AU KIANG-NAK
Malgré le succès de la défense de l'embouchure du Peï-ho en juin, les Chinois ne paraissaient pas s'être fait beaucoup d'illusion sur leur triomphe définitif sur les Européens et ils préparaient les voies à un accommodement :
« II y a quelques jours1, le P. Lemaitre 2, supérieur de la Mission des Pères Jésuites cl Mgr. Mouly ', sont venus chez moi, chargés, m'ont-ils dit, d'une mission toute confidentielle de la part des autorités chinoises. Lan '\ ancien Tao-t'aï de Chang- Haï et occupant actuellement une position importante auprès du vice-roi des deux Kiang, était arrive ici comme délégué de Ho ' et chargé par lui de sonder les dispositions des Ministres de France et d'Angleterre, afin de préparer les voies à un accommodement.
i. Lettre de M. de Bourboulon au ministre des Affaires étrangères, Chang-Haï, 3o juillet 18Ô9.
x. Mathurin Lemaître, né à Saint Charles (Mayenne), Ier janvier 1816; j à Cliang-Ilaï, 3 mai i803.
3. Joseph-Martial Mouly, né à Figeac, le 2 août i8o7;évêque de Fussulan, vie. ap. du Pe Tche-li sept. ; j à Pe-King, !\ déc. 1868 ; lazariste.
4. Lan Wei-wen, du Tche Kiang, tao-t'ai depuis le 21 nov. 1 855 ; remplacé le Ier sept. 1807 par Sié-llouan, du Se-tch'ouao.
5. Ho Kouei-ts'ing, gouverneur général des Deux kiang depuis le Ier mai 1807 en remplacement de Yang Wen-ting; décapité à Pc-king eu juillet 18O2.
i)'l NÉGOCI \ riONS i lll SOISES
Lan avait en conséquence prié le supérieur des Pères Jésuites, avec lequel il était depuis longtemps en relations, de me demander d'abord confidentiellement si je recevrais une dépêche que le \ ice-Roi était dans l'intention de m'adresser el s'il pouvait compter sur une réponse. Cette ouverture ayant été accompagnée par nos Missionnaires de quelques observations sur l'importance qu'il y aurait, surtout dans l'intérêt de la sécurité des Chrétiens indigènes, à accueillir favorablement les avances des Autorités chinoises, je leur répondis qu'il s'agissait d'une affaire trop délicate pour que je pusse prendre aucune socle d'engagement à ce sujet, que cependant si le Vice-Roi des deux Kiang jugeait à propos de m'adresser une lettre, je n'avais pas d'objection à la recevoir et y répondrais d'une manière courtoise, ne fût-ce que par un accusé de réception ; mais ([ne je ne m'engageais à rien au delà. Le P. Lemaître se retira satisfait de ma réponse, et le même jour dans l'après-midi, je reçus la lettre officielle de Ho, dont
j'ai l'honneur de transmettre ci-joint une traduction à Y. E
Mon premier soin après que j'eus pris connaissance de celle dépèche fut de me rendre chez mon collègue d'Angleterre pour la lui communiquer et m'entendre avec lui sur la réponse que je devais y faire. D'après la détermination cpie nous avions prise, comme je l'ai fait connaître précédemment à Y. E. de garder vis-à-vis du Gouvernement chinois une complète réserve sur ce qui s'est passé et d'attendre les instructions de nos gouvernements sans rien faire qui pût préjuger leur décision el engager l'avenir dans un sens ou dans un autre, nous n'eûmes pas de peine à tomber d'accord que, dans ma réponse au Vice-Roi (qui d'ailleurs n'avait pas qualité pour traiter une semblable affaire et en effet ne parlait pas au nom de son gouvernement), je devais décliner toute explication sur les événements du mois dernier, de manière à laisser la situation entièrement intacte, et à ne fournir au gouvernement chinois, évidemment fort inquiet à l'heure qu'il est, aucune donnée qui pût l'éclairer sur nos intentions ou celles de nos gouvernements. C'est dans cet esprit, M. le Comte, que j'ai adresse au Vice-Roi Ho, la réponse dont vous trouverez ci-joint copie...
La démarche faite auprès de moi par le Gouverneur général des deux Kiang, démarche qui. d'après ce que m'a laissé entrevoir le P. Lemaître, sera probablement bientôt suivie d'une lettre semblable adressée à Mr. Bruce, ne me parait laisser aucun doute sur les dispositions où l'on est actuellement à Pe-King et sur le but qu'on s'y propose d'atteindre...
COMMUNICATION DE HO A M. DE BOURBOLM1N f)5