‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 108 sur 236 · TCHE-FOU · texte numérisé non relu

TCHE-FOU

L'amiral Charner quittait Wou-soung le 3 juillet sur VEc/w et arrivait à Tche-fou le 5 où débarquait le lendemain le général de Montauban parti sur le Forbin de Chang-Haï un jour plus tôt ; le baron Gros arriva le 1 1 juillet.

Notre ambassadeur constate avec satisfaction la tranquillité qui règne à Tche-fou, les bons rapports des troupes avec les habitants, le bien-être de l'armée abondamment pourvue de vivres à bon marché, l'excellent état sanitaire des troupes, meilleur qu'il ne le serait en Europe en pareilles circonstances ; le jour du départ pour Ta-Kou sera définitivement arrêté le 20 ; le général de Montauban est d'accord avec le général Grant qui est venu passer la journée du 10 à Tchefou; depuis le rejet de Tultimatum des Alliés, la cour de Pe-King est restée muette.

LETTRE DU BARON GROS A S. E. M. THOUVENEL, I I JUILLET l86o.

A bord du Du Chajla, En rade de ïche-fou, le 11 juillet 18O0.

Monsieur le Ministre,

Je suis arrivé ce matin à Tche-fou et le courrier pour l'Eu^ rope part ce soir.

Apres avoir reçu à bord du Du Chayla la visite de M. l'amiral

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Charner et celle de M. l'aiiiiral Protêt, je suis allé trouver M. le général de Montauhan campé, avec tout le corps expéditionnaire au fond de la baie de Tclie-fou. Nos soldats y sont en contact immédiat avec les nombreuses populations du Chan-ïoung, Tune des provinces les plus riches et les mieux cultivées de l'Empire. Les rapports les plus bienveillants existent entre les Chinois et nos troupes ; des marchés, des comptoirs de change, se sont établis dans le camp, où les vivres abondent à tles prix très raisonrables. L'expédition serait campée dans l'un de nos départements qu'elle n'y serait ni plus tranquille ni plus abondamment pourvue qu'elle ne l'est ici : c'est assurément un spectacle singulier que de voir le camp sillonné en tous sens par les Chinois des environs qui viennent y vendre leurs denrées ou y exercer leur industrie, et les riches et populeux villages qui l'entourent parcourus par nos soldats qui s'y font aimer et qui y seront probablement regrettés.

Le général de Montauhan m'a fait parcourir le camp d'un bout à l'autre, partout v règne l'ordre et l'actiNité, et l'état sanitaire V est meilleur qu'il ne l'est en Europe dans des circonstances semblables.

Les chevaux sont arrivés, et, attelés pour la première fois à des pièces qui ont fait feu dans dilTérentes positions, ils nont pas occasionné le plus léger désordre.

Tout sera prêt du 20 au 2Ô de ce mois, et il a été convenu entre le général Hope Grant, qui est venu passer la journée d'hier à Tche-fou, que le 20 les commandants alliés arrêteront définitivement le jour du départ, le lieu où il faudra arriver dans le golfe de Pe ïche-li et le jour où simultanément on débarquera au nord et au sud de Ta-Kou pour enlever les forts, ouvrir la navigation de la rivière aux canonnières alliées et s'emparer de T'ien-Tsin.

Demain l'amiral Charner et le général de Montauhan se rendront h Ta-Lien vvan, où campe l'armée anglaise, et où Lord Elgin se trouve depuis deux jours. J'attendrai leur retour ici pour être bien fixé sur le plan de campagne qu'ils auront arrêté de concert avec les commandants anglais, et je me rendrai alors auprès de mon collègue d'Angleterre pour convenir avec lui de l'attitude que nous aurons à prendre pendant les événements qui se préparent ; si rien ne vient déranger ou modifier les conventions provisoires que nous avons arrêtées d'avance, nous irons devant le Pei-IIo attendre que les forts soient enlevés, la rivière rendue libre, et que T'ien-Tsin, au pouvoir des Alliés, devienne

LETTRE nu BAnON GROS A S. E. M. TIIOUVENKL 22f)

de nouveau le séjour des deux aml)assadeurs. Ils y allendrout les ouvertures que la Cour de Pc-Kiui; pourra leur adresser ou ("aire eux-mêmes de nouvelles propositions au gouvernement chinois avant d'en venir à l'exécution de mesures plus menaçantes pour le siège du gouvernement c^ue ne peut l'être la prise de T'ien-Tsin.

