‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 107 sur 236 · LETTRE DU BARON GROS AS. E. M. TIIOUVENEL, 6 JUILLET · texte numérisé non relu

LETTRE DU BARON GROS AS. E. M. TIIOUVENEL, 6 JUILLET

A bord du Du Chayla, Le 6 juillet 18G0, en rade de Chang-Haï.

Monsieur le Ministre,

Je pars demain pour Tche-fou où se trouvent réunies la majeure partie de nos forces de terre et de mer. Lord Elgin a quitté Chang-Haï hier pour se rendre à Ta-lien A\an, où est campée l'expédition anglaise. Nous communiquerons fréquemment ensemble Lord Elgin et moi, et dès que nous saurons que les com-

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mandants alliés sont prêts à clôbaninor shnnltant'nient au nord et au sud de rcmbouchurc de la rivière de T'ien-Tsin, nous nous rendrons devant Ta-Kou pour y attendre les événements et agir en conséquence.

L'ulliinatum des deux puissances ayant été rejeté par le gouvernement chinois avant notre arrivée, aucvnic proposition ne nous ayant été adressée par les autorités chinoises et les Commandants en chef ayant déjà pris position non loin de Ta-Kou, les opérations militaires sont commencées et nous avons acquis l'intime conviction qu'il faut absolument prendre les forts à revers, les enlever, rétablir la navigabilité de la rivière, depuis son embouchure jusqu'à T'ien-Tsin, prendre cette ville pour en faire une place d'armes qui deviendrait notre base d'opération en communication facile avec nos flottes ; et là, dans ce même yamen, où étaient ai'borés, en i858, les deux pavillons de France et d'Angleterre, établir les deux ambassades qui pourraient alors faire de nouvelles propositions, ou, ce qui est plus probable, recevoir de sérieuses ouvertures de la part du gouvernement de Pc-King, menacé de si près par des forces importantes. Toute autre marche n'aboutirait à rien, et c'est, en ce moment, le seul parti que nous avons à prendre.

Malheureusement la saison est bien avancée et je vois avec regret que nos troupes ne sont pas prêtes. Je doute même qu'elles soient en mesure d'agir avant le 20 ou le 20 de ce mois et cependant nos alliés attendent et commencent à se plaindre des retards que nous leur causons.

Ma première dépêche, qui sera probablement datée du golfe de Pe Tche-li, fera connaître exactement à Votre Excellence l'état des choses dans ces parages. La présence des deux ambassadeurs, dont l'entente ne peut être mise en doute, aplanira (pielcjues difïlcultés et tout le monde comprendra, je l'espère, que l'attaque puisqvi'elle est inévitable, doit être simultanée et que même devant des Chinois, il ne faut négliger aucun moyen de succès.

La situation dans laquelle se trouve Chang-Haï est toujours critique. Les rebelles s'avancent chaque jour. Ils se trouvent déjà en avant de Soung-Kiang, qui n'est qu'à 20 milles de dislance. Ils annoncent hautement qu'ils marchent sur Chang-Haï, qu'ils veulent prendre, tout en respectant, disent-ils, les factoreries et ' les propriétés étrangères.

M. Bruce et M. de liourboulon ayant déclaré par une proclamation allichéc dans Chang-PIaï avant notre arrivée, que les

LEÏTUE DU BAUOiN GUOS A S. E. M. TIIOUVK.NEL 22D

Mlit'cs dt'fondraienl la ville, le mur crénelé ([ul rcnloure est occupé par des troupes anglaises et françaises. Toutes les portes sont gardées par les mêmes troupe? à l'exclusion des soldats chinois, qui auraient probablement donné passage aux rebelles pour piller avec eux; et un poste de 26 hommes est placé à Zi-ka-wei, l'établissement des Jésuites situé à deux lieues hors de la ville. Je regrette que l'autorité chinoise, qui a demandé ofliciellemcnt des secours aux agents de la France et de l'Angleterre, ne se soit pas adressée en même temps aux agents russes et américains qui peuvent disposer de quelques forces maritimes devant la ville. Cette défense collective des quatre puissances, pour protéger la vie et les propriétés de leurs nationaux, — aurait eu un caractère général c|ui ne pouvait présenter aucune couleur politique ; tandis qu'en ce moment les mandarins qui cherchent à nous compromettre avec les révoltés, parlent des secours que nous donnons à Chang-IIaï comme d'une intervention armée en faveur de la cause impériale. J'ai a[)pelé sur cette question l'attention de M. le commandant de nos forces dans Chang-Haï et du consul de France dans cette résidence.

C'est assurément un bien singulier spectacle cjue de voir une partie de nos soldats marcher vers le nord pour combattre les armées de l'Empereur et l'autre partie de ces mêmes soldats défendre l'Empereur dans le sud.

M. l'amiral Page, que j'avais laissé à Hong-Kong, vient d'arriver avec la l\émésis. 11 se propose de remonter dans le Nord, où il voit que les hostilités sont inévitables. Il voudrait y prendre part avec les forces dont il peut disposer.

Après le départ du Du Chayla, il ne restera dans Chang-llaï que la canonnière la Mitraille, mouillée devant la ville chinoise pour la défendre, et la frégate la Forte, entrée au bassin pour y l'aire réparer les graves avaries qu'elle a faites en touchant sur le banc du Nord, à l'entrée du Yang-tseu Kiang.

iSous avons à terre à peu près 3oo hommes qui défendront la ville sous les ordres du colonel Fabre. Les Anglais, sous le commandement du colonel (Jascoigne, ont à peu près 900 hommes destinés aussi à protéger les factoreries et la ville chinoise.

Une cox'vette américaine, portant le pavillon de contre-amiral est mouillée devant Chang-Haï. Cinq navires russes de guerre sont aussi dans la rivière. Les Anglais n'y ont en ce moment qu'une corvette à vapeur le Fiirious.

M. Ward, le ministre des Etats-Unis est allé passer quelques jours à Ning-Po et va se rendre dans le golfe de Pc Tche-li. CoRDiEU. — Expcd. de Chine, 1860. i5

•Jl(j l,i: liAUON GllOS A CUANG-IIAÏ

Le ii;énéral Ignaliev est parli pour le Japon cl con)pte nous rejoindre devant Ïa-Kou vers le 20 de ce mois.

M. Guimaraës ', le gouverneur de Macao, est parli pour le Japon où il va chercher à négocier un traité.

Agréez, etc.

B""^ Gros.

P. S. — M. de Bastard et M. de \ ernouillet m'accompagnent au nord, comme secrétaires, M. de Méritens comme interprète provisoire et je laisse à M. de Bourboulon M. le C^'' KleczkoAvski, ((ui peut lui servir de secrétaire et d'interprète en même temps. M. Marques ^ qui avait quitté M. de Bourboulon et se trouve au service du ministre américain aurait consenti à m'accompagner encore, si je lui avais donné 3o mille francs par an, traitement (|ue reçoit le pi'cmicr interprète de la légation britannique, M. ^^ ade. Je n ai pas cru pouvoir souscrire à ses prétentions et j'attends de Hong-Kong un missionnaire, l'abbé Delamarre ^, que l'on me donne comme un excellent interprète.

La chapelle et les ornements d'église que Votre Excellence m'avait chargé de remettre à M. l'abbé Mermct, mon ancien interprète au Japon, ont été perdus, avec mes bagages, dans le naufrage du Malabar.

I. H. Cordicr, E.rp. de Chine, p. io4. T. H. Cordier, Exp. de Chine, p. 118.

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