‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 105 sur 236 · PÉTITION DES CHUETIEXS CHINOIS 2IO · texte numérisé non relu

PÉTITION DES CHUETIEXS CHINOIS 2IO

Mainlcnant, nous osons venir prier Votre Majesté de vouloir bien nous couvrir de sa protection jusqu'à la lin ; autrement nos calamités n'auraient jamais un terme.

En olTet, notre stupide Souverain et tous ses olliciers sont, par nature, fourbes et trompeurs. Ils vous tiennent, niensongèreinent, un langage de paix et d'amitié ; mais, au fond, ils n'ont d'autre calcul que celui d'éloigner vos redoutables soldats et une lois que votre armée serait partie, ils manqueraient à la foi donnée, et n'observeraient aucun traité : de cette façon, nos malheurs n'auraient assurément jamais une lin.

C'est pourquoi, ne reculant pas devant l'éclat imposant de la Majesté Impériale, nous osons de nouveau implorer votre puissante assistance, pour obtenir la consolidation de ce qui a été fait en faveur des Chrétiens.

Ne tombez pas. Sire, dans le piège qui vous est tendu, et vous empêcherez qu'on nous accable de calamités plus terribles, qu'on nuise à la Religion Chrétienne, et qu'on entrave la plus grande gloire du Seigneur' du Ciel.

Cet empereur lïien-Foung que nous avons est d'une perversité et d'une duplicité peu communes; tout ce qu'il fait est contraire à la raison et étranger à la franchise, à plus forte raison est-il incapable de gouverner l'Empire ne progressant chaque jour que dans l'impudicité et dans l'abrutissement. Les seuls discours auxquels il prête l'oreille ce sont ceux des courtisans qui le flattent ; les sentiments dont son cœur est rempli sont ceux d'un loup, il n'aspire qu'à détruire et à faire du mal dans des proportions qu'on ne peut pas définir.

Les impôts publics de toute nature ont été sans cesse augmentés graduellement jusqu'à être décuplés de leur ancien chiffre. Les fonctionnaires du gouvernement sont tous des hommes corrompus, indignes du nom d'autorités, qui s'évertuent à la recherche de mille moyens d'extorsion, y compris les tortures, pour amasser des richesses, et dévorent le peuple jusqu'à la dernière goutte de son sang, afin d'engraisser leurs familles.

De là, s'en est suivie la rébellion qui a surgi de toute part aux quatre coins de l'Empire, et a fait dans les populations, les plus grands désastres, enlevant leurs biens par la violence, incendiant les maisons et tous les objets mobiliers, égorgeant sans distinction les enfants, foulant aux pieds les femmes, massacrant les lettrés et les hommes du peuple, réduisant, en un mot, le pays à un désert jonché de cadavres, sans qu'aucune ci'ainte vienne

r> I '4 ro>cFNTnATinN nrs trolpes

arri'ler la cruautr el la licence de ces bandits, car les troupes impériales ne valent pas mieux. La dynastie actuelle est incapable tant de pou Ycrnor celles-ci. cpie de réprimer ceux-là ; tout retour à l'ordre est absolument impossible.

D'ailleurs, la dvnastie régnante n'est pas une dynastie à nous ; elle est d'un pavs étranger de Tartarie, pays de brigands où il n'\ a pas l'ombre de la raison et de la justice. Nos populations ne peuvent plus endurer d'être gouvernées par des barbares, et d'être traitées par eux en esclaves et en bêtes do trait. Cliaque individu désire vivement le retour des Mincj et le renversement des Ts'imj, afin de laver l'opprobre qui avilit l'empire chinois, et reprendre nous-mêmes les rênes de nôtre gouvernement.

Mais nous, petites fourmis sovissignées, n'v pouvons rien : la seule chose qu'il nous soit donné de faire c est de supplier \ olre Sage Majesté de nous délivrer des cruels fléaux qui nous accablent en venant, au plus vite, exterminer tous ces brigands et rétablir le règne de la justice dans l'Empire.

Nous désirerions de grand cœur qvie votre puissant empire détruisit la dvnastie qui est une pourriture pour notre pavs et lui en substituât une autre, ou même que l'on divisât l'Empire en deux, et qu'on nommât pour gouverner un homme fervent ami de la religion.

Si on n'agit pas ainsi, on ne fera rien qui vaille : car, en admettant que la formidable armée de votre puissant empire obtienne la conclusion d'un traité, dès qu'elle sera partie d'ici la déception s'en suivra, tant est grande la perfidie de ce gouvernement pourri.

Ceci survenant, les calamités surgiront de plus belle et se répandront à grands pas sur toute la surface de l'Empire, jusqu aux coins les plus reculés, et il en résultera, qu'au lieu de nous avoir apporté une assistance bienfaisante, votre puissant empire aura été pour nous la cause de nouvelles calamités et de nouvelles persécutions.

Que \ otre Majesté daigne prendre ces choses en considération : la vie des habitants de la Chine est dans les angoisses d'un brasier ardent. Nous espérons que votre hautejustice viendra leur tendre une main secourablo pour les en retirer. Les soussignés, membres de celte population sonifrante seraient au comble du bonheur s'ils obtenaient le bienfait qu'ils sollicitent, en s'inclinant, le Iront contre terre devant Votre Majesté.

Les fidèles des provinces de Canton, de Hou-Kouanir et de Se-

pi';tition des ciirktikns chinois 2i5

tch'ouan, qui dans leur potilesse s'inclinont 1p front contre terre et faisant mille ardentes supplications.

(Suivent 92 signatures, parmi lesquelles on remarque : I globule du 4" rang 8 — du S-- — 4 du 6" — II — du 8" —

1 — du 9" — ou dernier,

2 colonels,

2 capitaines,

2 docteurs, 8 bacheliers,

3 ecclésiastiques.

Les autres noms sans désignation de rang et de fonctions).

Pour traduction conforme à l'original chinois qui n'est luimême que la copie d'un original pré-existant signé des impétrants.

Paris, le 25 juillet 1860.

J.-M. Callery s Secrétaire Interprète de l'Empereur.

I. Joseph- Gni-tan-Pierre-'yarie CaMeri ou CaWery, né à Turin en 1810; agrégé du diocèse de Chambéry ; lazariste; parti du Havre pour Macao à la fin de mars i835, à destination de Corée, où il n'est jamais allé; quitta les lazaristes; interprète de la mission Lagrené ; -j- à l'aris, 8juin 18G2.

Page 1