Jusqu'à présent le cabinet de Pe-King, dont le dernier acte envers nous a été le rejet de notre ultimatum, a gardé le silence le ]ilus absolu à notre égard. Ce silence, novis devons l'observer aussi, puisqu'il notre arrivée nous avons trouvé les opérations militaires commencées, et les affaires remises entre les mains des Commandants alliés. Notre rôle à Lord Elgin et à moi ne peut commencer maintenant que lorsque le premier coup frappé par les forces anglo-françaises aura prouvé au cabinet de Pe-King que le parti de la guei're compromet l'existence du gouvernement actuel, et que toute résistance étant inutile l'intérêt de sa propre conservation le force à accéder aux demandes que la France et l'Angleterre lui ont déjà présentées.

Une seule éventualité me semble à craindre, je veux parler de la fuite de l'Empereur en Tartarie ; aussi croyons-nous. Lord Elgin et moi, devoir novis arrêter à T'ien-ïsin, si, comme je l'espère, nous pouvons y arriver, et de là bien plus menacer Pe- King c|ue le frapper.

M. l'amiral Charner et M. le général de Montauban ont eu le bon goût de ne parler ni l'un ni l'autre du cliiTérend sur lequel j'ai dû leur donner mon avis. Ils m'ont paru s'entendre à merveille et ne songer en ce moment qu'à se prêter un mutuel appui pour assurer le succès des délicates opérations cju'ils vont diriger de concert, sous peu de jours.

Agréez, etc.

B°" Gros.

Le baron Gros qui se proposait de ♦ visiter Ta-lien wan se vit devancer par lord Elgin c[ui se rendit à Tche-foii auprès de notre ambassadeur ; en arrivant, il remet au baron Gros un mémorandum sur la marche à suivre que notre ambassadeur adopte d'autant plus facilement qu'il en a déjà discuté les idées.

Le 12 juillet, pendant c[ue le général de Montauban et le vice-amiral Charner rendaient à Ta-lien wan aux chefs anglais

aSo TCIIE-FOU

une visito de polilespc, Y Echo et 1' Mom-Prah sous les ordres du capilainc de vaisseau Bourgois, accompagné par les lieutenants-colonels Schmitz et Dupin et le capitaine Foerster, furent envoyés pour explorer la côte Sud de Ta-Kou où devait s'opérer le débarcpiement du corps expéditionnaire français ; le i6, les deux navires rentrèrent à Tche-fou ; on avait constaté, contrairement à l'opinion de l'amiral Protêt qui avait conduit la première exploration, qu'une descente au-dessous du Pei-ho était impraticable '.

Le 17 juillet, le baron Gros adressait au général de Montauban et à l'amiral Charner une lettre dont ils accusaient réception pour remettre les affaires entre leurs mains, le rôle delà diplomatie devant se borner à attendre les événements jusqu'à l'occupation de T'ien-t'sin.

Le 19 juillet, im conseil de guerre auquel prenaient part les deux ambassadeurs, les deux chefs anglais et l'amiral Charner, se réunissait à Tche-fou chez le général de Montauban pour arrêter le nouveau plan d'attaque ; le Pe-t'ang étant reconnu comme le seul point possible de débarquement, on renonçait à deux débarquements distincts. « Dans cette séance, où régna l'accord le plus parfait, il fut convenu que les deux armées alliées se réuniraient, le 28 juillet, à un excellent mouillage à l'entrée delà rive gauche du Pe-T'ang Ho; que, le 29, on ferait reconnaître les obstacles pouvant exister dans la rivière, et qu'on déterminerait ensuite les moyen's de débarquement et d'agression". »

Le 20 juillet, l'embarquement des troupes commençait.

Le général Ignatiev, suivant de près les Plénipotentiaires alliés, passait à Tche-fou en route pour lePei-Ho où il comptait observer les événements.

On sent toutefois qu'il ne règne p^s entre les AUiés la même confiance que lors de la première campagne ; on de-

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