Chang-Haï, 28 juin
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acluollomcnl déscsprréc ; il parait en cil'el certain qu'un décret ordonnant sa dégradation et son arrestation pour l'envoyer prisonnier à Pc-king est arrivé ici il y a déjà quelques jours ; mais comme cet ordre était adresse au gouverneur de la Province qui a péri dans les événements de Sou-tcheou, il ne s'est pas trouvé jusqu'ici d'aulorité compétente pour le mettre à exécution. Cela ne rend pas la position de Ho meilleure ; car, arrêté ou non, il ne lui reste d'autre parti que d'aller rendre compte de sa conduite à Pe-King, et cette conduite, au dire des Chinois euxmêmes, a été des plus lâches. — Au point de vue des alTaires, c'est à tout prendre un embarras de moins que la disparition de la scène d'un (Commissaire Impérial à Cliang-llaï ; on annonce, il est vrai, que ses pouvoirs seraient dévolus à Sié qui n'était jusqu'ici que Commissaire adjoint ; mais il n'est pas à supposej; que les Ambassadeurs, à leur arrivée ici, consentiraient en aucun cas à entrer en pourparlers avec un Commissaire Impérial d'un rang aussi inférieur.
... Le même Ho m'a adressé [une communication] au sujet du rétablissement d'une Douane chinoise à Macao, en contestant le droit de souveraineté du Portugal sur cette colonie. J'ai cru devoir, tout en déclinant une réponse officielle à ce sujet, prendre occasion de cette démarche, évidemment inspirée au Surintendant général des Douanes chinoises par son conseiller et délégué anglais (M. Lay), pour lui manifester le vif intérêt que nous portions au Portugal, et lui suggérer, comme le seul moven de régler ce qui pouvait laisser à désirer dans les rapports de la Chine avec ce royaume, des négociations formelles, un traité, pour lesquels le gouverneur de Macao était déjà muni des pleins pouvoirs de son gouvernement. Ce qui pouvait donner plus d'opportunité à cette démarche verbale en faveur du Portugal, c'est la présence ici de M. Guimaràcs (se rendant au Japon pour y conclure également un traité) auquel elle a fourni l'occasion d'écrire à Ho une lettre dans ce sens. \ . E. comprendra du reste que, ce Commissaire Impérial se trouvant aujourd'hui écarté, ce que je viens de lui rapporter n'a probablement d'autre valeur (pic d'avoir donné au Plénipotentiaire Portugais une preuve de notre bon vouloir et d'avoir marqué, à tout événement, noire initiative dans cette alTaire.
Depuis ce que j'ai eu l'honneur de vous mander par ma dernière dépêche, M. le Ministre, concernant le général Ignatiev, j'ai eu naturellement occasion de faire personnellement connaissance avec ce nouveau collègue et je dois dire que tout ce que
blFKlCULTES DK IIO
j'ai rencontre en lui a conlirmé cl an delà, les bonnes impressions que son accueil et sa conversation avaient dès le premier abord produit sur mon premier secrétaire de légation. Si, dans l'extrême cordialité avec laquelle le Général m'a témoigné ses .sympatliies pour la France, il faut mettre quelque chose sur le compte de la courtoisie et de l'avenante diplomatie en quelque sorte naturelles aux Russes de la classe à laquelle il appartient, rien ne me parait devoir faire suspecter la franchise communicative avec laquelle il s'est exprimé sur les alï'aires de Chine, et l'empressement exempt de tout embarras qu'il a mis, — et cela du reste également vis-à-vis de mon collègue d'Angleterre, — à répondre à toutes mes questions. Le temps me manque, M. le Ministre, pour résumer ici, comme je le voudrais, la substance des intéressantes informations que m'a données, à plusieurs reprises, le général Ignatiev ; je me bornerai donc, pour le moment, à en rapportera V. E. une opinion que le général m'a exprimée spontanément et qui me parait de la plus grande importance par rapport à la position actuelle des choses : « Parmi tous les gou- « vcrnements de l'Asie centrale avec lesquels les circonstances « l'ont mis en rapport, M. Ignatiev n'a rien trouvé qui égale la « fourberie, la duplicité, le manque total de foi dans l'exécution « de ses engagements, qu'il a éprouvés ou c|u'il a été à même n d'observer de la part du Cabinet de Pc-King pendant le séjour « de dix mois qu'il vient de faire dans cette capitale », et il en est parti avec cette conviction qu'il n'y a qu'une rude leçon infligée par les armes qui puisse amener ce gouvernement infatué et invétéré dans le mensonge, à renoncer à son vieux système et à admettre avec les Puissances européennes des relations d'égal à égal et franchement amicales telles qu'elles sont en usage entre nations civilisées.
