieux, qu'il y aurait une difficulté morale à mettre celte mesure à exécution à cause des conditions auxquelles la porte Ngan-ting a été remise aux Alliés. En outre il faut observer (pie ce procédé eût mis fin d'un seul coup à toute chance de conclure la paix ici. En effet notre en lue

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dans la ville cl en ennemis aurait certainement mis en fuitetous ceux des fonctionnaires cliinois qui s'y trouvent encore, et comme nous aurions ainsi joué notre dernière carte, les autorités, au moins en ce qui concerne Pe-king, n'auraient plus eu aucun intérêt à l'aire la paix.

En résumé, je suis d'avis que la destruction de Youen-Mingyouen était de tous les plans de conduite qui s'offraient à moi, le moins sujet à objection à moins que je ne fusse parvenu à concilier avec mon sentiment du devoir l'idée de laisser matériellement impunis les crimes commis contre nos nationaux. Bien plus je pense que c'est là un acte qui produira assurément un plus grand effet en Chine et en Europe que ne le peuvent supposer les personnes qui regardent à distance.

Ce palais est la résidence favorite de l'Empereur et sa destruction est un coup porté à son orgueil aussi bien qu'à ses sentiments personnels. C'est dans ce lieu qu'il a conduit nos malheureux compatriotes, pour leur faire souffrir les plus cruelles tortures, c'est dans l'enceinte de son propre palais qu'ont été trouvés les chevaux et l'équipement des cavaliers arrêtés, les décorations arrachées de la poitrine d'un brave officier français! ainsi que d'autres effets appartenant aux prisonniers, dépouilles opimes que ce despote sans pitié semble avoir voulu faire servir d'ornements aux kiosques de plaisance, fraîches retraites de la demeure de son choix.

Comme presque tous les objets de valeur ont été déjà enlevés du palais, l'armée n'y va point pour piller, mais pour constater, par un acte solennel de réparation, l'horreur et l'indignation que nous inspire un crime abominable. Le châtiment ne tombe pas sur le peuple qui peut être relativement innocent, mais exclusivement sur l'Empereur dont la responsabilité personnelle et directe pour le forfait commis, est établie non seulement par les mauvais traitements subis par les prisonniers à Youen-Mingyouen, mais encore par le décret récemment publié par lui ri dans lequel il offre une récompense pécuniaire pour chaque tète d'étranger et déclare qu'il est décidé à donner son dernier taël pour paver ces [niines d'assassinat! Ce n'est pas un acte de vengeance mais de justice, cl je ne puis regretter la part que j'y ai prise en conseillant l'exécution.

J'ai l'honneur, etc.

(Sig.) Elgin et Iyincardine.

\ la même date, le baron Gros faisait connaître la situation

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;iu général de Montauban, et sa satisfaction de voir qu'ils axaient le même sentiment sur la destruction du Palais d'Été.

LE BARON GROS AU GENERAL DE MONTAIT!

Lamaserie de Hoiiang-Sseu, le ig octobre 1860.

Monsieur le Gi mi; w,.

J'ai l'honneur de vous envoyer la copie el la traduction de plusieurs documents dont j'ai déjà eu l'honneur de vous communiquer le contenu. Elles vous feront connaître la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment, et la divergence d'opinion qui a existé entre lord Elginet moi au sujet des mesures de rigueur à prendre contre le Gouvernement, chinois, dans les circonstances actuelles. Je suis heureux fie savoir. Monsieur le général, que votre manière d'envisager cette question est identique à la mienne, et je me félicite aussi d'avoir vu mon collègue d'Angleterre se rendre à quelques-unes de mes observations, bien qu'il m'en ail exprimé le regret en termes assez vifs.

Le bruit se répand dans Pe-King que l'empereur est mort, cl que le Prince Koung aurait l'idée de le remplacer sur le trône s'il était soutenu par les ambassadeurs alliés. Je ne vous donne ces rumeurs que pour ce qu'elles valent.

Ce sera demain, à midi, que nous connaîtrons la décision qu'aura prise le prince Koung. On m'assure qu'il a déjà réuni la somme demandée par moi comme indemnité à répartir entre les"victimes du 18 septembre. On me dit aussi qu'une dépêche satisfaisante, de lui, me sera envoyée dans la journée. Je vous en ferai connaître le contenu avant le départ du courrier pour l'Europe, si elle m'est remise à temps.

\ euillez agréer, etc.

Le 19 octobre, le prince Koung accordait pleine satisfaction aux demandes formulées par le baron Gros, le 17.

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