ACCORD AVEC LA DIPLOMATIE
Combattre et occuper les positions déterminées par l'Empereur, est la partie la plus facile de votre mission en Chine ; cette mission emprunte à votre éloignement même, et à l'action combinée des forces militaires et de la diplomatie, un caractère et des difficultés spéciales, qu'il importe de bien apprécier et de bien définir.
Au commandement des forces de terre et de mer françaises et anglaises, appartient de fixer plus particulièrement à quel moment et à quelles conditions il peut convenir d'ouvrir des négociations et de conclure un armistice.
Pendant la durée des opérations, le rôle de la diplomatie se bornera à éclairer le Commandement militaire sur les concessions qu'il importe d'obtenir du gouvernement chinois. Le Commandement conservera la plus complète latitude pour concilier les exigences diplomatiques avec la situation militaire que les circonstances nous auront faite.
Dès que l'action des armées alliées aura rendu les négociations opportunes, le Ministre de l'Empereur reprendra la tâche qui lui est confiée, en les suivant avec les plénipotentiaires chinois, après s'être concerté avec le Ministre de la grande Bretagne et s'être entendu avec le Commandant en Chef des forces françaises.
Votre responsabilité, général, et assurément elle ne saurait être plus grave et plus sérieuse, exige que vous soyez tenu exactement au courant de tous les détails de la situation, afin que vous puissiez les apprécier au point de vue des opérations de guerre, et faire valoir au besoin les considérations militaires qui en ressortiraient, et les moyens d'action que vous auriez à employer. Le Ministre de l'Empereur en Chine va recevoir des instructions précises sur ce point; elles sont en harmonie avec celles que vous recevrez vous-même ; vous en trouverez ci-joint une copie.
Malgré leur dernier succès, les troupes chinoises ne sauraient être comptées pour des adversaires redoutables, sans les dédaigner, nous pouvons les aborder avec assurance; leur force est celle de tout peuple qui combat chez lui, pour ses foyers, pour son culte, sous la protection d'un climat souvent si fatal à son ennemi. Vous trouverez, Général, dans l'énergie de vos Iroupes, dans le dévouement de tous ceux qui aurontune part quelconque
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de votre responsabilité, toul ce qu'il Paul pour dominer Ions les obstacles.
Les relations à établir entre vous. Général, et le Commandement des forces britanniques, entre l'action militaire e! l'action diplomatique seront de votre part l'objet de l'attention la plus sérieuse. Les instructions ne peuvenl tout prévoir, tout régler; elles doivent tenir pour certain, que chacun apportera dans l'accomplissement de sa mission, cet esprit de mutuelle bienveillance et de dévouement à la cause commune, qui rendent tous les devoirs faciles, en laissant chacun se mouvoir dans la sphère de ses attributions régulières.
Votre prudence, Général, et le sentiment de la haute mission que vous tenez de l'Empereur, vous traceraient la ligne de conduite à suivre, si des questions personnelles venaient, contre toute prévision, ajouter aux difficultés d'une si lointaine entreprise. S'il le fallait, la décision et l'énergie ne vous feraient pas non plus défaut; vous avez en main le drapeau de la France, vous répondez de ses vaillants soldats ; ce peu de mots résument tous vos devoirs, ils contiennent un conseil pour toutes les difficultés, un succès pour toutes vos entreprises.
Le Général Jamin, nommé Commandant en second, est désigné d'avance pour prendre le Commandement en chef, dans le cas où une circonstance quelconque vous mettrait dans l'impossibilité de continuer à l'exercer.
En conséquence, il devra recevoir communication des présentes instructions, et être admis dans tous les conseils qui pourraient être tenus.
Recevez, Général, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le Maréchal de France, Minisire Secrétaire d'Etat de la Guerre, Sig. : Randon.
Pour copie conforme ; Le Colonel Chef du Cabinet :
RlBOURT.