V. E. me permettra toutefois de ne lui donner ce qui précède que comme une opinion émise dans une conversation toute confidentielle dont je ne voudrais pas que le général Ignatiev put me l'eprocher d'avoir abusé en lui donnant un caractère ofliciel. Ce diplomate m'a d'ailleurs fait connaître olliciellement l'attitude qui lui était prescrite par son gouvernement et les motifs de sa présence à Chang-Haï dans les circonstances actuelles, dans une note dont j'ai l'honneur de transmettre çi-joint copie à V. E., accompagnée de la réponse que j'ai cru devoir faire à cette communication.
Veuillez agréer, etc.
(Sig.) A. BoUKUOULOiX.
208 CONCENTKATIO.N UKS TROUPES
Nims avons vu dans la dépèche précédente quelle était l'opinion de notre ministre sur le représentant de la l\ussie, le général Ignaticv : l'attitude de celui-ci paraît très nette et il explique avec franchise le rôle que lui a tracé son gouvernement dans les alTaires de Chine :
LE GÉ.\ÉR\I. IG.NVriEV A M. DE l!OlRBOlLO>, '.iG JLI> I Stio
MoNSlElK,
Au moment où les opérations do l'expédition de la France et de l'Angleterre en Chine vont commencer, je crois m'acquitter d'un devoir en indiquant à ^ . E., delà manière la plus tranche et la plus précise, l'altitude qui m'a été prescrite par le Cabinet Impérial. Mes Instructions du reste sont certainement connues au Cabinet des Tuileries, à la suite des communications que le Comte kisselev a été chargé de faire à Paris.
Avant terminé les pourparlers qui m'ont retenu quelque temps à Pe-King, je me suis rendu à Pe-t'ang pour me mettre à bord d'un bâtiment de guerre qui m'y attendait et pour pouvoir me tenir — selon les ordres que j'avais reçus de St-Pétersbourg — à proximité des escadres française et anglaise, durant les opérations des Alliés dans le golfe de Pe Tche-li. Mon rôle doit se borner à celui d'un témoin pacifique, à moins que je ne sois requis de prêter mon assistance diplomatique pour accélérer le règlement des dillicultés pendantes.
L'attitude de la Russie pendant k's hostilités qui vont éclater sur les côtes de la Chine découle naturellement de sa position tant vis-à-vis de cet empire que vis-à-vis des Puissances alliées. Le (jouvernement chinois n'a point violé envers nous les clauses du Traité de T'ien-lsin. La Russie par conséquent ne saurait adopter à l'égard de la Chine une autre attitude que celle d'une entière réserve, tout en sympathisant sincèrement avec les vues des Cabinets des Tuileries et de St-James, qui tendraient à inspirer au Gouvernement chinois le respect des traités, à supprimer les barrières f[u'un isolement de tant de siècles a élevées entre la Chine et le reste du monde, à faciliter les progrès du christla-
LK OÉNÉRAL IGNATIEV A M. DIO liOCUBOULON 3ÔQ
nisme en offrant une protection cllicacc aux missionnaires, et à développer les' relations commerciales dans ce riche et vaste pays.
Pénétré de mes instructions qui me recommandaient expressément d'employer tous mes efforts pour amener une solution pacifique et pour engager le gouvernement mandchou à satisfaire au\ obligations qu'il avait contractées envers la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, — ■ j'ai eu à cœur de remplir cette tâche dès mon arrivée dans la capitale de l'Empire chinois. Il m'est pénible de devoir dire à V. E. que le Gouvernement mandchou n'a pas voulu jusqu'à ce jour entendre raison et l'aire justice aux réclamations des Puissances alliées. Les événements de l'année passée ont malheureusement changé le cours des idées à Pe-King : l'obstination insensée des principaux mandarins n'a fait qu'augmenter et ils s'aveuglent au point de ne pas voir l'abime qui s'ouvre devant eux.
L'expérience a démontré que, malgré la différence des positions respectives des Puissances européennes et les nuances variées de leurs intérêts, elles sont presque toutes solidaires en Chine et c|ue le Gouvernement chinois ne peut pas être amené à remplir ses engagements et à suivre une politique sage et franche à l'égard de l'étranger, tant cju'il croit pouvoir calculer siu- la désunion et la divergence de vues des différentes Puissances.
En présence de la lutte que les troupes alliées vont engager, la Russie ne voulut pas laisser croire au Gouvernement mandchou qu'en restant neutre elle approuvait la conduite de la Cour de Pe-King.
C'est principalement cette considération qui a concouru à décider mon départ de Pe-King pour le golfe de Pe Tche-Ii, dès que la clôture des pourparlers particuliers dont j'avais été chargé le permit.
Renfermant un témoignage palpable de désapprobation de la politique actuelle du Gouvernement mandchou dans ses relations avec l'Europe, cette décision, ainsi que la présence du Représentant de la Russie dans le golfe de Pe Tche-li, doivent nécessairement produire un effet sensible sur le Cabinet de Pe-lving, en étant à ses yeux une adhésion morale à la cause des Alliés, et en l'éclairant sur toute la gravité de sa situation actuelle.
La rude leçon que les Alliés infligeront aux troupes chinoises imposera au Gouvernement de ce pays la conscience de son impuissance. 11 est à espérer qu'alors sera venu le temps où l'on CoRDiER. — Expéd. de Chine, 1860. i4
2IO C0l■SCENTHAT10^ DKS TROUPES
pourra faire valoir à Pc-Kini,' dt-s conseils raisoiinahles et user du lan'-as-e delà conciliation et de la niodération.
J'ai riionneiu- dï'tre, etc.
Chang-hai,
Sis;. N. Ig.natieff.
le — ; iuin 1860.
Al. de Bourboulon répondait aussitùl :
Cliang-IIaï, 38 juin 1860.
Monsieur le Général,
Je m'empresse de vous accuser réception de la note que A . E. m'a fait l'honneur de m'adresser sous la date d'avant hier, et dans laquelle elle me fait connaître, d'une manière aussi franche que précise, l'attitude (jui lui a été prescrite par son gouvernement par rapport au dillérend dans lequel la France et l'Angleterre se trouvent engagées depuis un an avec la Chine.
En vous remerciant. Général, de celte communication qui me confirme d'ailleurs avec plus de développement les informations que j'avais déjà reçues de Paris sur la manière vraiment libérale dont ces alTaircs étaient envisagées par le Cabinet de St-Pétersbourg, je suis particulièrement heureux de recueillir l'opinion si vraie que vous exprimiez au sujet de la solidarité qui, malgré la dillérence des positions respectives des Puissances Européennes en Chine, existe en général dans leurs rapports avec ce pays et de voir que l'un des principaux motifs qui ont déterminé le départ de V. E. de Pe-king dans les circonstances actuelles, a été de témoigner auprès du Gouvernement mandchou la désapprobation du Représentant de la Russie pour la politique insensée suivie par ce cabinet à l'égard des deux Puissances dont il a déchiré les traités l'année dernière. Cette marque de bon vouloir et de franche sympathie donnée par Y. E. dans un pareil moment à la cause des Alliés ne peut manquer, j'en suis certain, d'être hautement appréciée par le Gouvernement de Sa Majesté Impériale auquel je vais m'cmpresser de communiquer votre dépèche.
L'arrivée de M. le Baron Gros retirant momentanément de mes mains les graves affaires dont la conduite m'avait été jusqu'ici confiée, je dois laisser à cet Ambassadeur, en lui faisant